Ce que nous dit le débat sur l’écriture inclusive

Depuis quelques semaines, en particulier depuis qu’Edouard Philippe a décidé de bannir l’écriture inclusive des textes officiels (celle-ci n’y était pas encore présente mais un coup de com pour rassurer une partie de l’électorat ne fait jamais de mal doit se dire le locataire de Matignon), ladite écriture inclusive est en bonne place dans les débats qui agitent la société française. La publication d’un appel par plus de 300 professeur.es contre la règle « le masculin l’emporte sur le féminin » est récemment venu abonder le débat puisque la raison d’existence de l’écriture inclusive est précisément de lutter contre la domination du genre masculin sur le genre féminin.

Il est assez symbolique de voir à quel point ce débat enflamme les discussions – alors même que certain.es expliquent que ce combat est une lutte d’arrière-garde. En regard de ces débats enflammés et, osons le mot, souvent violents, il nous faut, je crois, tenter de comprendre les raisons d’une telle violence dans les réactions des personnes opposées à l’écriture inclusive. Si les réactions sont si vives, c’est, me semble-t-il, précisément parce qu’un point sensible a été touché. Ce torrent de haine que nous pouvons lire ci et là à l’égard de celles et ceux qui défendent l’écriture inclusive est révélateur à mes yeux un élément qui existe en soi mais qui se dépasse lui-même pour nous dire quelque chose de la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite

De quoi la société civile est-elle le nom ?

Il y a près de trois semaines, La République en marche – nouveau nom d’En Marche – a dévoilé la liste de ses candidats pour les élections législatives. Il y a une semaine, le premier gouvernement d’Edouard Philippe a été nommé. Au-delà de la volonté de fracturer le Parti Socialiste et Les Républicains, l’un des principaux axes sur lequel le mouvement du Président de la République a communiqué a été la forte proportion de membres de la « société civile » à la fois chez les candidats aux législatives et parmi les ministres. L’ancien ministre de l’économie s’était engagé à nommer à parts égales des personnes de la société civile et des personnes issues du sérail politicien dans un souci, disait-il, de renouvellement.

Alors oui on peut s’interroger sur les critères retenus par La République en marche pour désigner ses candidats aux législatives puisque société civile a été pris dans un certain sens : a été considéré comme membre de la société civile toute personne qui n’avait pas un mandat exécutif par le passé. Toutefois, il serait malhonnête et injuste de ne pas reconnaître qu’Emmanuel Macron a bel et bien fait entrer des personnes non issues du monde politicien au gouvernement. Evidemment, le nouveau président n’est ni le premier ni le seul à mettre en avant la fameuse société civile si bien qu’aujourd’hui tous les mouvements ou presque rivalisent pour se réclamer de ladite société civile ou revêtir l’adjectif citoyen. Loin des effets d’annonce et autres enfumages, il convient, selon moi, d’analyser froidement cet engouement récent pour la société civile mais aussi les dévoiements qui l’accompagnent. Lire la suite

De l’importance du langage

Il n’est désormais plus rare de voir un mot être employé pour un autre, une expression être utilisée pour dire l’inverse de son sens initial ou d’utiliser des termes simplifiés à outrance. La simplification du langage est en effet dans l’air du temps. L’avènement de Twitter et de ses messages de 140 caractères y ont grandement contribué. Le petit oiseau bleu est, en effet, devenu une composante essentiel dans le marketing politique depuis 2008 et la campagne connectée de Barack Obama si bien qu’il ne me semble pas exagéré de dire que les logiques de Twitter (phrases courtes, formules chocs, recherche du buzz, etc.) ont peu à peu contaminé la sphère politique et l’ensemble de la société. L’on constate donc un appauvrissement toujours plus grand du langage, appauvrissement qui me semble dramatique.

Et pourtant, toute personne qui s’alarme de cet appauvrissement est tout de suite cataloguée ou bien dans la catégorie des dangereux réactionnaires ou bien dans celle qui souhaiterait voir le système politico-économique actuel perdurer. La polémique qui a éclaté sur la réforme de l’orthographe en début d’année est venu rappeler cet état de fait. Quiconque était contre ladite réforme était soit dans le camp de Finkielkraut soit dans celui du statut quo (l’orthographe étant considérée comme une barrière sociale pour les tenants de cette théorie). Je pense, au contraire, que rétablir un langage complexe est une impérieuse nécessité pour lutter contre ce capitalisme néolibéral à l’œuvre depuis une trentaine d’années et la survenue de la mondialisation. Certains considéreront sans doute cette lutte pour le langage comme dérisoire, je pense au contraire qu’elle est essentielle et que la désertion de ce combat a signé la première défaite, celle qui a entrainé toutes les autres, de tous ceux qui veulent proposer une alternative au système en place. Lire la suite