Emmanuel Macron, le progressisme et le vernis écaillé

Il n’y a qu’un seul problème vraiment sérieux avec le vernis : passé un certain temps, il finit par s’écailler et donc par mettre à nu ce qu’il recouvrait en même temps qu’il montre le vrai visage de ce qu’il cachait. Il ne me paraît pas exagéré de dire que, seulement 26 jours après sa prise de fonction, le vernis progressiste de Monsieur Macron a singulièrement disparu. Rarement un tel vernis se sera écaillé aussi vite. Il faut dire que cet écaillement et ce qu’il révèle sont proportionnels aux attentes qu’a suscitées le monarque républicain. Dès le lancement d’En Marche, en effet, le nouveau Président de la République a répété à longueur de temps qu’il était dans le camp des progressistes et qu’il luttait contre les conservateurs.

Je ne reviendrai pas dans ce billet sur la potentielle dangerosité que comporte un tel clivage en cela qu’il substitue au clivage politique un clivage moral mais il me semble nécessaire de revenir sur le positionnement que disait représentait notre jeune monarque. En s’affirmant comme progressiste, Emmanuel Macron se présentait finalement comme un libéral absolu – ce que Le Monde Diplomatique titra comme « l’extrême-centre ». Par libéral absolu il faut comprendre que Macron disait être libéral à la fois sur les plans économique et politique. En cela, son positionnement était réellement singulier puisqu’il se détachait de Valls ou Fillon qui eux sont libéraux économiquement mais illibéraux (voire franchement conservateurs) politiquement ainsi que de Mélenchon ou Hamon qui, au contraire, sont libéraux politiquement mais hostiles au libéralisme économique. Après avoir enfumé son monde, voilà que Macron a révélé son vrai visage sous le vernis écaillé : il n’est libéral qu’économiquement. Lire la suite

Pour une République sociale (2/4): égalité et liberté, le difficile équilibre

Liberté et égalité, plus complémentaires qu’adversaires

Que faire donc pour soigner la République, revivifier la démocratie et redonner confiance aux citoyens ? Un changement constitutionnel nous semble être une impérieuse nécessité. Le temps où une poignée d’hommes au pouvoir pouvait décider de tout doit être révolu. La Vème République a fait son temps, l’a même dépassé. Créée il y a presque soixante ans et taillée sur mesure pour le général De Gaulle, elle est aujourd’hui surannée et ne correspond absolument plus au besoin de notre temps. En permettant au Président d’être la voute qui soutient tout le régime, elle a emprunté aux régimes autoritaires et à l’Histoire de France leur fascination commune pour l’Homme providentiel. La voilà devenue ridicule puisque plus personne ne croit en ce mythe, candidats à la présidentielle exceptés. Un régime parlementaire avec un parlement fort nous semble être la meilleure des configurations à adopter pour retrouver le lien entre les Français et leurs représentants. Comme l’écrivait Montesquieu, il faut que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir, sans quoi il risque de devenir tyrannique. D’aucuns nous expliquent que la France a déjà connu un régime parlementaire qui était ingouvernable et que revenir à une telle chose est impensable. C’est faire bien peu de cas de la capacité que nous avons à apprendre de nos erreurs et à évoluer. Oui la France a connu la chaotique IVème République  et cette expérience nous permettra de ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Il faut que le pouvoir puisse arrêter le pouvoir ou en d’autres termes, il faut que la liberté soit contrebalancée par l’égalité. Trop souvent, malheureusement, nous opposons ces deux notions qui sont pourtant toutes aussi importantes l’une que l’autre. Sans liberté, nulle démocratie mais sans égalité nulle République. La liberté sans l’égalité bascule rapidement dans la loi de la jungle, la loi du plus fort. L’égalité sans la liberté bascule, elle, peut-être plus rapidement encore, dans l’uniformité et dans le totalitarisme. Il nous faut donc faire aller de concert ces deux notions qui, si elles peuvent sembler opposées, se complètent et se contrôlent mutuellement. C’est tout l’idéal de la République française qui rajoute la fraternité comme notion charnière et, trop souvent, laissée pour compte. Bergson en son temps expliquait que c’est la fraternité qui permettait de faire tenir ensemble ces deux sœurs rivales que sont la liberté et l’égalité. Si nous voulons soigner notre démocratie et rendre hommage à notre République en la sauvant des dangers et des apories qui la guettent, il nous faudra réussir à articuler ces deux sœurs certes rivales mais avant tout sœur grâce au concours de la fraternité. La constitution qui s’écrira ne pourra passer sous silence cette articulation fondamentale et les débats inhérents à la rédaction de ladite constitution ne pourront faire l’économie de cette question sous peine de construire à nouveau une République bringuebalante et une démocratie dotée d’une maladie congénitale, la définition que nous nous faisons de notre Vème République en somme. Ce débat sera long mais il est plus que primordial pour jeter les fondements d’un régime en accord avec nos attentes. Lire la suite