La fille de Phocée écarlate

Qu’il est difficile, douloureux et désagréable de prendre la plume pour t’adresser ces mots chère fille de Phocée. En apprenant que tu avais été frappée au cœur j’ai été quelque peu abasourdi. Sans doute le fait que je sois à près de 1000 km de toi a joué dans le sentiment que j’ai ressenti à ce moment-là. Quand quelque chose arrive à une personne que l’on aime, en effet, on aimerait être proche d’elle, tenter de la réconforter quand bien même cela est dérisoire en regard de ce qu’il s’est passé. Dimanche soir, au contraire, dans le froid et la grisaille de ta très éloignée sœur lilloise, je me suis senti comme impuissant et, je crois, qu’il n’y a pas de pire sentiment que celui-ci.

Voilà maintenant six années que mes études m’ont mené plus ou moins loin de toi mais avec une même constante, la félicité que représente l’arrivée à Saint-Charles pour l’exilé que je suis en partie devenu. D’Aix-en-Provence toute proche à Lille la très éloignée en passant par Paris ou Nantes, mes multiples pérégrinations en France me ramènent toujours vers le même point de fuite : la gare Saint-Charles, ton cœur qui a été touché dimanche soir. La gare Saint-Charles est, pour moi, cet endroit ambivalent entre le bonheur du retour et la nostalgie des départs lors de laquelle je ne peux m’empêcher de jeter un dernier coup d’œil sur tes courbes que j’aime tant. Lire la suite

Bernard Ravet ou la fable marseillaise

A chaque rentrée scolaire c’est toujours le même sempiternel bal des publications de livres ayant un rapport avec l’école au sens large. Chaque année, l’une de ses publications obtient les faveurs des médias et des politiciens. Si l’année dernière avait été marquée par une réflexion autour de l’utilisation des neurosciences à l’école et de leurs supposés bienfaits dans Les Lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez, cette rentrée est marquée par la surexposition médiatique d’un brûlot écrit par Bernard Ravet, un ancien principal de collèges marseillais. Dans Principal de collège ou imam de la République, cet homme s’applique méthodiquement à fustiger la progression supposée de l’islamisme au sein de l’éducation nationale en général et dans le 3ème arrondissement de Marseille en particulier.

Quiconque a l’habitude de parcourir mes divagations sur ce blog sait que la question de l’école est centrale pour moi. C’est donc tout naturellement que ce livre et cette prise de position au vitriol m’intéressent. Toutefois, et c’est l’originalité de ce livre pour moi, l’ouvrage de Monsieur Ravet me touche particulièrement dans la mesure où celui-ci évoque non seulement Marseille mais précisément l’arrondissement où j’ai grandi et qui abrite le collège où j’ai étudié. Etant donné l’absence de mise en perspective ou même de contradicteur sur l’ensemble des plateaux télé où est invité ce monsieur, il me paraît important de rétablir quelques vérités loin de la thèse orientée et se fondant sur des années de vie dans cet arrondissement. Lire la suite

Un deuxième tour indécis à Marseille

Ce blog ayant aussi  vocation à être un lieu d’échange je publie aujourd’hui le texte d’Anthony Guttuso sur l’entre-deux tours indécis à Marseille.

 

Tiraillés par la question du barrage républicain, les électeurs de la cité phocéenne ne savent pas encore quoi faire le 7 mai prochain.

 

« Je ne dirais pas pour qui je vais voter ». Jean-Luc Mélenchon, éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle, n’a pas donné de consigne de vote pour le deuxième round. Arrivé en tête à Marseille, où il a récolté 24,82% des suffrages, le candidat La France Insoumise (FI) laisse derrière lui de nombreux électeurs, qui devront choisir dimanche 7 mai entre Emmanuel Macron ou Marine Le Pen. Si le silence est parfois d’or, celui de « JLM » renforce l’incertitude qui règne autour du second tour dans la cité phocéenne. Lire la suite

Marseille, casino minable

Parfois il arrive que la réalité rattrape la fiction. Il semblerait qu’à Marseille nous soyons en train de vivre un tel phénomène. Dans la série éponyme de Netflix, le maire de la ville Raymond Taro, joué par Depardieu, souhaite mettre en place une marina sur l’emplacement du J4 en y plaçant notamment un casino pour « revitaliser la ville ». C’est précisément ce qu’envisage de faire Jean-Claude Gaudin lui qui souhaite transformer la Villa Méditerranée en casino qui « apportera argent et touristes » à la ville. Si la réalité rejoint la fiction, je doute fortement qu’elle la rejoigne jusqu’au bout. Dans la série, en effet, le 1er adjoint au maire joué par Magimel refuse la mise en place de la marina. On peine à imaginer sans pouffer Dominique Tian faire de même.

Alors certes, le premier édile de la ville a semblé amorcer un rétropédalage hier au micro de France Inter. Il a expliqué que le casino ne se ferait pas forcément en lieu et place de la Villa Méditerranée mais qu’il restait convaincu du bien-fondé d’une telle démarche. Toutefois, dans le même temps Christian Estrosi a réaffirmé que la région avait bel et bien l’intention de se séparer de la Villa Méditerranée qui serait trop « couteuse ». Dans ce jeu de billard à plusieurs bandes, comme bien souvent dans les affaires marseillaises, le flou et l’enfumage semblent être de mise. En réalité, peu importe que le casino remplace ou pas la Villa Méditerranée, le simple fait que Monsieur Gaudin y ait pensé est signifiant en lui-même. Loin de n’être qu’une volonté isolée, celle-ci s’inscrit dans une logique présente depuis de nombreuses années et qui aboutit aujourd’hui à accroître la schizophrénie de la ville entre vitrine clinquante pour touristes et pauvreté toujours plus grande pour les habitants. Lire la suite

Marseille : derrière les touristes, l’injustice

Marseille est à la mode. Marseille a la côte. Marseille attire de plus en plus de touristes. 5 Millions de personnes ont visité la cité phocéenne en 2015. Le New-York Times a même placé ma ville natale en deuxième position des cités à visiter, juste après Sao Paulo. De quoi réjouir tous les Marseillais. Tous les Marseillais ? Non, une infime partie en réalité, la Marseille des possédants et des hommes d’affaires, la nouvelle Marseille en somme. Cette Marseille qui regarde de manière dédaigneuse ses enfants et les voient s’éteindre à petit feu. Cette Marseille qui est peut-être plus belle aujourd’hui ou plutôt plus lisse – ce qui lui fait perdre tout charme aux yeux de la majorité des Marseillais.

Il fût un temps où Marseille était singulière en France, où elle incarnait la fronde de la province contre la monarchie toute puissante. Aujourd’hui, l’équipe municipale vend la ville et son âme pour garder ses sièges, pour attirer les touristes et pour montrer que Marseille n’est pas le problème de la France mais peut-être la solution. En agissant de la sorte, il concourt grandement à dénaturer cette millénaire grecque, française, italienne, espagnole, maghrébine, africaine et nous voilà à contempler notre ville, nos quartiers, notre Histoire être dépecés par des vautours de la pire espèce. La curée est lancée, les jeux sont ouverts. Et pendant ce temps, les enfants de Marseille crèvent la bouche ouverte sans un regard. Lire la suite

Règlements de comptes : quand cesserons-nous d’être spectateurs ?

Encore un énième règlement de comptes s’est produit dans la nuit de samedi à dimanche dans les quartiers nord de Marseille. En prenant mon petit-déjeuner et en voyant les sujets se succéder à ce propos sur les chaines d’infos en continu j’avais l’impression de vivre un éternel présent. Comment, en effet, ne pas voir l’histoire inlassablement se répéter dans ces tueries ? Malgré la force de l’habitude et de la routine mortifère, c’est à chaque fois le même effroi, à chaque fois le même choc. C’est toujours les mêmes mots qui reviennent dans la bouche de ma mère d’autant plus quand les victimes n’avaient que 15 ans. A l’effroi et au choc s’est désormais substituée la résignation.

Si «l’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même» ainsi que l’écrivait Camus dans La Peste, alors dans les cités des quartiers nord de Marseille nous vivons le pire sentiment qu’il soit. Tout le monde ou presque, en effet, s’est habitué à ce terrible désespoir qui voit de jeunes gens sombrer dans les trafics de drogue et tomber petit à petit sous les balles de leurs homologues. Et pendant ce temps chacun s’accommode du rôle de spectateur, des politiques aux parents en passant par les membres du réseau associatif. Les plus pervers viendront même nous expliquer qu’essayer de comprendre le pourquoi de ces agissements revient à les excuser. Alors je vous pose la question, combien de temps encore resterons-nous spectateurs ? Lire la suite

Lettre à toi, la fille de Phocée

Prologue : C’est toujours triste les aux revoir

Il paraît que c’est au moment de la quitter que l’on se rend compte à quel point on aime une personne. Cela fait déjà une année que je suis parti vers d’autres horizons pour y suivre mes études et pourtant je ressens toujours ce même spleen lorsque vient le temps de repartir et de te quitter à nouveau pour plusieurs mois. Certains me diront que je devrais désormais avoir l’habitude de te dire au revoir. La vérité c’est qu’à chaque fois que je reviens te voir je me dis que ce plaisir n’est que momentané et je me prépare mentalement à devoir te dire au revoir dans peu de temps. Malgré toutes ces précautions c’est toujours le même sentiment amer que je ressens en repartant vers ta sœur qui vit tellement loin de toi. Au moment de t’écrire ces lignes, je regarde par la fenêtre du train et je contemple une dernière fois avant des mois ta silhouette et des courbes que je connais tant. Tel Orphée qui ne put s’empêcher de se retourner pour regarder Eurydice, je suis incapable de détourner mon regard même si ce coup d’œil m’emplit de mélancolie. Lire la suite