Martin Eden ou la défaite de l’individualisme

De Martin Eden, on en entend souvent que c’est un roman autobiographique, très beau, dans lequel Jack London projette sa propre vie. Il y a évidemment de ça. On constate des similitudes troublantes entre les vies de Jack London et de Martin Eden, notamment dans l’itinéraire de la misère au succès ou dans la motivation première de cette élévation sociale, à savoir l’amour porté à une femme. Martin Eden ressemble à Jack London dans ses tentatives forcenées d’être publié et surtout dans les refus qui lui sont opposés au départ. Jack London ressemble à Martin Eden quand il va réclamer avec fracas l’argent qu’un journal lui doit pour une nouvelle.

Toutefois, il me semble qu’il faille voir dans Martin Eden bien plus qu’un simple et beau roman autobiographique. Dans ce livre, Jack London partage, à mon sens, sa philosophie. D’ailleurs, comme l’écrivait si brillamment Camus, une roman n’est-il pas qu’une philosophie mise en image ? A mon sens, Jack London nous livre avec ce roman, considéré à raison comme son chef d’œuvre, sa conviction philosophique la plus profonde : l’individu ne peut l’emporter face à la société. En refusant tous les codes, Martin se condamne à l’échec finalement, échec qui marque, pour Jack London, la défaite ultime de l’individualisme.
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