Médine et le Bataclan, perdre pour mieux gagner ?

« Nous avons pris la décision, douloureuse, d’annuler les deux dates de concert au Bataclan ». En une phrase et quinze petits mots, Médine a mis fin, vendredi, à la bataille avant même qu’elle ne commence. Pareille à la lame aiguisée d’une guillotine qui tranche une tête, sa publication sur Instagram – accompagnée d’une photo le présentant avec un grand sourire, ce qui n’est pas anodin nous y reviendrons – est venue mettre un terme provisoire à l’un de ses rêves, se produire au Bataclan. Tel un condamné se passant lui-même la corde au cou, le rappeur havrais a décidé de prendre les devants et d’annuler lui-même ses concerts dans la salle désormais tristement célèbre dans une réflexion que je considère comme courageuse comme nous le verrons.

L’ironie grinçante et tragique de l’histoire réside assurément dans le fait que dans le morceau éponyme parlant de la salle et tiré de son dernier album, Médine explique que parfois « on parlait de sa venue que dans la rubrique faits divers », un peu comme si le passé le rattrapait. Cette annulation des concerts par Médine est loin d’être le fruit du hasard mais bien plutôt la conséquence d’attaques calomnieuses et odieuses de la part de groupuscules d’extrême-droite qui sont même allés jusqu’à menacer de s’en prendre physiquement au public du rappeur. Parce que Médine est rappeur, parce qu’il assume d’être musulman, parce que l’extrême-droite est encore une fois parvenue à bâillonner ce qu’elle avait envie de bâillonner, il ne me parait ni absurde ni exagéré d’affirmer que cette affaire (puisqu’il faut bien l’appeler ainsi) agit comme une forme de symbole et de révélation des tendances lourdes de ce pays qui devient chaque jour un peu plus rance. Lire la suite

Le Pen à L’Emission politique, révélateur du naufrage du service public télévisuel

Il y a quelques jours, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, était l’invité de L’Emission politique sur France 2. Venu défendre la vision du gouvernement à quelques jours d’une mobilisation importante des cheminots et de la fonction publique, l’ancien maire de Tourcoing a, comme de coutume, été opposé à des contradicteurs au cours de l’émission. Si le débat avec Olivier Besancenot a permis de mettre en exergue deux visions à la fois des services publics et de la société, ce n’est pas cela qui a le plus marqué lors de cette émission.

Chacun des invités de L’Emission politique est effectivement invité à débattre avec une personne mystère. Dans le cas de la dernière émission, le mystère n’est pas demeuré bien longtemps tant un nombre important de médias avaient révélé le matin de l’émission qui serait l’invité mystère. Il s’agissait, comme tout le monde le sait, de Jean-Marie Le Pen. L’ancien dirigeant du Front National, qui publie ses mémoires et jouit d’une grande couverture médiatique de ce fait, a donc été invité à débattre avec Monsieur Darmanin. De débat en réalité, il n’y en eut point tant Monsieur Le Pen était là pour dérouler son discours classique et sa rhétorique sur l’excès d’immigrés que connaîtrait notre pays ou la menace que représente l’Islam. Ce qui est réellement révélateur, à mes yeux, dans cette séquence n’est pas tant les propos tenus par Jean-Marie Le Pen mais bien plus assurément  le simple fait qu’il ait été invité. Cette invitation est selon moi révélatrice du naufrage du service public télévisuel de ce pays.

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La séquence de Claude El Khal, la Syrie et la complexité

Il y a quelques jours, le journaliste de Le Media Claude El Khal, dans une séquence disponible ici, a parlé de la guerre en Syrie et plus précisément de ce qu’il se passe dans la Ghouta orientale, enclave que le régime de Bachar Al-Assad souhaite reprendre à tout prix en ne respectant pas la trêve humanitaire décidée à l’ONU. Cette séquence de Monsieur El Khal, à contre-courant du traitement de la guerre en Syrie dans les médias dits mainstream, a énormément fait réagir. Rien de surprenant affirment ses défenseurs, puisque se plaçant en opposition à la doxa journalistique dominante, le journaliste libanais a engendré une véritable cabale à son égard. Il y a de cela dans ce que subit Claude El Khal depuis la publication de cette séquence, il serait malhonnête de le nier tout comme il y a assurément une volonté chez un nombre conséquent de personnes de se faire Le Média.

En allant déterrer des tweets du journaliste – ce qui semble être la nouvelle mode de ce pays – et en se contentant presque uniquement d’attaques ad hominem sans entrer dans le fond du sujet abordé par la séquence, nombreux sont ceux à avoir démontré leur mauvaise foi. Néanmoins, il serait réducteur d’affirmer que seules des personnes mal intentionnées à l’égard de Claude El Khal ou de Le Média ont trouvé cette séquence dérangeante voire choquante. Personnellement, celle-ci m’a dérangé tout comme la chasse à l’homme qui s’en est suivie. Je crois qu’il nous faut, sur ce sujet comme sur bien d’autres, parvenir à ne pas sombrer dans le manichéisme ambiant tout en refusant le simplisme. Voilà quel est notre chemin de crête. Lire la suite

La terrifiante loi « fake news »

Lors de ses vœux à la presse le 3 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait une annonce qui n’a laissé personne indifférent dans le milieu des médias et bien au-delà. Le locataire de l’Elysée a effectivement affirmé vouloir légiférer pour lutter contre ce qu’on appelle désormais les « fake news ». Monsieur Macron a effectivement expliqué que la prolifération de ces fausses nouvelles sur internet était un danger pour la vie démocratique et qu’il incombait à l’Etat de lutter contre ce fléau. Dans le même temps, aux Etats-Unis, Donald Trump – qui a finalement plus de similitudes avec Emmanuel Macron que l’on veut nous bien le faire croire, de sa politique fiscale à l’intérêt porté aux « fake news » en passant par une certaine idée césarienne du pouvoir – organisait une cérémonie au cours de laquelle il blâmait les médias qui, selon lui, avaient le plus menti au cours de l’année précédente.

Au cours de son allocution de près d’une demie heure, le successeur de François Hollande s’est attaqué dans une allusion à peine voilée aux médias russes Russia Today et Sputnik lorsqu’il a expliqué que le CSA pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers ». Pourtant, dans le même temps, Emmanuel Macron a prôné une « saine distance entre le pouvoir et les médias » dans une forme de double discours dont nous avons désormais l’habitude. Il est en effet assez incohérent, et osons le dire à la limite du foutage de gueule, d’affirmer cela en expliquant vouloir légiférer sur le contenu desdits médias. Lire la suite

Charlie Hebdo, Mediapart et l’hystérie triomphante

Voilà quelques semaines que Mediapart est devenu une cible pour bien des personnes de ce pays. Après les révélations sur les présumées violences sexuelles de Tariq Ramadan – que bien des témoignages et une excellente enquête de Mediapart viennent corroborer – le journal en ligne a effectivement été accusé d’avoir couvert les agissements de l’intellectuel suisse. Pour avoir participé à un colloque avec Monsieur Ramadan, Edwy Plenel est devenu aux yeux d’un arc rance son allié, celui qui aurait couvert des agissements abjects. De la même manière, Mediapart a été attaqué par ce même arc rance pour avoir effectué une longue enquête sur Tariq Ramadan, il y a de ça quelques mois, sans avoir abordé cette question. Le média s’est donc retrouvé accusé de complaisance à l’égard des agressions sexuelles dudit monsieur.

La charge la plus violente est d’abord venu de Charlie Hebdo lorsque le journal dirigé par Riss a publié un numéro dont la une représentait Edwy Plenel. Sa moustache surdéveloppée dans le dessin esquissait l’image des trois singes – celui qui ne voit rien, celui qui ne dit rien et celui qui n’entend rien – surmonté d’un titre univoque : Mediapart révèle « On ne savait pas ». Cette attaque abjecte, puisqu’il faut nommer les choses, qui sous-entend que Mediapart savait et a couvert ces agissements a évidemment déclenché une réaction de la Société des Journalistes de Mediapart dans un post très mesuré, il me semble. Très rapidement pourtant l’affaire a pris des proportions monumentales, certains – Manuel Valls en tête – profitant d’un édito assassin de Riss à l’égard d’Edwy Plenel pour attaquer Mediapart de manière très violente. Tout cette affaire nous dit, je crois, bien des choses sur l’hystérie actuelle dans notre pays. Lire la suite

Brut, symbole de l’information fast-food

Nouveau venu dans le monde des médias et d’internet (il n’a été créé qu’en 2016), le média Brut se donne pour ambition de révolutionner l’approche de l’information. L’un des deux fondateurs a expliqué que leur volonté était de « créer un média qui soit un point d’entrée sur l’actualité pour toute une génération qui s’éloigne des acteurs traditionnels ». Brut s’adresse donc spécifiquement à cette génération à laquelle j’appartiens et qui s’est massivement détournée des médias traditionnels. La stratégie de Brut est d’ailleurs univoque sur ce point-là puisque le média ne propose pas de site où sont rassemblées l’ensemble des vidéos qu’il produit. Il a, en effet, fait le choix d’investir les réseaux sociaux – Twitter et Facebook en particulier – et de profiter du trafic proposé par lesdits réseaux sociaux pour se développer.

L’autre singularité, pas la moindre, de Brut réside dans son positionnement éditorial. En ayant fait le choix de ne faire que de la vidéo, le néo-média a effectivement créé un style qui ne lui préexistait pas. Si les fondateurs mettent en avant les live Facebook que le média effectue (live qui ont été popularisé lors de Nuit Debout notamment afin de retransmettre les assemblées place de la République et qui ont assurément inspiré Brut), le gros du trafic de Brut et des éléments de reconnaissance sont constitués par les vidéos  d’entretien façon Konbini ou d’analyses très courtes. C’est précisément ces vidéos qui, me semble-t-il, permettent de voir dans Brut, le nouveau symbole de l’information fast-food.

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Le Média, entre bouffées d’oxygène et d’arrogance

La semaine dernière a eu lieu la soirée de lancement de Le Média. Après un manifeste paru dans Le Monde, les fondateurs de ce nouveau média qui se voudra alternatif – et qui démarrera le 15 janvier prochain – ont mis à profit cette soirée (qui a duré près de trois heures) pour appeler au soutien financier. Ils en ont également profité pour expliquer quelle allait être leur démarche et comment ils entendaient faire fonctionner ce média qui se proclame à la fois collaboratif, antiraciste, écologique et bien d’autres choses. Aussi avons-nous pu apprendre que Le Média proposerait quotidiennement, du lundi au vendredi, un journal de 20h.

S’il va sans dire que le surgissement d’un nouveau média alternatif et indépendant doit selon moi être soutenu tant le système médiatique est aujourd’hui détenu à 90 voire 95% par une poignée de milliardaires qui se servent desdits médias comme d’agences de communication pour mieux promouvoir leurs industries de manière plus ou moins explicite, Le Média n’est pas non plus exempt de certaines critiques et notamment de la volonté qui semble être la sienne de préempter la position de média indépendant et alternatif, nous y reviendrons. En revanche là où ce nouveau média est porteur d’une réelle nouveauté politique, que je trouve personnellement enthousiasmante, c’est précisément dans le fait qu’une forme d’union embryonnaire à gauche paraît s’être mise en place. Lire la suite