Marlène Schiappa, la cagnotte et les complices

Si l’acte IX du mouvement des Gilets jaunes s’est déroulé avec moins de violences selon les observateurs, le précédent avait été marqué par la fameuse intervention de Christophe Dettinger et ses coups de poing assénés à des forces de l’ordre. Il ne s’agit pas ici de revenir sur cet élément ni même de le juger mais bien plutôt de s’interroger sur la cagnotte qui a été créée par la suite et toutes les réactions que celle-ci a généré ainsi que du message envoyé lorsque l’on fait fermer une cagnotte au prétexte qu’elle serait indécente. En première ligne dans l’attaque contre ladite cagnotte, Marlène Schiappa fait assurément figure de symbole.

La secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que de la lutte contre les discriminations a effectivement vertement critiqué non seulement le principe de la cagnotte en lui-même mais également les personnes prêtes à donner de l’argent à Monsieur Dettinger. La plus univoque de ses critiques s’est assurément produite sur le plateau de France Info où elle a expliqué qu’elle était favorable à ce que l’on fiche ou poursuive l’ensemble des personnes qui ont donné de l’argent au prétexte qu’elle les considérait comme des complices de la violence de Christophe Dettinger. Cette séquence me parait doublement inquiétante.

Lire la suite

Médias, le point de non-retour

Samedi, le neuvième acte du mouvement des Gilets jaunes a marqué un fort regain de la mobilisation à en croire les observateurs – pour clarifier les choses je ne crois pas un mot des commentaires sur la mobilisation provenant des médias dits dominants mais il me semble que s’intéresser à la tendance qu’ils soulignent (hausse ou baisse) peut être pertinent – si bien que des médias comme BFM TV ont semblé être déçus de la réussite de cet acte IX (par exemple, BFM a tweeté « mobilisation en hausse, violences en baisse » un peu par dépit). Contrairement au samedi précédent, pas d’images chocs montrant des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, tout juste un blindé de la gendarmerie qui s’est embourbé dans une plaque en verre près de l’arc de triomphe.

La principale image choc de cet acte, par-delà les belles images de mobilisation un peu partout en France et particulièrement à Bourges et sur la place de la Bastille à Paris, a concerné des journalistes de LCI violemment attaqués à Rouen malgré la présence d’agents de sécurité à leur côté. Si cette image a marqué, c’est bien évidemment par sa violence extrême – n’hésitons pas à appeler les choses par leur nom et donc à y voir une tentative de lynchage mais également une aide apportée par des Gilets jaunes aux personnes attaquées – mais aussi parce qu’elle a agi comme une forme de révélateur de la défiance extrême qui frappe les journalistes et les médias (dans un amalgame que j’essayerai de déconstruire quelque peu), défiance dont le mouvement des Gilets jaunes semble être un catalyseur tant le mépris mutuel entre les deux groupes semble enraciné.

Lire la suite

De quoi la crainte des fausses nouvelles est-elle le symptôme ?

Depuis le surgissement du mouvement des Gilets Jaunes nous avons vu tout un discours se mettre en place à propos des fake news qu’il pouvait comporter et de leur dangerosité pour le débat public. Sa propagation sur les réseaux sociaux, Facebook en particulier, a effectivement pu engendrer la publication et le partage d’informations erronées comme, par exemple, à propos du pacte de Marrakech. Le terrible attentat de Strasbourg a d’une certaine manière été le climax de ces accusations de cheval de Troie des fausses nouvelles dans la mesure où certains des gilets jaunes les plus médiatiques ont fait résonner le refrain d’une attaque organisée par l’Etat pour mettre à mal le mouvement.

Que ce soit par le biais de théories désignées comme complotistes ou tout simplement par la propagation de mensonges éhontés, ces procédés ont prestement été utilisés pour décrédibiliser l’ensemble du mouvement des Gilets Jaunes – comme ce genre d’attaques à pu servir par le passé pour mettre à mal tout un mouvement de remise en cause de l’ordre établi. Plutôt qu’ergoter des heures durant sur le bien fondé ou l’absurdité de telles théories à la fois complotistes et porteuses de confusions, il me parait plus intéressant et pertinent de s’interroger sur ce qui peut générer ces fausses nouvelles et de quoi celles-ci sont révélatrices. Il me semble, en effet, que la caricature des forces de l’extérieure (russes pour ne pas les citer) agissant pour manipuler les masses est grotesque et que ces fausses nouvelles ainsi que leurs succès nous en disent très long sur les médias dits dominants et leur manière de procéder.

Lire la suite

Mélenchon, la perquisition et l’hystérie médiatique

A moins d’avoir vécu dans une grotte au cours de ces dernières semaines, personne ou presque n’a pu échapper aux multiples perquisitions qui ont frappé la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon ainsi que les suites desdites perquisitions allant des réactions du candidat à la présidentielle aux multiples éditos enflammés des rédactions en passant par des remarques toutes plus acerbes les unes que les autres venant de personnalités politiques bien promptes à sauter sur l’occasion pour tenter de décrédibiliser la France Insoumise ainsi que son porte-parole lors de la dernière élection présidentielle. Tout s’est effectivement passé comme si la seule et unique information véritablement importante durant les jours qui ont suivi les perquisitions était tout à la fois lesdites perquisitions et les réactions de Monsieur Mélenchon.

Pris dans une espèce de tourbillon tant médiatique que politique, nous étions forcés d’assister – avec sidération pour certains, avec rage pour d’autres – à la mise en place d’une forme de mâchoire d’airain visant à opposer frontalement Jean-Luc Mélenchon d’une part et les médias d’autre part dans une forme d’appel au manichéisme assez malsain. Oser dire que les perquisitions étaient disproportionnées faisait quasiment de vous un dangereux terroriste prêt à mettre à mal l’Etat de droit (pour peu qu’il existe encore) quand critiquer la réaction de Mélenchon concourait, selon certains, à vous ranger dans la case de vassal du capital. Comme souvent dans pareille situation, il me semble que c’est dans la complexité que réside la pertinence et dans le refus des concessions d’un côté comme de l’autre. Lire la suite

Médine et le Bataclan, perdre pour mieux gagner ?

« Nous avons pris la décision, douloureuse, d’annuler les deux dates de concert au Bataclan ». En une phrase et quinze petits mots, Médine a mis fin, vendredi, à la bataille avant même qu’elle ne commence. Pareille à la lame aiguisée d’une guillotine qui tranche une tête, sa publication sur Instagram – accompagnée d’une photo le présentant avec un grand sourire, ce qui n’est pas anodin nous y reviendrons – est venue mettre un terme provisoire à l’un de ses rêves, se produire au Bataclan. Tel un condamné se passant lui-même la corde au cou, le rappeur havrais a décidé de prendre les devants et d’annuler lui-même ses concerts dans la salle désormais tristement célèbre dans une réflexion que je considère comme courageuse comme nous le verrons.

L’ironie grinçante et tragique de l’histoire réside assurément dans le fait que dans le morceau éponyme parlant de la salle et tiré de son dernier album, Médine explique que parfois « on parlait de sa venue que dans la rubrique faits divers », un peu comme si le passé le rattrapait. Cette annulation des concerts par Médine est loin d’être le fruit du hasard mais bien plutôt la conséquence d’attaques calomnieuses et odieuses de la part de groupuscules d’extrême-droite qui sont même allés jusqu’à menacer de s’en prendre physiquement au public du rappeur. Parce que Médine est rappeur, parce qu’il assume d’être musulman, parce que l’extrême-droite est encore une fois parvenue à bâillonner ce qu’elle avait envie de bâillonner, il ne me parait ni absurde ni exagéré d’affirmer que cette affaire (puisqu’il faut bien l’appeler ainsi) agit comme une forme de symbole et de révélation des tendances lourdes de ce pays qui devient chaque jour un peu plus rance. Lire la suite

Le Pen à L’Emission politique, révélateur du naufrage du service public télévisuel

Il y a quelques jours, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, était l’invité de L’Emission politique sur France 2. Venu défendre la vision du gouvernement à quelques jours d’une mobilisation importante des cheminots et de la fonction publique, l’ancien maire de Tourcoing a, comme de coutume, été opposé à des contradicteurs au cours de l’émission. Si le débat avec Olivier Besancenot a permis de mettre en exergue deux visions à la fois des services publics et de la société, ce n’est pas cela qui a le plus marqué lors de cette émission.

Chacun des invités de L’Emission politique est effectivement invité à débattre avec une personne mystère. Dans le cas de la dernière émission, le mystère n’est pas demeuré bien longtemps tant un nombre important de médias avaient révélé le matin de l’émission qui serait l’invité mystère. Il s’agissait, comme tout le monde le sait, de Jean-Marie Le Pen. L’ancien dirigeant du Front National, qui publie ses mémoires et jouit d’une grande couverture médiatique de ce fait, a donc été invité à débattre avec Monsieur Darmanin. De débat en réalité, il n’y en eut point tant Monsieur Le Pen était là pour dérouler son discours classique et sa rhétorique sur l’excès d’immigrés que connaîtrait notre pays ou la menace que représente l’Islam. Ce qui est réellement révélateur, à mes yeux, dans cette séquence n’est pas tant les propos tenus par Jean-Marie Le Pen mais bien plus assurément  le simple fait qu’il ait été invité. Cette invitation est selon moi révélatrice du naufrage du service public télévisuel de ce pays.

Lire la suite

La séquence de Claude El Khal, la Syrie et la complexité

Il y a quelques jours, le journaliste de Le Media Claude El Khal, dans une séquence disponible ici, a parlé de la guerre en Syrie et plus précisément de ce qu’il se passe dans la Ghouta orientale, enclave que le régime de Bachar Al-Assad souhaite reprendre à tout prix en ne respectant pas la trêve humanitaire décidée à l’ONU. Cette séquence de Monsieur El Khal, à contre-courant du traitement de la guerre en Syrie dans les médias dits mainstream, a énormément fait réagir. Rien de surprenant affirment ses défenseurs, puisque se plaçant en opposition à la doxa journalistique dominante, le journaliste libanais a engendré une véritable cabale à son égard. Il y a de cela dans ce que subit Claude El Khal depuis la publication de cette séquence, il serait malhonnête de le nier tout comme il y a assurément une volonté chez un nombre conséquent de personnes de se faire Le Média.

En allant déterrer des tweets du journaliste – ce qui semble être la nouvelle mode de ce pays – et en se contentant presque uniquement d’attaques ad hominem sans entrer dans le fond du sujet abordé par la séquence, nombreux sont ceux à avoir démontré leur mauvaise foi. Néanmoins, il serait réducteur d’affirmer que seules des personnes mal intentionnées à l’égard de Claude El Khal ou de Le Média ont trouvé cette séquence dérangeante voire choquante. Personnellement, celle-ci m’a dérangé tout comme la chasse à l’homme qui s’en est suivie. Je crois qu’il nous faut, sur ce sujet comme sur bien d’autres, parvenir à ne pas sombrer dans le manichéisme ambiant tout en refusant le simplisme. Voilà quel est notre chemin de crête. Lire la suite