Charlie Hebdo, Mediapart et l’hystérie triomphante

Voilà quelques semaines que Mediapart est devenu une cible pour bien des personnes de ce pays. Après les révélations sur les présumées violences sexuelles de Tariq Ramadan – que bien des témoignages et une excellente enquête de Mediapart viennent corroborer – le journal en ligne a effectivement été accusé d’avoir couvert les agissements de l’intellectuel suisse. Pour avoir participé à un colloque avec Monsieur Ramadan, Edwy Plenel est devenu aux yeux d’un arc rance son allié, celui qui aurait couvert des agissements abjects. De la même manière, Mediapart a été attaqué par ce même arc rance pour avoir effectué une longue enquête sur Tariq Ramadan, il y a de ça quelques mois, sans avoir abordé cette question. Le média s’est donc retrouvé accusé de complaisance à l’égard des agressions sexuelles dudit monsieur.

La charge la plus violente est d’abord venu de Charlie Hebdo lorsque le journal dirigé par Riss a publié un numéro dont la une représentait Edwy Plenel. Sa moustache surdéveloppée dans le dessin esquissait l’image des trois singes – celui qui ne voit rien, celui qui ne dit rien et celui qui n’entend rien – surmonté d’un titre univoque : Mediapart révèle « On ne savait pas ». Cette attaque abjecte, puisqu’il faut nommer les choses, qui sous-entend que Mediapart savait et a couvert ces agissements a évidemment déclenché une réaction de la Société des Journalistes de Mediapart dans un post très mesuré, il me semble. Très rapidement pourtant l’affaire a pris des proportions monumentales, certains – Manuel Valls en tête – profitant d’un édito assassin de Riss à l’égard d’Edwy Plenel pour attaquer Mediapart de manière très violente. Tout cette affaire nous dit, je crois, bien des choses sur l’hystérie actuelle dans notre pays. Lire la suite

Brut, symbole de l’information fast-food

Nouveau venu dans le monde des médias et d’internet (il n’a été créé qu’en 2016), le média Brut se donne pour ambition de révolutionner l’approche de l’information. L’un des deux fondateurs a expliqué que leur volonté était de « créer un média qui soit un point d’entrée sur l’actualité pour toute une génération qui s’éloigne des acteurs traditionnels ». Brut s’adresse donc spécifiquement à cette génération à laquelle j’appartiens et qui s’est massivement détournée des médias traditionnels. La stratégie de Brut est d’ailleurs univoque sur ce point-là puisque le média ne propose pas de site où sont rassemblées l’ensemble des vidéos qu’il produit. Il a, en effet, fait le choix d’investir les réseaux sociaux – Twitter et Facebook en particulier – et de profiter du trafic proposé par lesdits réseaux sociaux pour se développer.

L’autre singularité, pas la moindre, de Brut réside dans son positionnement éditorial. En ayant fait le choix de ne faire que de la vidéo, le néo-média a effectivement créé un style qui ne lui préexistait pas. Si les fondateurs mettent en avant les live Facebook que le média effectue (live qui ont été popularisé lors de Nuit Debout notamment afin de retransmettre les assemblées place de la République et qui ont assurément inspiré Brut), le gros du trafic de Brut et des éléments de reconnaissance sont constitués par les vidéos  d’entretien façon Konbini ou d’analyses très courtes. C’est précisément ces vidéos qui, me semble-t-il, permettent de voir dans Brut, le nouveau symbole de l’information fast-food.

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Le Média, entre bouffées d’oxygène et d’arrogance

La semaine dernière a eu lieu la soirée de lancement de Le Média. Après un manifeste paru dans Le Monde, les fondateurs de ce nouveau média qui se voudra alternatif – et qui démarrera le 15 janvier prochain – ont mis à profit cette soirée (qui a duré près de trois heures) pour appeler au soutien financier. Ils en ont également profité pour expliquer quelle allait être leur démarche et comment ils entendaient faire fonctionner ce média qui se proclame à la fois collaboratif, antiraciste, écologique et bien d’autres choses. Aussi avons-nous pu apprendre que Le Média proposerait quotidiennement, du lundi au vendredi, un journal de 20h.

S’il va sans dire que le surgissement d’un nouveau média alternatif et indépendant doit selon moi être soutenu tant le système médiatique est aujourd’hui détenu à 90 voire 95% par une poignée de milliardaires qui se servent desdits médias comme d’agences de communication pour mieux promouvoir leurs industries de manière plus ou moins explicite, Le Média n’est pas non plus exempt de certaines critiques et notamment de la volonté qui semble être la sienne de préempter la position de média indépendant et alternatif, nous y reviendrons. En revanche là où ce nouveau média est porteur d’une réelle nouveauté politique, que je trouve personnellement enthousiasmante, c’est précisément dans le fait qu’une forme d’union embryonnaire à gauche paraît s’être mise en place. Lire la suite

Les tensions avec la Corée du Nord, révélateur de l’aveuglement occidental

Depuis quelques semaines, voire quelques mois, la tension est extrême entre la Corée du Nord et les Etats-Unis. Promesse de faire tomber le feu et la furie comme jamais de la part de Donald Jr. Trump contre provocations et tests nucléaires par Kim Jong-Un, rarement les relations auront été aussi tendues autour de la Corée du Nord. Cette tension dépasse, évidemment, allégrement ce simple duel puisque certains voisins – à commencer par le Japon – sont également entrés dans la danse. De la même manière, Russie et Chine ne se sont pas gênées pour tenter de renforcer leur place dans le jeu diplomatique en se servant de cette crise si bien que l’ONU, comme d’habitude, a été incapable de prendre une résolution ambitieuse sur la question.

Il n’est toutefois guère étonnant de voir la Chine s’élever contre la position belliciste du nouveau locataire de la Maison Blanche. Celui-ci aurait en effet affirmé en privé, à en croire certains conseillers, que si la situation devait empirer les morts seraient à dénombrer du côté asiatique et pas américain. La Chine étant voisine de la Corée du Nord, il est tout à fait normal qu’elle ne s’engage pas dans cette voie belliciste pour la simple et bonne raison qu’elle pourrait subir les conséquences d’un bombardement visant la Corée du Nord. En ce sens, il me semble que cette crise avec la Corée du Nord est un formidable révélateur de l’aveuglement occidental – chez les médias, chez les politiciens mais également au sein de la population – à l’œuvre depuis des décennies. Lire la suite

Raquel Garrido, sa petite phrase et tous ses impensés

« Si vous considérez que je suis payée par Bolloré, c’est considérer que vous, vous êtes payés par Macron ». En une petite phrase, en dix-huit petits mots, en une comparaison plus que douteuse faite sur le plateau de C à vous cette semaine, Raquel Garrido a fait montre du malaise voire de la maladresse qu’elle ressentait à propos des questions répétitives sur son rôle de chroniqueuse dans l’émission de Thierry Ardisson sur C8. Depuis l’annonce de son intégration à l’émission, Madame Garrido est, en effet, l’objet de critiques ou de quolibets de la part de personnes de toutes convictions politiques. On lui reproche, au choix, d’être chroniqueuse en même temps que femme politique ou bien d’être présente sur une chaine détenue par Bolloré, que la France Insoumise critique vertement.

Il ne s’agit bien évidemment pas, ici, de tomber dans ce genre de critique superficielle et de mauvaise foi par moments mais il me paraît plus qu’intéressant de se pencher sur les réponses fournies par Raquel Garrido à ces critiques en cela que ce qu’elle dit – et peut-être surtout ce qu’elle ne dit pas – est révélateur de bien des écueils dans lesquels nous pourrions tomber à gauche. Nulle pudeur de gazelle, je trouve la phrase qu’elle a prononcée sur le plateau de C à vous absolument ridicule – je m’en expliquerai tout au fil de ce papier – en cela qu’elle est le révélateur à la fois d’une manière de voir les choses que je trouve plus que dérangeante mais aussi qu’elle démontre la gêne de la chroniqueuse à aborder la question de l’utilisation du système médiatique contre lui-même. Lire la suite

Le FN, barrage à une réelle alternative

Il y a quelques jours, l’ensemble ou presque des partis et mouvements politiques ont effectué leur rentrée. Cette semaine, c’est le gouvernement qui connaît la sienne avec la publication aujourd’hui des explosives ordonnances pour réformer le code du travail. Dans cette valse sempiternelle qui a lieu au tournant du mois d’août entre universités d’été et autres rassemblements aux quatre coins de la France, un parti manquait pourtant à l’appel et pas n’importe lequel. Le Front National, qui a atteint en mai dernier le second tour d’une élection présidentielle pour la deuxième fois de son histoire, n’a en effet pas effectué de rentrée en bonne et due forme. Ce n’est assurément pas parce que le parti d’extrême-droite manquait de sujets de débat.

Le parti de Madame Le Pen a en réalité anticipé la rentrée ou plutôt a été très studieux pendant l’été alors que les autres partis n’avaient pas encore repris. Celui-ci s’est effectivement réuni pour discuter de manière stratégique de l’année paradoxale qui venait de s’écouler pour lui. Le FN a en effet réussi à se hisser au second tour de l’élection présidentielle tout en battant son record de voix mais s’est lourdement incliné face à Emmanuel Macron en dépit d’une abstention et d’un nombre de bulletins blancs et nuls jamais vus. En outre le parti d’extrême-droite n’a pas réussi à obtenir le nombre de députés qu’il escomptait et a fortiori à créer un groupe parlementaire. Durant l’entre-deux tours de la présidentielle – comme à chaque fois que le FN se qualifie pour le second tour d’une élection – nous avons vu se mettre en place le perpétuel appel au barrage face à ce parti. Pourtant, il me semble qu’il faut retourner la perspective pour bien comprendre ce qu’est ce parti. Ce n’est pas au FN qu’il faut faire barrage mais bien le FN qui est un barrage à une réelle alternative dans ce pays. Lire la suite

Trump, Sarkozy et le triomphe de l’hypocrisie

Il y a quelques jours, Donald Trump a provoqué un véritable tollé et s’est sans doute coupé des derniers alliés qui étaient les siens à la fois dans le monde du business et au sein du Parti Républicain. Le président américain semble plus isolé que jamais et il ne serait guère étonnant de le voir continuer à se recroqueviller sur lui-même durant le reste de son mandat – s’il n’est pas destitué avant. A l’origine de ce nouvel isolement du magnat de New-York, les propos qu’il a tenus sur la manifestation de néo-nazis à Charlottesville qui a aboutie à la mort d’une contre-manifestante tuée par un néo-nazi et sa voiture lors de la contre-manifestation.

L’absence de propos du président américain à l’égard des évènements à la fois dramatiques et inquiétants de Charlottesville durant plus de 48h avait été soulignée mais Donald Trump a suscité bien plus d’effroi en s’exprimant ensuite et en renvoyant dos à dos les néo-nazis et les manifestants antiracistes. En s’exprimant de la sorte, le président américain a évidemment défendu les néo-nazis et autres suprémacistes blancs ainsi que l’ont prouvé les propos d’un membre haut-placé du Ku Klux Klan qui s’est félicité de cette prise de position. Cet épisode ô combien inquiétant rappelle avec force et vigueur quelles sont les dynamiques que l’arrivée de Trump au pouvoir a renforcées. A cet égard, il ne me parait pas absurde d’établir un parallèle avec l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 que ce soit en termes de tendances renforcées ou de réactions médiatiques et politiques. Lire la suite