La réforme de l’assurance chômage, symbole ultime du macronisme

S’il y a bien une chose qui caractérise la mandature d’Emmanuel Macron, c’est sans conteste sa volonté de réformer tous azimuts pour mettre à mal le modèle social français. Sa stratégie depuis le premier jour est effectivement d’ouvrir d’innombrables fronts – que ce soit par ses réformes ou par ses déclarations toutes plus scandaleuses les unes que les autres – pour avoir la maitrise de l’agenda et contraindre les contempteurs de sa politique à suivre son rythme effréné. Après le G7 de cet été et le positionnement du locataire de l’Elysée en grand chef diplomate, la rentrée est axée sur la réforme des retraites à venir. Avant ça il y eut la réforme de l’assurance chômage.

L’objectif, à peine caché, de cet enchainement très rapide est évidemment d’empêcher la réflexion globale sur ce qui est en train d’arriver et de forcer les opposants à s’épuiser en courant plusieurs lièvres à la fois. Il serait injuste de ne pas reconnaitre à la caste actuellement au pouvoir un sens stratégique certain dans la mesure où tout ou presque se passe comme prévu depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau monarque présidentiel. Dans ce flot continuel de réformes mettant à mal le modèle social français et de déclarations autant provocatrices qu’irrespectueuses à l’égard de bien des personnes, il me semble que la réforme de l’assurance-chômage marque l’une de ses ruptures dont l’on se rend compte bien trop tard.

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La dévaluation monétaire en quelques lignes

Depuis quelques temps, il est devenu courant d’entendre parler de guerre commerciale entre certaines grandes puissances économiques – le cas des tensions sino-étatsuniennes faisant à cet égard figure de symbole – mais il est désormais très rare, pour ne pas dire exceptionnel, de voir se mettre en place des tensions monétaires entre Etats. Il y a, bien entendu, toujours les reproches effectués à l’encontre de la Chine et de son yuan artificiellement sous-évalué mais à l’époque contemporaine, les principales tensions monétaires dont nous entendons parler sont bien plus le fait d’attaques spéculatives sur telle ou telle monnaie (la Turquie en fait d’ailleurs les frais depuis un certain temps). Pour dire les choses autrement, les soubresauts monétaires sont aujourd’hui moins le fait d’une politique volontariste qu’un état de fait subi par les Etats.

Durant longtemps pourtant, les tensions commerciales s’accompagnaient de tensions monétaires parfois plus importantes. L’histoire économique européenne est, par exemple, parcourue de ces guerres monétaires lors desquelles les dévaluations s’enchainaient dans l’objectif de demeurer compétitif sur le marché international. La France, à ce titre, fait figure d’excellent contre-exemple puisque pendant un certain moment celle-ci a mené une politique du franc fort, au prix de conséquences sociales et économiques parfois désastreuses. Faut-il dès lors comprendre que la dévaluation monétaire aurait aujourd’hui cessé d’être un outil pertinent dans le cadre d’une politique économique ?

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#NeRestePasATaPlace ou le piège du néolibéralisme

Il y a plusieurs semaines, un mot-dièse a fait son apparition sur les réseaux sociaux, en particulier sur les Twitter. Porté notamment par Rokhaya Diallo avec son livre, le #NeRestePasATaPlace a eu une renommée aussi puissante qu’éphémère dans certains cercles de la société. L’on pourrait dès lors se dire qu’il n’est pas bien intéressant de revenir sur celui-ci. Je crois pourtant qu’il est important de tenter d’en faire, en quelque sorte, l’exégèse dans la mesure où le surgissement de ce mot-dièse me semble dire beaucoup de choses sur la société dans laquelle nous vivons, particulièrement en raison du fait que cette mode – le mot ne me semble pas exagéré ou usurpé – en dit très long sur la victoire intellectuelle du néolibéralisme.

Au moment de l’apparition de #NeRestePasATaPlace, Anasse Kazib avait publié un coup de gueule que j’avais trouvé excellent en cela qu’il parvenait bien à capter l’air du temps, le fameux Zeitgeist, à propos de cette expression. Il importe désormais, selon moi, de pousser l’analyse encore plus loin afin de tenter de démontrer à quel point ce mot-dièse est un concentré de ce que nous propose le néolibéralisme. Il ne s’agit évidemment pas de fustiger celles et ceux qui ont raconté leur cheminement personnel à travers cette dynamique et qui peuvent être autant d’éléments d’inspiration possible pour beaucoup – et ce, d’autant plus que, comme Anasse, il y a quelques années j’aurais pu prendre la plume fictive pour prendre part à cela – mais bien plus d’essayer de montrer à quel point le discours néolibéral nous a contaminés à grande échelle et comment un tel mot-dièse peut être très pervers. Que celles et ceux qui y ont participé n’en prennent pas ombrage, il ne s’agit pas d’attaques ad hominem mais bien plus d’une tentative de déconstruction de certains des messages les plus néfastes du capitalisme néolibéral.

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Nocivité du mécénat, le symptôme Notre-Dame-de-Paris

Il y a une dizaine de jours, sous les yeux à la fois médusés et effrayés d’un certain nombre de personnes – il n’y avait qu’à voir les quais de Paris envahis par les passants – en France et un peu partout en Europe, la cathédrale Notre-Dame prenait feu. Ce qui aurait pu n’être qu’une péripétie rapidement effacée par l’allocution alors prévue par Emmanuel Macron pour faire suite au grand débat s’est transformée en moment de grande dramaturgie quand la flèche de l’édifice s’est écroulée et que les sapeurs-pompiers de Paris ont exprimé leurs craintes quant à la possibilité d’un effondrement des deux beffrois de la cathédrale. Sautant sur l’occasion, le monarque présidentiel a surjoué la solennité et l’émotion, un peu comme si un attentat avait frappé le pays.

Dans les jours qui ont suivi, après que les sapeurs-pompiers ont réussi à circonscrire l’incendie et à limiter les dégâts – que les hommages leurs soient rendus – une course proprement indécente aux dons a vu le jour dans les cercles des grandes fortunes. Pinault, Arnault, Total, Bouygues, bien nombreux ont été les personnes ou entreprises les plus riches de ce pays à accourir pour participer aux différentes cagnottes mises en place pour financer la restauration de l’édifice. Atteignant rapidement plusieurs centaines de millions d’€, ces dons ont, me semble-t-il, agi comme une forme de franchissement de seuil, de la même sorte que ceux que Frédéric Lordon met en avant dans son excellent Les Affects de la politique. En se précipitant au chevet d’un édifice, certes historique et symbolique mais un édifice tout de même, toutes ces grandes fortunes n’ont fait que démontrer à quel point la problématique du mécénat et de son usage par les puissants était importante en cela qu’elle charrie de nombreuses questions centrales, allant de la question de l’imposition à celle du recul de l’Etat en passant par bien d’autres encore.

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L’austérité en quelques lignes

Depuis quelques années la question des politiques austéritaires s’est imposée comme l’un des débats centraux au sein de l’Union Européenne et plus précisément dans la zone euro. Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Irlande, nombreux ont été les pays à avoir été contraints par la Troïka (BCE – Commission Européenne – FMI) à appliquer des politiques austéritaires en baissant drastiquement les dépenses publiques afin d’obtenir de nouveaux prêts de la part de telle ou telle institution financière.

Si les pays membres de l’Union Européenne n’ont commencé à faire l’expérience de l’austérité qu’à la suite des crises de 2007-2008 puis de la zone euro, d’autres pays dans le monde les ont subies depuis bien longtemps. Il serait en effet bien malhonnête de présenter l’arrivée des politiques austéritaires sur le continent européen comme une nouveauté dans le monde. Pour autant, il me semble bien que l’exemple grec en particulier permet d’illustrer à merveille tant les impasses que le caractère autoritaire de ces politiques scélérates qui n’ont finalement pas d’autre but que de spoiler les citoyens pour offrir les Etats aux puissances d’argent.

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La dette publique en quelques lignes

« La France a quasiment 100% de dette. […] Qui peut croire qu’on insulte son banquier, surtout s’il est étranger, lorsqu’on lui doit autant d’argent ? C’est une question de souveraineté ». En ces termes, hier sur France Inter, Gérald Darmanin le ministre de l’Action et des Comptes publics a remis sur la table la question – ou peut-être devrions-nous dire l’épouvantail – de la dette publique. En en profitant au passage pour glisser un tacle à la France Insoumise et à Jean-Luc Mélenchon, l’ex-sarkozyste n’a fait que répéter une énième fois la doxa néolibérale à propos de la question de la dette publique qui serait, si on écoute les néolibéraux, insoutenable et aliénerait la souveraineté de la France.

Il y a quelques semaines j’avais évoqué le sujet du déficit public en expliquant qu’il formait un système avec la dette publique. Le passage radiophonique de Monsieur Darmanin n’a fait que le confirmer puisqu’il a, de lui-même, lié les deux sujets en nous expliquant que c’était précisément parce que la France avait été en déficit chronique pendant 40 ans qu’elle avait une dette aussi grande (omettant au passage le poids du renflouement des banques après la crise de 2007-2008 dans son argumentaire) et qu’en conclusion, il fallait baisser la dépense publique et, vous l’aurez compris, le déficit, pour commencer à résorber ladite dette. Il n’est pas neuf de voir la dette publique brandie comme un épouvantail. Et comme tout épouvantail construit de toutes pièces, la faiblesse de l’argumentaire sur la dette publique réside dans le fait qu’il est assez facile de le déconstruire.

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La privatisation d’ADP, symbole d’une République mise à mal

L’on reconnait certainement les moments charnières d’un point de vue politique au fait qu’ils génèrent, dans le lieu où ils se produisent, une forme de remise en question globale d’éléments qui, en temps normal, ne posent même pas question. D’une certaine manière, lesdits moments sont en partie caractérisés par leur portée totalisante. Le surgissement du mouvement des Gilets jaunes en France – mouvement dont les sources remontent à des décennies – a fait revenir à la surface des débats qui semblaient, sinon éteints, au moins endormis. En faisant l’expérience d’une mobilisation politique accrue, nombreuses sont effectivement les personnes à se ressaisir à nouveau de sujets longtemps oubliés, dans une forme de réminiscence de la campagne sur le référendum européen de 2005.

En réalité, nous assistons depuis des mois à un formidable moment d’éducation populaire et de réappropriation de la politique par des citoyens qu’on avait convaincus de demeurer à l’extérieur des débats en leur expliquant que choisir tous les cinq ou six ans les personnes qui allaient décider pour eux était suffisant. Dans ce bouillonnement politique, la question des privatisations est donc revenue sur le devant de la scène. Principalement adossée à la volonté de privatiser le groupe ADP (anciennement Aéroports de Paris), cette critique profonde de la logique même qui préside à ces privatisations prend de plus en plus d’ampleur, ce qui n’est pas loin d’être une chose salvatrice tant les privatisations (sous toutes leurs formes) mettent à mal l’idée même de République.

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