Mélenchon, la perquisition et l’hystérie médiatique

A moins d’avoir vécu dans une grotte au cours de ces dernières semaines, personne ou presque n’a pu échapper aux multiples perquisitions qui ont frappé la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon ainsi que les suites desdites perquisitions allant des réactions du candidat à la présidentielle aux multiples éditos enflammés des rédactions en passant par des remarques toutes plus acerbes les unes que les autres venant de personnalités politiques bien promptes à sauter sur l’occasion pour tenter de décrédibiliser la France Insoumise ainsi que son porte-parole lors de la dernière élection présidentielle. Tout s’est effectivement passé comme si la seule et unique information véritablement importante durant les jours qui ont suivi les perquisitions était tout à la fois lesdites perquisitions et les réactions de Monsieur Mélenchon.

Pris dans une espèce de tourbillon tant médiatique que politique, nous étions forcés d’assister – avec sidération pour certains, avec rage pour d’autres – à la mise en place d’une forme de mâchoire d’airain visant à opposer frontalement Jean-Luc Mélenchon d’une part et les médias d’autre part dans une forme d’appel au manichéisme assez malsain. Oser dire que les perquisitions étaient disproportionnées faisait quasiment de vous un dangereux terroriste prêt à mettre à mal l’Etat de droit (pour peu qu’il existe encore) quand critiquer la réaction de Mélenchon concourait, selon certains, à vous ranger dans la case de vassal du capital. Comme souvent dans pareille situation, il me semble que c’est dans la complexité que réside la pertinence et dans le refus des concessions d’un côté comme de l’autre. Lire la suite

De quoi les arrêtés anti-mendicité sont-ils le symptôme ?

Alors que l’exécutif a présenté son plan anti-pauvreté la semaine dernière après l’avoir reporté à de multiples reprises, dans une forme de message implicite affirmant que la pauvreté était le cadet des soucis de la caste au pouvoir qui préfère s’empresser de supprimer l’ISF ou d’instaurer un impôt forfaitaire pour mieux faire des cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la ville de Besançon a fait la une de l’actualité cet été en raison de la publication d’un arrêté anti-mendicité par la mairie. Il faut dire que le symbole est à la fois puissant et désespérant quand la ville de Victor Hugo, auteur des Misérables et sans doute plus grand écrivain français ayant traité de la vie des petites gens avec Emile Zola, décide de chasser les sans-abris de ses rues comme si faire la manche était un délit.

Cette culpabilisation des personnes sans-abris ne fait finalement que s’inscrire dans la logique qui gouverne ce pays, celle qui se cache derrière le mythe de la responsabilisation qui explique aux dominés que s’ils le sont c’est qu’ils l’ont bien cherché – après tout peut-être suffirait-il aux sans-abris de traverser la rue pour trouver un toit tout comme il suffit aux chômeurs de passer sur le trottoir d’en face pour trouver un emploi. Il va sans dire que ces odieux arrêtés anti-mendicité présentant la misère comme un délit ne sont pas nouveaux. Il faut, me semble-t-il, toutefois convenir que leur prolifération n’est pas anodine et que celle-ci nous dit bien des choses sur la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite

Derrière la fable de la responsabilité

Invité hier matin sur Europe 1, Nicolas Hulot a expliqué qu’il allait falloir s’habituer aux fortes chaleurs et que face au changement climatique, « il [fallait] que chacun se tourne vers sa propre responsabilité ». Par-delà la démission que représente une telle prise de parole de la part de celui qui est censé lutter contre le changement climatique dans le pays, la musique lancinante sur la responsabilité individuelle semble être devenue l’un des éléments de langage les mieux partagés au sein de ce gouvernement. Emmanuel Macron lui-même a fait de cette rhétorique l’un des pivots de son discours et de la politique qu’il mène.

Face au chômage de masse qui frappe le pays ? L’important est de responsabiliser les chômeurs. Face à la relégation sociale des banlieues ? L’important est de stigmatiser les habitants de ces quartiers en appelant à leurs responsabilités face aux différents trafics. Face à l’évasion fiscale ? L’important est surtout de ne pas supprimer le verrou de Bercy et d’en appeler à la responsabilité des fraudeurs fiscaux. L’on pourrait continuer la liste longtemps si bien qu’elle se transformerait rapidement en litanie. Il est aisé et confortable de ne voir dans cette répétition d’un appel à une sacro-sainte responsabilité individuelle qu’un artifice, un effet de manche présent uniquement par rhétorique. Je crois au contraire que cette fable de la responsabilité individuelle est à la fois la poutre porteuse de l’idéologie macronienne en même temps que son plus pur révélateur. Lire la suite

Aquarius, l’effroyable symbole

Depuis lundi, l’Union Européenne et plus particulièrement Malte, l’Italie, la France et l’Espagne sont au cœur d’une polémique effroyable, le genre d’évènements qui vient rappeler si besoin était l’inhumanité dont est capable l’être humain. L’Aquarius, ce bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée qui sauve des exilés de la noyade, est effectivement au cœur d’une tempête politico-diplomatique avec à son bord 629 personnes dont une bonne part de mineurs isolés et de femmes enceintes. Le nouveau ministre de l’intérieur italien – et dirigeant du parti d’extrême-droite la Ligue (ex-Ligue du Nord) – Matteo Salvini a en effet refusé d’accueillir le bateau dans un port italien, rejetant la responsabilité de l’accueil du navire sur Malte.

En expliquant que c’était à la petite île d’accueillir le bateau de SOS Méditerranée, Matteo Salvini a indéniablement réalisé un coup de force à la fois à destination de son électorat et de l’Union Européenne. Tout au long de la campagne italienne, le leader de la Ligue s’est appliqué à parler des exilés en des termes déshumanisants et racistes. Désormais au pouvoir, Salvini a mis en place ce qu’il avait annoncé et par la même occasion s’est échiné à envoyer un message aux autres pays européens, réactivant la crise au sein de l’union à propos de cette question. Malgré la proposition de la Corse d’accueillir le navire, c’est finalement l’Espagne et Valence qui ont ouvert leurs portes à l’Aquarius et aux exilés qu’il transporte. En ce sens, il ne me parait pas exagéré de voir dans l’Aquarius un triple symbole : celui du cynisme du gouvernement français, celui de l’hypocrisie à la fois du gouvernement et d’une bonne part de la société en France mais aussi celui de la démission définitive de l’UE. Lire la suite

L’affaire GL Events ou le quadruple symptôme

Hier marquait le premier anniversaire de la victoire d’Emmanuel Macron lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017. L’heure est donc actuellement au bilan de cette première année de présidence du nouveau monarque présidentiel. Il faut dire que le successeur de François Hollande a mené sa cure néolibérale au pas de charge au cours de sa première année de présidence. Ordonnances pour démanteler le code du travail, suppression de l’ISF, volonté de livrer à terme la SNCF à la privatisation, Emmanuel Macron a pour coutume d’attaquer sur plusieurs fronts si bien que l’opposition incarnée par la France Insoumise ou le mouvement social qui semble prendre forme a toutes les peines du monde à contrer de manière efficace la politique gouvernementale.

Ce qui est évident, en revanche, c’est que Macron et son gouvernement ont rapidement clarifié les choses – ou plutôt les décisions prises ont servi à les clarifier. Après avoir fait campagne sur son fameux « en même temps », le locataire de l’Elysée mène très clairement depuis un peu moins d’un an une politique de droite dans tous les domaines. Libéralisation accrue de l’économie, politique conservatrice sur les questions sociétales, défense des puissants et possédants, écrasement des plus dominés de cette société tel est le constat d’un an de présidence Macron. Tout acquis à sa croyance de puissance absolue, le monarque présidentiel suscite des ressentiments qui ne font que s’accroître et dont l’affaire GL Events pourrait constituer un seuil franchi tant elle est révélatrice de bien des fléaux qui frappent le pays. Lire la suite

Marseille au bord de la rupture ? (3/3): demain, c’est loin ?

Politique versus politiques

 

C’est une constante qui n’est pas propre à Marseille mais à l’ensemble de la France : les commentateurs et observateurs s’empressent de parler de dépolitisation des populations dès lors que les taux d’abstention bondissent. La caste politicienne use allègrement de ce vocable pour mieux expliquer que ceux qui ne se rendent pas aux urnes n’ont que faire de la politique. Bien sûr dans leur bouche le terme de politique ne recouvre que leur petit marigot, en somme la politique politicienne. Il est d’ailleurs assez dramatique que ce terme désigne deux sens aussi éloignés : d’un côté les petites tambouilles et la course aux suffrages qui mène au clientélisme le plus acharné, de l’autre la vie de la Cité. Parce que le fond du problème sur cette question est bien là, la notion de politique a été préemptée par les politiciennes et politiciens professionnels qui en ont fait leur métier. La rhétorique sur la dépolitisation n’est donc pas anodine puisqu’elle permet tout à la fois l’infantilisation et la domination arbitraire de cette caste. Puisque vous ne vous intéressez pas à la politique on va la mener pour vous, voilà en somme ce qui se cache derrière le concept fourre-tout et fumeux de la dépolitisation. Concept qu’il est urgent de déconstruire, particulièrement à Marseille. Lire la suite

Marseille au bord de la rupture ? (2/3): la stratégie du dégoût

Bloc historique et pouvoir hégémonique

 

La grande fracture dont j’ai parlé tout au fil de la première partie suppose évidemment que si d’un côté il existe des exclus, des laissés pour compte, de l’autre un véritable groupe social tire profit de cette fracture. A Marseille en effet les inégalités sont très grandes, la pauvreté la plus extrême cohabite avec une grande bourgeoisie. C’est précisément cette dichotomie qui me pousse à parler de fracture. La politique de classe menée dans la Cité phocéenne n’est pas le fruit d’un quelconque hasard ou d’éléments fortuits. Elle est au contraire la conclusion et l’aboutissement d’une logique qu’avait enclenchée Gaston Defferre en son temps. La ville de Marseille se caractérise effectivement par la longévité de deux maires. De 1953 à aujourd’hui, si l’on excepte le passage de Robert Vigouroux durant 7 années à la tête de la ville, Marseille a été gouvernée par deux hommes : Gaston Defferre durant 33 ans quasiment jour pour jour et Jean-Claude Gaudin – promu par Defferre – depuis 1995. Si le patriarche Gaudin a annoncé qu’il ne se représenterait pas lors des municipales de 2020, sa succession au sein de son parti est loin d’être déterminée. En apparence, la ville de Marseille a basculé dans l’alternance lorsque Jean-Claude Gaudin en a pris les rênes. Dans la réalité il n’y eut guère de rupture. Defferre et Gaudin n’ont pas mené de politiques différentes dans leur nature, loin de là, une politique au profit d’un petit nombre quand la grande masse de la population marseillaise était laissée à l’écart. Lire la suite

L’affaire Mennel ou la défaite de la pensée

Vendredi, dans un message vidéo d’un peu moins de deux minutes diffusé sur les réseaux sociaux, Mennel Ibtissem annonçait son retrait de The Voice, le télé crochet de TF1. La jeune femme a pris cette décision après avoir subie une campagne d’une rare violence sur Twitter notamment où, après l’exhumation de quelques anciens tweets, la fachosphère et le Printemps Républicain – qui forment chaque jour un peu plus une seule et même entité – réclamaient à corps et à cri son exclusion de l’émission par TF1. Je ne suis pas un fervent téléspectateur de la chaîne appartenant à Martin Bouygues, encore moins quelqu’un qui apprécie les télécrochets de ce type mais il me semble que cette affaire dépasse allègrement le cadre de la simple télévision ou des émissions musicales.

Elle est en effet un nouveau révélateur du climat délétère qui règne dans notre pays et de la montée en puissance toujours plus grande et terrifiante de cette police de la pensée dont Laurent Bouvet ou Yvan Rioufol sont les têtes de gondole. Je l’avais déjà écrit il y a un moment et tout semble empirer, il y a une réelle hystérie dans ce pays à l’égard des musulmans et de l’Islam. Cette affaire Mennel, puisqu’il faut l’appeler ainsi, vient rappeler avec cruauté à quoi sont près les tenants d’une ligne identitaire absolue pour voir leurs idées triompher et les musulmans cloués au pilori. Dans la France de 2018, en effet, une personne de confession musulmane – ou une personne apparentée comme tel – doit, selon certains, montrer deux fois plus patte blanche que les autres. Voilà la triste réalité de ce pays fourbu et usé. Lire la suite

Le double discours ou la réalité chassée

Si l’on devait résumer le macronisme en une seule expression, je pense que beaucoup opterait pour le double discours (ou le double langage au choix). Depuis le lancement de sa campagne présidentielle jusqu’à la politique menée par son gouvernement, Emmanuel Macron a effectivement porté à un niveau jamais vu le cynisme et le mensonge. Il ne s’agit évidemment pas de dire que ces deux plaies sont nées avec Monsieur Macron mais il ne me semble toutefois pas absurde de dire qu’il les a portées, avec une constance certaine, à un certain paroxysme. Le successeur de François Hollande a même théorisé ce double discours tout au fil de sa campagne avec sa désormais fameuse expression de « l’en même temps ». Présentée comme moderne et novatrice, la doctrine de l’en même-temps-isme n’est rien d’autre que la normalisation du mensonge et du double discours.

Durant la campagne présidentielle, c’est sans doute sur la question de la colonisation que ce double langage s’est le plus fait ressentir. En Algérie, Monsieur Macron avait parlé de crime contre l’humanité avant de rapidement venir rassurer les tenants d’une France qui ne se « repent pas » et ne cède pas aux sirènes du sanglot de l’homme blanc comme dirait un essayiste identitaire. Depuis son élection, Emmanuel Macron ou les membres de sa majorité (gouvernement et députés) n’ont eu de cesse de pratiquer ce double discours. Sur les migrants, sur les violences faites aux femmes ou encore sur les inégalités pour ne citer que quelques exemples, ce double discours a vite atteint ses limites. Nul n’est dupe des actions menées par ce gouvernement et, de facto, du fait que lesdites actions ne répondent en rien au discours présidentiel et gouvernemental. Néanmoins, loin d’être une fin en soi, ce double discours est selon moi une manière de chasser la réalité pour mieux imposer le Réel. Lire la suite

L’Affaire Darmanin et l’éthique des Tartuffe

Depuis quelques jours, Gérald Darmanin est empêtré dans une affaire bien peu glorieuse et qui a tout du scandale. Le ministre de l’action et des comptes publics n’est en effet ni plus ni moins qu’accusé de viol par Sophie Spatz. Madame Spatz accuse Monsieur Darmanin de l’avoir violée à la suite d’une demande faite par elle-même auprès de Gérald Darmanin afin d’intercéder auprès de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Justice. A l’époque, en 2009, Sophie Spatz âgée de 37 ans, sympathisante UMP sonne depuis deux ans à toutes les portes pour demander une révision de sa condamnation pour chantage et coups de fil malveillants, survenue en 2005. C’est dans cette optique qu’elle rencontre Gérald Darmanin au siège de l’UMP. L’alors élu de Tourcoing lui affirme qu’il va l’aider et lui propose de poursuivre la discussion à l’extérieur. Ils passent la nuit ensemble et c’est à ce moment-là que la relation sexuelle se produit.

Madame Spatz affirme qu’elle était comme prise en otage et qu’elle s’est livrée à ce rapport pour obtenir la lettre promise par le ministre, chose qu’elle lui rappelle dans certains textos : « Quand ont sait l, effort qu, il ma fallu pour baiser avec toi !!!! Pour t, occuper de mon dossier ». Depuis la révélation de la plainte pour viol, toute la classe politique ou presque fait bloc derrière Darmanin. Celui-ci a même été ovationné dans l’enceinte de l’Assemblée nationale et, quand bien même les députés LREM affirment qu’il n’y avait pas de rapport avec cette affaire, la temporalité laisse peu de place au doute. Au-delà de la question du viol présumé, il me semble que cette affaire agit comme un puissant révélateur de la tartufferie cynique et odieuse d’une grande part de la caste politicienne au pouvoir. Lire la suite