Les populismes en quelques lignes

A quelques jours d’une mobilisation sociale qui s’annonce extrêmement suivie et à quelques mois d’élections municipales qui ont toutes les chances de se révéler très difficiles pour le pouvoir en place, il y a de fortes chances que La République en Marche et toute la galaxie qui gravite autour d’elle use et abuse à nouveau de l’argument affirmant qu’Emmanuel Macron et ses affidés sont les remparts contre les populismes et contre ceux qui ne veulent pas avancer. C’est effectivement en grande partie l’argumentaire qui avait été utilisé en 2017 pour tenter de se distinguer des autres forces politiques, à savoir se présenter comme le mouvement modéré, tempéré au contraire de ses adversaires alors même que le monarque présidentiel ne représente rien d’autre que l’extrême-centre qui n’est pas le moins forcené des extrémismes.

Il faut dire que la caste au pouvoir peut profiter de l’intérêt que suscite le concept de populisme en même temps que la grande confusion qui règne autour de ladite notion pour amalgamer tout et n’importe quoi. Il n’est effectivement pas rare de voir la carte populisme être brandie pour discréditer tous les mouvements qui s’opposent au pouvoir en place un peu comme si tous les populismes se valaient, c’est clairement l’option argumentaire choisi par la camarilla au pouvoir pour ne pas avoir à discuter du fond. D’une certaine manière, le terme de populisme est devenu une sorte de nouveau point Godwin que l’on utilise pour mettre un terme à la discussion en présentant son interlocuteur sous les traits d’un affreux réactionnaire qui ne veut pas avancer. Il devient, je crois, plus que temps d’avoir une approche rigoureuse de ce concept.

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Les élections en Italie, la GroKo et le fil d’Ariane de la désagrégation de l’UE

Dimanche se sont tenus deux évènements politiques majeurs au sein de l’Union Européenne. En Allemagne, les militants du SPD étaient appelés à se prononcer sur le fait de former une nouvelle grande coalition – Grosse Koalition en allemand, abrégée en GroKo – avec la CDU/CSU de Madame Merkel. Ils ont majoritairement voté pour le oui (66%) et la première économie de l’Union Européenne va connaître une nouvelle coalition entre chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates après celles de 2005 et de 2013. Même si les militants du SPD ont répondu favorablement à cette demande de coalition, le score du oui est plus faible que lors de la précédente demande et un véritable mouvement d’opposition à cette logique semble s’être mis en place au sein du parti.

Le même jour, les Italiens étaient appelés aux urnes pour renouveler tout à la fois la Camera (équivalent de l’Assemblée Nationale) et le Sénat. En pleine tourmente électorale depuis le referendum perdu et le départ de Matteo Renzi, le Parti Démocrate a connu une lourde défaite. Alors qu’il était majoritaire dans la Camera sortante, le voilà relégué à un peu moins de 19% des suffrages – sur 95% des bulletins exprimés – et renvoyé, sans doute, à l’opposition. Toutefois, le grand résultat de ces élections italiennes, outre la cinglante défaite du PD, est assurément la victoire des partis dits contestataires. Le Mouvement 5 Etoiles (M5S), fondé par Beppe Grillo, arrive effectivement en tête avec près de 32% des suffrages. Dans la coalition de droite, c’est la Ligue, ex-Ligue du Nord et parti d’extrême-droite, qui est en tête avec près de 18% des suffrages. Si la coalition Ligue du Nord – Forza Italia (de Berlusconi) -Fratelli d’Italia arrive bien en tête, cette poussée sans précédent des deux mouvements contestataires est ce qui marque le plus. L’on pourrait croire ces deux éléments totalement indépendants, je crois pourtant qu’ils sont le révélateur du fil d’Ariane qui parcourt l’UE actuellement et qui est celui de sa désagrégation et du risque d’implosion.

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Populisme, au-delà des caricatures

Depuis quelques années, et plus encore depuis l’année dernière, le mot populisme est utilisé à toutes les sauces. Si le dictionnaire Oxford a décidé de désigner « post-vérité » comme mot de l’année, il n’aurait guère été surprenant que celui-ci soit le mot « populisme » tant celui-ci est brandi à tout bout de champ pour tenir lieu d’argumentaire. Comme le savent ceux qui me lisent régulièrement j’attache une importance toute particulière au sens des mots. Il est euphémique de dire que dans le cas du terme populisme, son sens a été tourné et retourné afin d’y faire rentrer tout et n’importe quoi si bien qu’aujourd’hui il est bien difficile de savoir ce qu’un tel ou un tel veut dire lorsqu’il l’utilise.

« Idéologie et mouvement politique (en russe narodnitchestvo) qui se sont développés dans la Russie des années 1870, préconisant une voie spécifique vers le socialisme » ; « Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes » ; « Tendance artistique et en particulier littéraire qui s’attache à l’expression de la vie et des sentiments des milieux populaires ». Voilà les trois définitions que donne le Larousse au mot populisme. Une fois que l’on a dit cela, j’en conviens, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés. Dès 2011, Dominique Reynié dans Populismes : la pente fatale commençait à utiliser ce mot pour faire des amalgames plus que douteux. A l’heure actuelle, dans la bouche des éditocrates et des tenants du statut quo, le terme populisme est en quelque sorte devenu le nouveau point Godwin. Lire la suite