En France, la droite la plus en retard d’Europe

Hier soir a donc eu lieu le « grand débat » de la primaire de droite et du centre. Si quelques divergences sont apparues, ledit débat fut relativement ennuyeux au vu du feu d’artifice qu’on nous avait promis. Finalement ce constat n’est guère surprenant tant les projets de l’un et l’autre candidat sont proches. Alors oui Alain Juppé a attaqué François Fillon sur la Sécurité sociale et en retour l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy a reproché en creux à l’ex-Premier ministre de Jacques Chirac d’avoir un programme qui n’est pas assez radical. Toutefois, dans les grandes lignes les deux projets présentés hier se rejoignent largement.

Les deux concurrents proposent en effet l’approfondissement de la politique menée par Messieurs Hollande et Valls depuis bientôt cinq années en allant toujours plus loin dans la libéralisation de l’économie, dans le recul de l’Etat et dans les cadeaux faits aux entreprises au détriment des citoyens. Pour résumer, les deux candidats nous proposent un projet d’austérité dans la droite lignée de ce qui nous a été proposé durant cinq années. Baisse du nombre de fonctionnaires et de la dépense public, casse du code du travail et maîtrise acharnée des dépenses publiques forment une sorte de triptyque dans les deux projets. Il y a bien sur des différences de degré entre l’ordolibéralisme de Juppé et le néolibéralisme profond de Fillon mais dans le fond les deux sont fidèles à la droite française dans le retard qu’ils ont dans leur approche des problèmes et dans les solutions qu’ils proposent. Lire la suite

Sarkozy ou la stratégie du chaos

Hier, lors du débat organisé par I-Télé et BFM TV, Nicolas Sarkozy a été attaqué de toutes parts par ses concurrents. Raillé pour son retour en politique alors qu’il avait dit qu’il se retirerait en cas de défaite en 2012 par les uns, accusé en creux de délaisser le temps long pour gesticuler sur l’actualité par les autres, l’ancien président a dû se contenter de parer les coups des autres candidats à la primaire de droite et du centre. Personne, certes, ne s’est aventuré sur le dossier libyen alors même qu’il a fait l’actualité hier entre les révélations du Monde et celles de Mediapart. Toutefois, ils se sont tous livrés à l’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. L’une des questions initiales portait d’ailleurs sur le type de présidence que chacun des candidats envisageait. Sans surprise, les 6 autres candidats ont égratigné directement ou indirectement la présidence Sarkozy.

Mise en avant de l’honnêteté par Bruno Le Maire, diatribe sur la gesticulation avec l’actualité par Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore dénonciation de l’inconstance et de la versatilité par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a bien été forcé d’écouter et d’encaisser les coups. Profitant de cette question, l’ancien président a rappelé que lui avait occupé l’Elysée et que par conséquent il était mieux préparé que les autres selon lui. Il a également mis l’accent sur l’autorité. Sarkozy veut restaurer l’autorité dans un pays qui en a « cruellement besoin ». Pourtant, depuis le début de la campagne il semble axer son discours sur une stratégie du chaos. Paradoxal que le candidat de l’autorité utilise le désordre (étymologie du terme chaos) pour tenter de s’imposer. Lire la suite

La France bientôt sous ordonnances ?

Connaissez-vous la fable de la grenouille ? Plongez une grenouille dans de l’eau très chaude et elle s’échappera tout de suite. Baignez là dans une eau tempérée que vous réchauffez progressivement et elle s’engourdira puis finira par tolérer une température bouillante, alors même que cela peut entrainer sa mort. Bien que contestable scientifiquement, cette fable demeure une puissante leçon et sa morale devrait nous faire méditer sur ce que nous vivons actuellement. Il semblerait, en effet, que nous, Français, soyons en train de nous transformer en grenouilles à propos de l’autoritarisme étatique. Evidemment on peut continuer à faire semblant de ne pas voir, faire comme si de rien n’était ou bien si peu. Faire comme s’il était normal après tout que les détenteurs du pouvoir actuel ou futur aient une vision très autoritaire du pouvoir.

La France sous ordonnances. Non, il ne s’agit pas d’une campagne pour lutter contre la prescription abusive de médicaments, quoique la France reste encore aujourd’hui le premier consommateur d’antidépresseurs. Après tout il y a peut-être un lien puisque ladite consommation pourrait grimper en flèche si les ordonnances promises par les candidats à la primaire de droite et du centre sont appliquées. Jeudi dernier lors du débat, Jean-François Copé a été celui qui a le plus martelé sa volonté mais quasiment tous les candidats à cette primaire ont affirmé leur volonté de gouverner vite et sans la pesanteur du Parlement ou des syndicats. Evidemment, une telle posture relève en partie du marketing dans une droite française marquée par le bonapartisme et l’autoritarisme. Il n’en demeure pas moins vrai que cette volonté de court-circuiter le Parlement et les corps sociaux est plus qu’inquiétante dans un pays toujours soumis à l’état d’urgence. Lire la suite