Le leurre du racisme anti-blancs

Récemment, un colloque qui devait se tenir à Lyon a été annulé sous la pression conjointe du Printemps Républicain (associé comme d’habitude à la Licra) et de la fachosphère. Le thème dudit colloque ? « Lutter contre l’islamophobie, un enjeu d’égalité ? ». Ce n’est malheureusement pas la première fois que cette alliance réactionnaire s’attaque à de tels évènements en prétextant la préservation de la laïcité – dans la réalité, Printemps Républicain et extrême droite sont les premiers à dénaturer ce si beau concept porté par Jaurès et Briand pour n’en faire qu’un vulgaire voile qu’ils apposent sur leur haine et leurs névroses. Il est d’ailleurs assez ironique de constater que les mêmes qui étaient Charlie il n’y a pas si longtemps sont les premiers à cracher à la figure de la liberté d’expression.

Plus récemment encore, une pub Dove a créé la polémique par son racisme latent. On y voit en effet une femme noire se transformer en blanche. Bien que la publicité tente de modérer son propos en affirmant à la fin que « toutes les peaux sont belles » la séquence en question convoque des souvenirs nauséabonds de publicités bien racistes où l’on voyait un noir avoir la peau blanchie après s’être lavé – sous-entendant ainsi que la peau noire était synonyme de saleté. D’aucuns pourtant n’ont pas hésité à fustiger cette polémique, certains allant même jusqu’à dire qu’ils voyaient dans ladite polémique un racisme anti-blancs. Cette rhétorique du racisme anti-blancs a émergé il y a quelques années pour mieux soutenir la théorie des « territoires perdus de la République » et dire que les Blancs aussi étaient victimes de racisme dans notre pays. Je crois, au contraire, que cette notion de racisme anti-blancs est un leurre dans lequel nous ne devons pas tomber. Lire la suite

Trump, Sarkozy et le triomphe de l’hypocrisie

Il y a quelques jours, Donald Trump a provoqué un véritable tollé et s’est sans doute coupé des derniers alliés qui étaient les siens à la fois dans le monde du business et au sein du Parti Républicain. Le président américain semble plus isolé que jamais et il ne serait guère étonnant de le voir continuer à se recroqueviller sur lui-même durant le reste de son mandat – s’il n’est pas destitué avant. A l’origine de ce nouvel isolement du magnat de New-York, les propos qu’il a tenus sur la manifestation de néo-nazis à Charlottesville qui a aboutie à la mort d’une contre-manifestante tuée par un néo-nazi et sa voiture lors de la contre-manifestation.

L’absence de propos du président américain à l’égard des évènements à la fois dramatiques et inquiétants de Charlottesville durant plus de 48h avait été soulignée mais Donald Trump a suscité bien plus d’effroi en s’exprimant ensuite et en renvoyant dos à dos les néo-nazis et les manifestants antiracistes. En s’exprimant de la sorte, le président américain a évidemment défendu les néo-nazis et autres suprémacistes blancs ainsi que l’ont prouvé les propos d’un membre haut-placé du Ku Klux Klan qui s’est félicité de cette prise de position. Cet épisode ô combien inquiétant rappelle avec force et vigueur quelles sont les dynamiques que l’arrivée de Trump au pouvoir a renforcées. A cet égard, il ne me parait pas absurde d’établir un parallèle avec l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 que ce soit en termes de tendances renforcées ou de réactions médiatiques et politiques. Lire la suite

De quoi l’affaire Obono est-elle le symptôme ?

Il y a une semaine, Danièle Obono était invitée sur RMC dans l’émission les Grandes Gueules pour y passer le « grand oral » de l’émission. La nouvelle députée, membre de la France Insoumise, s’attendait sans doute à évoquer les grandes lignes de son engagement politique ou les multiples réformes qui s’annoncent dès le début de ce quinquennat – en particulier les ordonnances concernant la réforme du code du travail. Loin de tout cela, la séquence marquante de l’émission radiophonique restera cette injonction répétitive à dire « Vive la France ». Face à l’incompréhension de la néo-députée, certaines des personnes présentes ont conclu qu’elle était plus encline à dire « Nique la France » que « Vive la France » en référence à une pétition de soutien à un groupe de rap (Zep) signée par Madame Obono – nous y reviendrons.

Au-delà de la gêne qu’inspire la séquence, il ne me semble ni absurde ni exagéré de parler d’affaire Obono tant ce moment cathodique ainsi (peut-être surtout) que ses conséquences ont pris des proportions absolument délirantes. Nous avons assisté tout au fil de cette séquence médiatique à une véritable apocalypse si l’on s’en tient à l’étymologie grecque du terme qui signifie la révélation. Parler d’affaire Obono n’est pas, à mes yeux, exagéré précisément parce qu’elle a été un puissant révélateur et ce à plusieurs niveaux. Effectivement, cette affaire aura souligné le rapport hypocrite que certains entretiennent à la liberté d’expression en même temps qu’elle a mis en avant la triste conception que d’aucuns entretiennent ont de l’identité. Tentons donc d’analyser les tenants et les aboutissants de cette affaire pour expliciter ce dont elle est le symptôme. Lire la suite

L’antiracisme moral est mort, vive l’antiracisme politique !

A la fin de l’été et à l’orée de la rentrée, un camp d’été décolonial s’est tenu à Reims et a déchainé les passions et les polémiques. Organisé par deux militantes de l’antiracisme, ce camp décolonial n’était ouvert qu’aux personnes susceptibles de subir un jour le racisme d’Etat. Aussi d’aucuns se sont-ils empressés de condamner une telle entreprise, n’hésitant pas à affirmer que le camp d’été versait dans un racisme anti-blanc. Au cours de cet évènement ont été abordées des questions relatives au racisme mais aussi aux stratégies et aux moyens pertinents pour lutter contre ce phénomène. J’ai eu du mal à trancher, au moment de la tenue de ce camp, sur le bien-fondé de la démarche. Pourtant, après réflexion, j’ai acquis la conviction que cette expérience était non seulement positive mais surtout fondatrice : il me semble que dans ces journées de la fin août 2016, l’antiracisme politique a vraiment pris forme en France.

De la même manière que la marche pour l’égalité et contre le racisme – rebaptisée à tort « marche des beurs » – avait marqué l’avènement de l’antiracisme moral dans notre pays en 1983, il me semble qu’aujourd’hui, 33 ans après cette marche, ce camp d’été marque la supplantation de l’antiracisme moral, tombé en désuétude, par l’antiracisme politique. Nous commémorions hier les 55 ans de la terrible répression à l’encontre des manifestants réclament la libération de l’Algérie et c’est aussi en mémoire de ces victimes de la répression raciale la plus violente de l’après-guerre dans notre pays que la lutte antiraciste s’articule aujourd’hui. Le mot décolonial a pu heurter mais il ne me semble pas déplacé dans la mesure où l’antiracisme politique se place nécessairement dans cette logique d’émancipation en regard de l’antiracisme moral qui se voulait paternaliste et quelque peu méprisant. Lire la suite