Derrière la fable de la responsabilité

Invité hier matin sur Europe 1, Nicolas Hulot a expliqué qu’il allait falloir s’habituer aux fortes chaleurs et que face au changement climatique, « il [fallait] que chacun se tourne vers sa propre responsabilité ». Par-delà la démission que représente une telle prise de parole de la part de celui qui est censé lutter contre le changement climatique dans le pays, la musique lancinante sur la responsabilité individuelle semble être devenue l’un des éléments de langage les mieux partagés au sein de ce gouvernement. Emmanuel Macron lui-même a fait de cette rhétorique l’un des pivots de son discours et de la politique qu’il mène.

Face au chômage de masse qui frappe le pays ? L’important est de responsabiliser les chômeurs. Face à la relégation sociale des banlieues ? L’important est de stigmatiser les habitants de ces quartiers en appelant à leurs responsabilités face aux différents trafics. Face à l’évasion fiscale ? L’important est surtout de ne pas supprimer le verrou de Bercy et d’en appeler à la responsabilité des fraudeurs fiscaux. L’on pourrait continuer la liste longtemps si bien qu’elle se transformerait rapidement en litanie. Il est aisé et confortable de ne voir dans cette répétition d’un appel à une sacro-sainte responsabilité individuelle qu’un artifice, un effet de manche présent uniquement par rhétorique. Je crois au contraire que cette fable de la responsabilité individuelle est à la fois la poutre porteuse de l’idéologie macronienne en même temps que son plus pur révélateur. Lire la suite