Alep et notre silence criminel

« Alep est libre ». Difficile de ne pas rester interloqué face à cette affirmation que l’on entend fleurir depuis quelques jours. Le potentiel orwellien d’une telle phrase est presque maximal tant elle semble être en décalage avec la réalité qu’elle prétend décrire. Depuis le fameux « la guerre c’est la paix » dans 1984 on n’avait pas fait mieux. Parler de libération pour décrire le processus de destruction méthodique et d’assassinat de civils qui a eu lieu dans la ville relève de l’indécence la plus totale en même temps que d’une forme de déni. Que le régime syrien et son allié russe plastronnent en parlant de libération, quoi de plus normal ? Qu’une partie des médias lui emboîte le pas relève au moins du scandale, sinon de la faute professionnelle et morale.

Samedi, le maire d’Alep Est était à Paris et des rassemblements ont eu lieu un peu partout en France en soutien aux Aleppins forcés de vivre l’enfer sur Terre depuis désormais des mois et des mois. Le soutien affiché est certes nécessaire mais il m’apparaît bien tardif et, surtout, absolument pas suffisant. De la même manière, l’appel de parlementaires – et le départ de certains d’entre eux en Syrie avec l’édile aleppin – arrive bien tard quand le supplice de la ville martyr est chaque jour plus terrible. Il me semble qu’il est grand temps de relire Pourquoi je hais l’indifférence du penseur italien Antonio Gramsci pour mieux saisir à quel point nous avons été criminels par nos silences et notre indifférence, par nos réactions et notre dédain face à ce qui restera assurément comme le Guernica de notre époque. Lire la suite

Pourquoi avons-nous perdu la voix ?

Aujourd’hui, Evan Risch revient sur le silence, sur notre silence, assourdissant à propos des multiples affaires qui gangrènent la République.

Financement libyen, entre soi,  séisme Trump, élites déconnectés, oligarchie : tels sont les expressions revenant comme des leitmotivs sur nos écrans si tant est que l’on suive les rares journalistes qui font encore leur métier.

Ces expressions vont au-delà de simples faits divers mais symbolisent un pouvoir faisandé par la corruption, l’intolérance, le mépris et la condescendance. Ces mots, ou plutôt ces maux, altèrent notre démocratie au point de la dénaturer de son principal pilier : le peuple.

En effet, ces coups de couteaux plantés en plein cœur d’une démocratie en perdition viennent faire perdre à chacun d’entre nous deux éléments cardinaux de notre existence : la voix des urnes et la voix de la contestation et de la revendication. Lire la suite