C’était Mababa, le papet marseillais

En ce jour habituellement dévolu aux canulars en tous genres et autres facéties, il est quasi-certain que très peu (pour ne pas dire aucun) des suiveurs de l’OM voire même des Marseillais de naissance, d’adoption ou à distance auront le cœur à faire des blagues, alors même que la Cité phocéenne est d’habitude plutôt joviale. Depuis quelques jours Marseille était devenue l’un des centres d’attention à propos de l’épidémie de Covid-19 avec le surgissement médiatique de Didier Raoult et du débat à propos de l’hydroxychloroquine. Tout le monde ou presque à Marseille a émis un avis sur cette question alors même que, reconnaissons-le, personne ou presque ne connait rien sur le sujet. Voilà ma ville de nouveau sous les feux des projecteurs pour des raisons bien plus tristes cette fois-ci.

Hier, tard dans la soirée, un véritable séisme symbolique a frappé Marseille, un coup de tonnerre aussi puissant qu’était la voix de Mababa Diouf lorsqu’il tonnait en interview, jouant avec les mots et les expressions de la langue de Molière comme peu d’acteurs du monde du foot. En apprenant la mort de l’ancien président de l’OM, les hommages ont été unanimes ou presque sur les réseaux sociaux et les divers médias, preuve de la valeur de celui qui a présidé aux destinées du club pendant quatre années et demie. Plus tôt dans l’après-midi nous apprenions que Pape était dans un état critique, hospitalisé à Dakar. Ce départ foudroyant met Marseille en deuil et une grande partie du football français en émoi tant Monsieur Pape Diouf était reconnu et respecté par tous ou presque. Si son vrai prénom était Mababa, il était connu sous le nom de Pape, sans doute pas un hasard dans une ville où l’on prononçait celui-ci souvent avec un accent sur le e final et où le mot Papet fait référence à un grand-père ou un vieil homme que l’on traite avec respect et déférence.

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La ZAD en quelques lignes

Il y a quelques jours, alors que la crise du coronavirus débutait, le gouvernement a annoncé qu’il reportait à une date ultérieure la privatisation d’Aéroports de Paris. Expliquant que les marchés financiers étaient au plus bas et que ce n’était donc pas le bon moment pour vendre – ce qui est d’une logique implacable – la caste au pouvoir s’est bien gardée de parler du nombre de signatures soutenant le référendum d’initiative populaire. Si celles-ci n’ont pas atteint les 10% du corps électoral nécessaire, plus d’un million de signatures ont été enregistrées sur la plateforme (et ce, en dépit de tous les freins mis en place par le pouvoir), ce qui est la barre dont Emmanuel Macron avait parlée durant le grand débat.

Nous verrons donc si la privatisation a bien lieu plus tard mais il y a fort à parier qu’il s’agirait là d’une grosse épine dans le pied du pouvoir. Finalement, les questions aéroportuaires pourraient bien être celles où le monarque présidentiel et sa cour auront le plus reculé à la fin du quinquennat. Il est effectivement important de se rappeler que les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont obtenu une victoire relative en forçant la suppression du projet d’aéroport (relative parce que la ZAD a ensuite été expulsée avec force et fracas). Il s’agit toutefois d’un phénomène qui est très intéressant, de voir comment une mobilisation citoyenne et locale a permis le retrait d’un grand projet d’infrastructures. Si la ZAD en question est la plus connue de France, elle est loin d’être la seule et c’est bien la logique même de ZAD qui me parait intéressante à étudier tant dans ce qu’elle dit de la lutte que pour les horizons qu’elle semble ouvrir.

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Après le 10 novembre, éviter l’impasse

Il se pourrait bien que lorsque l’on se penchera sur les années 2010-2020 avec un peu de recul, le 10 novembre 2019 fasse figure de point de bascule. Dimanche dernier, une marche importante sinon massive a effectivement eu lieu dans Paris à l’appel d’un certain nombre de personnes après une tribune publiée dans Libération. Malgré, nous y reviendrons, la diabolisation effrénée qui a précédé la manifestation, malgré les divisions à gauche à son propos, malgré le fait qu’il s’agissait d’une première édition, l’on peut parler d’une réussite. Ceci est sans doute le signe de l’atteinte d’une forme de seuil, du type dont parle Frédéric Lordon dans Les Affects de la politique, ces franchissements qui précipitent des changements importants.

L’atmosphère hystérique du pays à l’égard de l’islam et des musulmans s’est en effet accentuée depuis quelques semaines, du discours d’Eric Zemmour appelant à la guerre civile à mots à peines voilés à l’interview d’Emmanuel Macron à Valeurs Actuelles en passant par l’appel à une société de surveillance ou l’humiliation devant son fils d’une mère portant le voile accompagnatrice d’une sortie scolaire sans parler des tirs essuyés par une mosquée à Bayonne. Faut-il pour autant se contenter de la marche de dimanche ? Je ne le crois pas, je suis au contraire de ceux qui considèrent que celle-ci, pour paraphraser Churchill, n’est ni la fin ni même le début de la fin, tout juste est-ce peut-être la fin du début, et encore. Il s’agit donc d’accentuer le mouvement en l’élargissant et en permettant ainsi une réponse globale à l’attaque menée par la caste néolibérale au pouvoir depuis des décennies dans ce pays et qui n’a de cesse d’agiter le chiffon musulman pour faire passer sa casse sociale.

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Vers la fin du capitalisme ?

Il y a deux ans, au moment de la campagne pour l’élection présidentielle, Benoît Hamon a décidé d’axer l’ensemble de sa campagne ou presque sur le bouleversement que représentent selon lui la robotisation et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Ledit bouleversement est tout à la fois sociétal et économique, en cela qu’il représente, à n’en pas douter, l’un des défis les plus complexes qu’a eu à affronter la civilisation humaine depuis longtemps. Raillé pour sa proposition d’instauration d’une taxe robot, vilipendé tant à sa gauche qu’à sa droite lorsqu’il a évoqué l’instauration d’un revenu universel d’activité (il y aurait des milliers de lignes à écrire sur ce seul sujet), le candidat socialiste à l’élection présidentielle n’a guère été pris au sérieux sur ce sujet et son score famélique à l’issue du premier tour a justifié, selon certains, le fait de ranger au placard les problématiques qu’il avait évoquées.

Si je suis loin d’être en phase avec le positionnement politique global de Benoît Hamon, il me parait plus qu’intéressant de se plonger dans la grille de lecture qu’il a proposée par rapport à ces questions de robotisation et d’intelligence artificielle dans la mesure où elles me semblent être primordiales pour penser le futur et notamment le remodelage du système économique en place depuis des siècles, le capitalisme. Bien que relativement peu ambitieuses, les mesures proposées par le désormais président de Générations fournissent un point de départ intéressant pour réfléchir aux implications à venir de ce qu’il faut bien placer sous le vocable de révolution. Plus précisément, il me parait évident que le capitalisme est voué à disparaitre sous les coups de boutoir de cette révolution puisque celle-ci met à mal l’un de ses fondements, la dissociation entre la propriété du capital et du travail.

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Christchurch ou le miroir tendu

Il y a une semaine, la Nouvelle-Zélande connaissait l’horreur d’un attentat terroriste sur son territoire. Peu après 13h30, heure locale, les mosquées Masjid al-Noor et Linwoord de Christchurch sont la cible d’un attentat d’extrême-droite prenant pour cible des croyants musulmans alors en pleine prière du vendredi. Le fait que Brenton Tarrant, le terroriste australien d’extrême-droite, filme et diffuse en direct le massacre – la vidéo n’a été que très peu vue en direct mais a fait l’objet d’une prolifération virale sur les réseaux sociaux malgré les multiples suppressions et bannissement de compte de la part de Twitter, Facebook et consorts – joue évidemment dans l’état de sidération que cet attentat a provoqué. Cette composante ne suffit pour autant pas à expliquer les raisons qui font de cet attentat une forme de franchissement de seuil.

En massacrant 49 personnes selon le bilan annoncé par la Première ministre néo-zélandaise, le terroriste a commis la plus grande tuerie visant spécifiquement des musulmans dans un pays occidental. Se réclamant ouvertement de certaines théories nées et présentes en France dans le manifeste qu’il a rendu public en lien avec son attentat, Brenton Tarrant a indéniablement entrainé une vague de gêne chez bien des commentateurs français, nous y reviendrons. Si ladite gêne ne m’intéresse pas particulièrement, la place importante occupée dans son passage à l’acte par certaines des théories qui ont vu le jour en France en même temps que la situation particulière du pays nous oblige, me semble-t-il, à nous intéresser plus profondément à ces idées et ce climat nauséabonds qui montent en France.

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Médias, le point de non-retour

Samedi, le neuvième acte du mouvement des Gilets jaunes a marqué un fort regain de la mobilisation à en croire les observateurs – pour clarifier les choses je ne crois pas un mot des commentaires sur la mobilisation provenant des médias dits dominants mais il me semble que s’intéresser à la tendance qu’ils soulignent (hausse ou baisse) peut être pertinent – si bien que des médias comme BFM TV ont semblé être déçus de la réussite de cet acte IX (par exemple, BFM a tweeté « mobilisation en hausse, violences en baisse » un peu par dépit). Contrairement au samedi précédent, pas d’images chocs montrant des affrontements entre forces de l’ordre et manifestants, tout juste un blindé de la gendarmerie qui s’est embourbé dans une plaque en verre près de l’arc de triomphe.

La principale image choc de cet acte, par-delà les belles images de mobilisation un peu partout en France et particulièrement à Bourges et sur la place de la Bastille à Paris, a concerné des journalistes de LCI violemment attaqués à Rouen malgré la présence d’agents de sécurité à leur côté. Si cette image a marqué, c’est bien évidemment par sa violence extrême – n’hésitons pas à appeler les choses par leur nom et donc à y voir une tentative de lynchage mais également une aide apportée par des Gilets jaunes aux personnes attaquées – mais aussi parce qu’elle a agi comme une forme de révélateur de la défiance extrême qui frappe les journalistes et les médias (dans un amalgame que j’essayerai de déconstruire quelque peu), défiance dont le mouvement des Gilets jaunes semble être un catalyseur tant le mépris mutuel entre les deux groupes semble enraciné.

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De quoi les arrêtés anti-mendicité sont-ils le symptôme ?

Alors que l’exécutif a présenté son plan anti-pauvreté la semaine dernière après l’avoir reporté à de multiples reprises, dans une forme de message implicite affirmant que la pauvreté était le cadet des soucis de la caste au pouvoir qui préfère s’empresser de supprimer l’ISF ou d’instaurer un impôt forfaitaire pour mieux faire des cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la ville de Besançon a fait la une de l’actualité cet été en raison de la publication d’un arrêté anti-mendicité par la mairie. Il faut dire que le symbole est à la fois puissant et désespérant quand la ville de Victor Hugo, auteur des Misérables et sans doute plus grand écrivain français ayant traité de la vie des petites gens avec Emile Zola, décide de chasser les sans-abris de ses rues comme si faire la manche était un délit.

Cette culpabilisation des personnes sans-abris ne fait finalement que s’inscrire dans la logique qui gouverne ce pays, celle qui se cache derrière le mythe de la responsabilisation qui explique aux dominés que s’ils le sont c’est qu’ils l’ont bien cherché – après tout peut-être suffirait-il aux sans-abris de traverser la rue pour trouver un toit tout comme il suffit aux chômeurs de passer sur le trottoir d’en face pour trouver un emploi. Il va sans dire que ces odieux arrêtés anti-mendicité présentant la misère comme un délit ne sont pas nouveaux. Il faut, me semble-t-il, toutefois convenir que leur prolifération n’est pas anodine et que celle-ci nous dit bien des choses sur la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite