Le grand basculement (à propos du vote ouvrier et de l’extrême-droite)

Ulysse et les Sirènes – John William Waterhouse

Il y a quelques jours, la loi dite Sécurité globale a été adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale. Si sa promulgation en l’état est encore loin d’être acquise – la navette parlementaire, la mobilisation contre la loi et le Conseil constitutionnel pourraient de manière assez probable avoir raison d’une bonne partie de son contenu – ce premier vote a permis de clarifier un peu plus la situation politique dans le pays. À l’heure où nous connaissons une crise sanitaire de grande ampleur qui, selon toute vraisemblance, débouchera sur une crise économique et sociale non moins grave, le pouvoir a décidé de voter de concert avec les élus estampillés Rassemblement National cette loi scélérate.

Ce faisant, le pouvoir en place ne fait que paver un peu plus la voie à l’extrême-droite pour une arrivée au pouvoir qui pourrait bien se matérialiser en 2022, bien que l’horizon de l’élection soit encore lointain et que de ce fait il soit très compliqué de faire le moindre pronostic. Comme à son habitude le RN se contente de ne pas trop s’exprimer mais engrange tout de même des succès électoraux comme le souligne bien Geoffroy de Lagasnerie dans son dernier ouvrage. Dans sa rhétorique de campagne, le parti d’extrême-droite ne cesse de se revendiquer comme premier parti des ouvriers, ce qui est le fruit d’un basculement essentiel dans la sociologie politique de notre pays, basculement qu’il parait fondamental d’étudier pour mieux le contrer.

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