Réorientation de l’UE, la grande tartufferie

Le week-end dernier, au Mans, Benoît Hamon a dévoilé le nouveau nom de son mouvement, Génération∙s. Au-delà de la simple présentation du nouveau nom, ce week-end a été l’occasion de mettre en débat la charte fondatrice du mouvement. Le candidat malheureux du PS à l’élection présidentielle a expliqué concevoir son mouvement non pas comme un parti – puisque le « mouvement politique » est la grande mode actuellement – comme l’une des composantes de la gauche française et a appelé à des débats qu’il espère fructueux notamment avec la France Insoumise. Au micro de France Inter lundi matin, Benoît Hamon a en effet expliqué qu’il ne voyait pas forcément de frontière imperméable entre son mouvement et celui dont le candidat a été Jean-Luc Mélenchon lors de la dernière présidentielle.

Nicolas Demorand, qui l’interrogeait sur France Inter, a soulevé cette question en abordant le sujet de l’Union Européenne. Selon l’animateur radio, l’UE est effectivement ce qui sépare définitivement Benoît Hamon de la France Insoumise. L’ancien candidat à la présidentielle, s’il a répondu qu’il ne voyait pas de frontière imperméable, a néanmoins réaffirmé la position qui était la sienne sur l’Union Européenne, position qui n’a pas varié d’un iota depuis la campagne électorale : il faut réorienter cette UE et stopper le néolibéralisme ambiant ainsi que les politiques austéritaires, si possible sans changer les traités. Je crois personnellement que cette position est au mieux incohérente au pire totalement cynique quand on connait le fonctionnement de l’Union Européenne. Lire la suite

Les indépendantistes catalans et le spectre de Syriza

A une époque pas si lointaine, il était de bon ton de rapprocher la Grèce de l’Espagne. Les médias allemands, à commencer par le tabloïd Bild, se plaisaient à ranger les deux pays dans ce qu’ils appelaient le « club med » de manière méprisante et hautaine. Si les deux pays ont souvent été rapprochés, c’était, au début, eu égard à leur situation budgétaire. L’Espagne comme la Grèce ont en effet bénéficié d’une « aide » de la Troïka (BCE – Commission Européenne – FMI) pour obtenir des fonds en échange desquels les pays ont dû mettre en place de très dures politiques austéritaires aux conséquences désastreuses pour les populations des deux pays, en particulier pour les plus pauvres. Toutefois, si l’on a continué pendant quelques temps de rapprocher les deux pays c’est bien plus parce que, à la fois dans la péninsule ibérique et dans le pays hellénistique, ont surgi des mouvements politique farouchement opposés à l’austérité et qui ont été soit en passe de prendre le pouvoir (Podemos en Espagne bien que cela reste à nuancer) soit ont pris le pouvoir (Syriza en Grèce).

Nous avons alors pu voir un espoir poindre, celui de la création d’une coalition anti-austérité en Europe. Malheureusement, Alexis Tsipras et Syriza ont rapidement capitulé sans même livrer de réel combat face à l’UE et Podemos a très rapidement dit qu’il n’avait pas pour ambition d’entrer dans un bras de fer. Il me semble qu’aujourd’hui encore l’on peut faire un parallèle entre les deux pays mais pas pour les mêmes raisons. Je crois en effet, pour paraphraser Marx et Engels, qu’en termes de stratégie, un spectre hante les indépendantistes catalans, celui de Syriza. Il ne s’agit pas ici de donner un avis (qui serait bien peu pertinent comme je l’ai dit hier) sur la question de l’indépendance de la Catalogne mais bien plus de tenter une analyse comparée des erreurs stratégiques de Syriza et des indépendantises catalans, qui semblent fortement se rapprocher. Lire la suite

Le « modèle » allemand sanctionné

Dimanche avaient lieu les élections fédérales allemande. Angela Merkel, chancelière depuis 2005, briguait un 4ème mandat consécutif à la chancellerie allemande et, si tout se passe comme prévu, elle devrait rempiler pour quatre années de plus dans la machine à laver – le surnom donné par les Allemands au siège de la chancellerie – bien que les négociations risquent d’être très ardues, nous y reviendrons. A en croire beaucoup de médias et de titres que j’ai pu voir passer, sur Twitter notamment, les résultats de ces élections seraient la preuve qu’Angela Merkel est parvenue à « gagner » une nouvelle fois les élections allemandes. C’est une manière de voir les choses puisque la CDU/CSU (Christlich Demokratische Union, l’union chrétienne-démocrate, de droite) a récolté près de 33% des voix, obtenant ainsi 246 sièges au Bundestag (le parlement allemand).

Je suis personnellement bien plus enclin à adopter un regard plus critique sur ces élections. La CDU/CSU est certes arrivée en tête mais elle réalise l’un de ses pires scores depuis l’après-guerre. Si elle s’est imposée, c’est avant tout selon moi parce que le SPD (Socialdemokratische Parteil Deutschland, le parti social-démocrate) s’est écroulé réalisant le pire score de son histoire. Le fameux « modèle » allemand tant loué de ce côté-ci du Rhin a été lourdement sanctionné par les électeurs allemands puisque la « Große Koalition », la coalition rassemblant la CDU/CSU et le SPD a été farouchement rejetée par les Allemands. C’est bel et bien un véritable séisme politique qui a touché l’Allemagne dimanche soir puisque celle-ci était jusqu’alors épargnée par des dynamiques communes à toute l’Europe. Beaucoup mettaient cette singularité sur le compte du « modèle » allemand, à la fois politique et économique. Nous voyons aujourd’hui que l’Allemagne n’est évidemment pas immunisée contre ces phénomènes de montée en puissance de l’extrême-droite, de délitement de la social-démocratie et d’effondrement du bipartisme. Lire la suite

L’astre mort de la social-démocratie et la nuit sans étoiles

Il y a quelques semaines, à croire les médias français, les élections néerlandaises ont réservé une grande surprise : le Parti de la liberté (extrême-droite) mené par Geert Wilders n’est finalement pas arrivé en tête. Avec 13,1% des voix et 20 sièges celui-ci est arrivé derrière le Parti populaire libéral et démocrate du Premier ministre sortant Mark Rutte. En réalité ceci n’est guère une surprise que pour nos médias français puisque ces résultats étaient relativement attendus aux Pays-Bas. Le véritable enseignement de ces élections est que la coalition entre le parti de Mark Rutte et le Parti travailliste a été lourdement sanctionnée dans les urnes, le Parti travailliste payant le plus lourd tribut puisqu’il a perdu 19% des voix, 20 sièges et qu’il se retrouve comme troisième force classée à gauche dans l’échiquier politique.

Pour le Parti travailliste hollandais cette déroute est une grande première mais elle vient souligner, confirmer et accentuer la dynamique à l’œuvre un peu partout en Europe qui sanctionne les grandes coalitions et frappe durement les partis sociaux-démocrates qui ont fait alliance avec la droite ou qui ont d’eux-mêmes menés des politiques néolibérales saupoudrées de quelques mesurettes sociales. En somme, c’est cette troisième voie, celle du blairisme, qui est sanctionnée un peu partout en Europe. La détresse dans laquelle la social-démocratie a jeté les peuples en abandonnant ses deux piliers – la démocratie et le social – font aujourd’hui courir le risque d’une poussée d’extrême-droite. Il est temps de se réveiller et d’analyser l’une des vraies raisons de la montée de l’extrême-droite sur le Vieux Continent. Lire la suite

CETA, le David Wallon face au Goliath néolibéral

La Belgique, par la voix de son Premier ministre Charles Michel, a donc affirmé lundi qu’elle « [n’était] pas en état de signer le CETA ». Cette annonce était certes attendue depuis que le Parlement de Wallonie a rejeté le texte, cela n’a pas empêché la stupeur et la colère de gagner les rangs des défenseurs du traité de libre-échange, Commission Européenne en tête. Le Parlement wallon aura donc eu raison du CETA, du moins dans sa version actuelle. Il est toujours assez amusant de constater l’effroi dans lequel se trouvent plongés les tenants d’un néolibéralisme niant toujours plus les voix des populations quand ils se heurtent au mur démocratique.

D’essence technocratique, l’Union Européenne a longtemps avancé en se passant de l’adhésion des peuples, contournant même leurs décisions – les non français et néerlandais en 2005 restent à ce titre les exemples les plus éloquents. La voilà qui, en l’espace d’un peu plus d’une année, se retrouve confrontée au troisième revers de suite, peut-être celui qui l’ébranlera définitivement. Il y eut le « OXI » grec en juillet 2015 puis le vote en faveur du Brexit en juin dernier et enfin le refus de signer le CETA aujourd’hui. Dans les trois cas, les menaces et pressions de la Commission Européenne et des autres membres de l’UE n’y auront rien fait, les Grecs, les Britanniques et les Wallons auront décidé comme des grands. Les Grecs avaient finalement cédé et Tsipras avait capitulé. Il me semble que le non wallon au CETA est porteur de troubles autrement plus importants pour cette UE en pleine décomposition. Lire la suite

La directive des travailleurs détachés, symbole des failles de l’UE

Il y a quelques jours, les 27 pays de l’Union Européenne se sont réunis – le Royaume-Uni n’était pas convié en raison du vote de juin dernier sur le Brexit – pour tenter de réenclencher la machine européenne selon l’expression consacrée. Après le discours crépusculaire sur l’état de l’union prononcé par Jean-Claude Juncker, ce sommet n’a semble-t-il abouti à rien de concret alors même que tout le monde s’accorde à dire que l’UE est au milieu de plusieurs crises qui pourraient bien finir par la mener à l’éclatement. Le Premier ministre italien a d’ailleurs fustigé un sommet qui n’a été qu’une « occasion perdue » selon ses termes.

Et pourtant, à l’issue du vote britannique de fin juin, tous les dirigeants européens ou presque s’exclamaient la bouche en cœur qu’il fallait des changements profonds pour sauver l’Union. La torpeur de l’été a, semble-t-il, chassé ces quelques velléités pour refaire place à l’air de Lampedusa poussé à l’extrême : il faut que rien ne change pour que rien ne change. L’été et la rentrée n’ont pourtant pas été avares en sujets de questionnement pour l’UE entre le refus d’Apple de payer les 13 Milliards d’euros dus à l’Irlande et polémique sur les travailleurs détachés un peu partout sur le continent. Lire la suite

En Allemagne, défaite de la CDU et victoire de Merkel

Dimanche dernier, la CDU (le parti majoritaire au Bundestag, l’Assemblée allemande) a connu un cinglant revers électoral lors d’une élection régionale. En Mecklembourg-Poméranie, ce länder de l’ex-RDA, le parti de la chancelière allemande Angela Merkel n’est arrivé qu’en troisième position loin derrière le SPD (le parti social-démocrate) et juste derrière l’AfD (Alternative für Deutschland, alternative pour l’Allemagne en français, un parti islamophobe d’extrême-droite issu en parti du mouvement Pegida). Cette percée de l’extrême-droite est historique car pour la première fois depuis l’avènement du parti nazi, une formation d’extrême-droite parvient à devancer l’un des deux grands partis de gouvernement allemands.

Cette région n’est pas la plus importante ni la plus peuplée d’Allemagne, loin de là, et pourtant les résultats dans cette élection régionale étaient attendus et scrutés en Allemagne pour plusieurs raisons : le fait que cette élection lance une super année électorale qui se conclura par les élections législatives de 2017 mais aussi parce que cette région est celle qui a vu Angela Merkel se lancer en politique après la chute du mur de Berlin. Tout semble donc indiquer que les résultats de cette élection marquent un revers cinglant pour la chancelière allemande. Je suis pourtant bien plus enclin à y voir une grande victoire de sa part ou tout du moins une défaite victorieuse si on peut dire. Electoralement, son parti a bien connu un revers mais politiquement il me semble bien plus juste de mettre en avant la victoire personnelle de Merkel, elle qui a refusé de courir derrière l’extrême-droite.

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