Du non-respect du confinement

Voilà près d’un mois que la France a adopté la stratégie du confinement pour tenter d’endiguer le nouveau coronavirus. Depuis le 17 mars 12h, l’ensemble des Françaises et Français doivent effectivement avoir une attestation de déplacement pour quitter leur domicile et les motifs justifiant une sortie sont limités : déplacements professionnels, achats de première nécessité, déplacements urgents pour raison familiale ou de santé mais également sortie pour promener un animal de compagnie ou effectuer une activité sportive autour de son domicile. Dès l’annonce effectuée, le 16 mars au soir, certaines personnes se sont ruées pour quitter le lieu où elles demeuraient alors pour rejoindre d’autres zones géographiques – ce qui a provoqué, nous y reviendrons, un certain nombre de critiques.

Qui dit confinement implique également la problématique du non-respect de celui-ci et la manière la plus pertinente de faire respecter la mesure. Prestement présentés comme des rebelles irrespectueux des règles (dans une forme d’essentialisation assez dérangeante), les Français ont rapidement été décrits comme un peuple incapable de faire preuve de bon sens et empli d’égoïsme – l’essentialisation portait en miroir également sur les peuples asiatiques dits plus disciplinés par exemple. Il me semble que cette question du confinement, de son non-respect et du traitement politique et médiatique de ce dernier est un formidable objet d’analyse politique et sociologique.

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La course aux prix bas en quelques lignes

Depuis plusieurs semaines, l’économie marchande est quasiment à l’arrêt. Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, à l’exception de quelques secteurs bien précis – les produits de première nécessité – les autres commerces ont fermé leurs portes. Cette période à la fois étrange et angoissante que traverse le monde a fait fleurir des réflexions sur nos modes de consommation et sur leur nocivité à l’égard de la planète. On ne compte plus, en effet, les exemples montrant à quel point la faune animale se réapproprie un certain nombre d’endroits en raison de la baisse drastique de l’activité humaine.

L’on pourrait dès lors être tenté de voir dans le moment que nous vivons un tournant de grande ampleur qui affectera profondément nos manières de consommer et nos modes de vie. Si cela est une possibilité, je pense qu’il y a tout de même d’assez grandes chances qu’un certain nombre de pratiques demeurent. Pour relancer l’économie il ne serait effectivement guère surprenant que le gouvernement français appelle à la consommation – d’autant plus que celle-ci est historiquement l’un des moteurs de la croissance française – et dans cette logique, la course aux prix bas qui préexistait à cette crise a de bonnes chances de poindre à nouveau voire même de se renforcer avec toutes les implications négatives que cela comporte.

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C’était Mababa, le papet marseillais

En ce jour habituellement dévolu aux canulars en tous genres et autres facéties, il est quasi-certain que très peu (pour ne pas dire aucun) des suiveurs de l’OM voire même des Marseillais de naissance, d’adoption ou à distance auront le cœur à faire des blagues, alors même que la Cité phocéenne est d’habitude plutôt joviale. Depuis quelques jours Marseille était devenue l’un des centres d’attention à propos de l’épidémie de Covid-19 avec le surgissement médiatique de Didier Raoult et du débat à propos de l’hydroxychloroquine. Tout le monde ou presque à Marseille a émis un avis sur cette question alors même que, reconnaissons-le, personne ou presque ne connait rien sur le sujet. Voilà ma ville de nouveau sous les feux des projecteurs pour des raisons bien plus tristes cette fois-ci.

Hier, tard dans la soirée, un véritable séisme symbolique a frappé Marseille, un coup de tonnerre aussi puissant qu’était la voix de Mababa Diouf lorsqu’il tonnait en interview, jouant avec les mots et les expressions de la langue de Molière comme peu d’acteurs du monde du foot. En apprenant la mort de l’ancien président de l’OM, les hommages ont été unanimes ou presque sur les réseaux sociaux et les divers médias, preuve de la valeur de celui qui a présidé aux destinées du club pendant quatre années et demie. Plus tôt dans l’après-midi nous apprenions que Pape était dans un état critique, hospitalisé à Dakar. Ce départ foudroyant met Marseille en deuil et une grande partie du football français en émoi tant Monsieur Pape Diouf était reconnu et respecté par tous ou presque. Si son vrai prénom était Mababa, il était connu sous le nom de Pape, sans doute pas un hasard dans une ville où l’on prononçait celui-ci souvent avec un accent sur le e final et où le mot Papet fait référence à un grand-père ou un vieil homme que l’on traite avec respect et déférence.

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La baisse du consentement à l’impôt en quelques lignes

Le 12 mars dernier, lors de sa première intervention à propos de la crise du Covid-19, Emmanuel Macron s’est lancé dans une espèce d’éloge de l’Etat providence – quelque peu grotesque si on la compare à la politique menée par le monarque présidentiel depuis son accession à l’Elysée. En affirmant en substance qu’il y avait des secteurs qui ne devaient pas être soumis à l’économie marchande mais rester dans le giron de l’Etat, il a tenté de se placer en défenseur de certains services publics. En parallèle, depuis le début du confinement un certain nombre de Françaises et de Français sortent applaudir les personnels soignants à 20h tous les soirs, sur le modèle de ce qui se fait en Italie depuis le début de la crise.

La période que nous traversons fait l’office d’une forme de renversement – pour le moment symbolique – par rapport au discours habituellement tenu par les classes dirigeantes et la plupart des médias dominants, à savoir que les personnes importantes et qui récoltent les lauriers sont aujourd’hui celles qui ont un rôle socialement positif dans la société. Fini le temps de « ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien » pour le moment ou encore la fustigation de la dette supposément créée par l’hôpital et le personnel soignant. Tout ceci nous rappelle à quel point la stratégie de ces dernières décennies fondées sur la volonté de faire croire à tout le monde qu’impôts et services publics sont néfastes aboutit à la dramatique baisse du consentement à l’impôt et à toutes ses conséquences mortifères.

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La ZAD en quelques lignes

Il y a quelques jours, alors que la crise du coronavirus débutait, le gouvernement a annoncé qu’il reportait à une date ultérieure la privatisation d’Aéroports de Paris. Expliquant que les marchés financiers étaient au plus bas et que ce n’était donc pas le bon moment pour vendre – ce qui est d’une logique implacable – la caste au pouvoir s’est bien gardée de parler du nombre de signatures soutenant le référendum d’initiative populaire. Si celles-ci n’ont pas atteint les 10% du corps électoral nécessaire, plus d’un million de signatures ont été enregistrées sur la plateforme (et ce, en dépit de tous les freins mis en place par le pouvoir), ce qui est la barre dont Emmanuel Macron avait parlée durant le grand débat.

Nous verrons donc si la privatisation a bien lieu plus tard mais il y a fort à parier qu’il s’agirait là d’une grosse épine dans le pied du pouvoir. Finalement, les questions aéroportuaires pourraient bien être celles où le monarque présidentiel et sa cour auront le plus reculé à la fin du quinquennat. Il est effectivement important de se rappeler que les zadistes de Notre-Dame-des-Landes ont obtenu une victoire relative en forçant la suppression du projet d’aéroport (relative parce que la ZAD a ensuite été expulsée avec force et fracas). Il s’agit toutefois d’un phénomène qui est très intéressant, de voir comment une mobilisation citoyenne et locale a permis le retrait d’un grand projet d’infrastructures. Si la ZAD en question est la plus connue de France, elle est loin d’être la seule et c’est bien la logique même de ZAD qui me parait intéressante à étudier tant dans ce qu’elle dit de la lutte que pour les horizons qu’elle semble ouvrir.

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Communautarisme, retourner le glaive

Il y a quelques semaines – avant que la crise sanitaire liée au Covid-19 surgisse et bouleverse l’agenda politique – Emmanuel Macron était à Mulhouse pour y faire un discours centré sur la question du « séparatisme islamique », en d’autres termes le communautarisme. Alors que le locataire de l’Elysée a récemment annoncé que la deuxième phase du quinquennat, celle de la redistribution, était censée débuter, l’on constate qu’il ne fait là rien d’autre que de commencer à préparer très en avance l’échéance de 2022. Persuadé, en effet, que sa principale adversaire sera une nouvelle fois Marine Le Pen et que l’élection se jouera sur les thèmes identitaires, le monarque présidentiel se place finalement dans les pas de ces deux prédécesseurs en agissant de la sorte.

Nicolas Sarkozy, d’après les conseils de Patrick Buisson, avait axé toute sa campagne sur ces thématiques en 2012 (après leur avoir fait la part belle durant tout son quinquennat, le ministre de l’identité nationale étant là pour en témoigner) pour finir par échouer. François Hollande quant à lui avait opté pour une politique de cette sorte sur la fin du quinquennat avec la présence du matamore Manuel Valls à Matignon et la volonté de faire voter la déchéance de nationalité pour les terroristes qui avait provoqué l’émoi d’une bonne partie du pays. On le voit aisément, la carte du communautarisme est prestement brandie par les pouvoirs en place dès lors qu’ils sont en difficulté sur les plans économiques et sociaux, ce qui rend la déconstruction de cette logique d’autant plus urgente.

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La légalisation du cannabis en quelques lignes

Il est des sujets qui ont le don de générer des débats radicaux où les arguments ressemblent bien souvent à des anathèmes. Parmi ceux-là, celui sur la légalisation du cannabis figure en bonne place tant il possède la propension de déchainer les passions dès lors que la question est posée. Cédant très facilement à la caricature, nombreux sont ceux à perdre toute espèce de raison aussitôt qu’ils entrent dans ce débat. Celui-ci est pourtant, me semble-t-il, primordial pour bien des raisons. Il l’est avant tout pour des raisons de santé publique mais plus largement encore pour des raisons économiques et sociales, l’un des angles morts souvent ignoré par ceux qui s’emparent du sujet de façon hâtive.

Trop souvent, en effet, le débat tend rapidement à se résumer à la caricature prétendus progressistes versus affreux réactionnaires. D’aucuns n’ont pas de mal à expliquer que toute personne opposée à la légalisation du cannabis ne vivrait pas avec son temps quand dans le même temps les défenseurs de la pénalisation du cannabis pérorent sur le laxisme des défenseurs de la légalisation. Je crois que ce débat mérite mieux que ces positions caricaturales et, osons le mot, absurdes. Derrière la question de la légalisation se niche effectivement un entrelacs de conséquences à la fois concrètes et très complexes qu’il s’agit de ne surtout pas ignorer, sous peine de passer à côté du cœur du sujet.

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