L’heure des vacances

Voilà donc l’année 2017 qui touche à sa fin. Comme de coutume la fin d’année sonne le moment des bilans et des projections sur l’année à venir. Cette année d’élections – présidentielle puis législative – fut dense et, disons-le, parfois usante mentalement avec la perpétuation d’un système néolibéral autoritaire qui est littéralement à vomir. Commencée par les lettres à un ami insoumis, elle s’achève pour mon blog avec une tentative d’analyse du résultat des élections catalanes. J’ai essayé au fil des 124 papiers publiés dans l’année de défendre des idées qui me sont chères mais, je l’espère, sans arrogance ni mauvaise foi. Merci à ceux qui me lisent régulièrement, qu’ils soient d’accord ou pas d’ailleurs (c’est aussi pour poser des questions et donc générer des débats que j’écris) avec les modestes lignes que je rédige. Après une année bien remplie je ressens le désir de faire une petite pause et d’aérer mon esprit pour revenir rechargé à bloc pour une année 2018 qui sera évidemment faites de luttes et d’espoirs. Je m’en vais découvrir l’Asie du Sud-Est et espère en revenir fin janvier en pleine forme pour continuer à faire ce que je fais depuis deux ans et demi maintenant. Portez-vous bien et à bientôt, la lutte ne fait que commencer.

Les leçons des élections catalanes

Dans un contexte très particulier, les Catalans étaient appelés aux urnes tout au fil de la journée d’hier. Après le référendum du 1er octobre, organisé par les indépendantistes au pouvoir en Catalogne et jugé illégal par Madrid, qui avait vu plus de deux millions de personnes se déplacer pour voter en dépit de la répression de la Guardia Civil et la mise sous tutelle de la région catalane par Madrid avec l’utilisation de l’article 155 de la Constitution espagnole, l’un des enjeux de ce scrutin était de savoir quelle serait la participation. Dans une campagne qui s’est uniquement polarisée sur la question de l’indépendantisme ou de l’unionisme, ces élections étaient quasiment une sorte de référendum sur l’indépendance.

L’autre des grands enjeux de ces élections était également de savoir quel parti arriverait en tête et surtout qui parmi le bloc indépendantiste recueillerait le plus de suffrages entre les partis de Carles Puigdemont, ancien président de la région et actuellement en exil à Bruxelles, et d’Oriol Junqueras, actuellement en prison près de Madrid. Face à ces multiples enjeux, les Catalans ont répondu en masse et la participation a bondi de 7% par rapport aux élections de 2015 en s’établissant à près de 82%. Le camp indépendantiste, en réussissant à conserver sa majorité absolue au Parlement catalan, a remporté une grande victoire en même temps que Mariano Rajoy – dont le parti s’est écroulé – a connu une véritable bérézina. Toutefois, il me semble que les leçons à tirer de ce scrutin dépasse allègrement le cadre espagnol et a fortiori catalan. Lire la suite

La réforme de l’assurance chômage ou la mise à mal du système social français

Au cours de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait prévenu : sa volonté est de réformer radicalement le système du chômage pour le faire revenir dans le giron de l’Etat. Après avoir mené, sans trop d’encombres il faut bien le reconnaitre, sa réforme du code du travail, le nouveau locataire de l’Elysée prévoit désormais de s’attaquer à l’autre grand dossier de son quinquennat sur le plan économique et social, l’assurance chômage. L’ensemble de ces réformes voulues par le nouvel exécutif s’inscrit évidemment dans une logique plus globale de recul de l’Etat. Au fil de sa campagne, le nouveau président avait mis l’accent sur sa proposition de permettre aux indépendants et démissionnaires de toucher le chômage selon des conditions bien précises. Ce discours avait accroché et pris dans une partie de la population qui se reconnaissait dans les propos sur la start-up nation de l’alors candidat Macron.

Las, ceux qui avaient cru à des lendemains meilleurs sont en train de déchanter face aux réflexions du gouvernement. Pour les indépendants, la cessation de paiement devra être prononcée pour toucher finalement à peine plus que le RSA. Quant au chômage pour les démissionnaires, il sera, s’il voit le jour, conditionné au fait d’avoir un « projet » bien défini derrière – en bref il sera conditionné au fait d’avoir démissionné pour partir ailleurs, ce qui n’a, on le comprend aisément, strictement aucun sens. La réforme voulue par Monsieur Macron à propos du chômage est un changement complet de paradigme du modèle social français. Passer d’un modèle assurantiel et de gestion paritaire (entre les partenaires sociaux) à un modèle contrôlé totalement par l’Etat et n’étant plus du tout assurantiel c’est un rude coup qui serait porté aux politiques sociales de notre pays. Lire la suite

Le populisme de gauche ou le piège des 99% ?

Il y a une quinzaine de jours, Mediapart a organisé une rencontre retransmise en direct sur YouTube depuis Grenoble et intitulé « Que faire à gauche ? ». Ponctuée d’intervention de personnes aussi diverses que Paul Magnette, Bruno Latour ou Mireille Delmas-Marty, la journée de rencontres a également proposé une table ronde très intéressante autour des figures charismatiques à gauche. Intitulée « Faut-il des figures charismatiques à gauche ? » et composée de Danièle Obono (députée de la France Insoumise), Yves Sintomer (professeur de science politique à l’université Paris 8 et spécialiste de l’Amérique Latine) et de Hayat Loukili (REACT Grenoble), ladite table ronde a notamment permis de s’interroger sur la notion de populisme de gauche.

Ce débat sur le populisme de gauche est assurément l’un de ceux qui est le plus important en ce moment et depuis quelques temps à gauche puisqu’il pose de vraies questions tant politiques, au sens fort, que stratégiques. Ses hérauts, Chantal Mouffe en tête, n’ont de cesse, en effet, d’affirmer que c’est par l’émergence d’un populisme de gauche que l’on pourra contrer celle d’un populisme de droite désormais clairement établie. La théoricienne belge abonde fortement dans ce sens dans ses deux derniers ouvrages – L’Illusion du consensus paru en 2016 et Construire un peuple paru en 2017 et qui est un livre de discussion avec Inigo Errejon, l’un des fondateurs et stratège de Podemos – si bien qu’il est presque inévitable d’interroger cette notion à l’heure où Jean-Luc Mélenchon s’en réclame haut et fort et où, il faut bien le reconnaitre, Emmanuel Macron semble avoir un boulevard devant lui. Lire la suite

L’éviction de Rokhaya Diallo, la France rance et l’hypocrisie

 Hier, nous apprenions – quand bien même son nom n’a pas été cité directement – que le gouvernement demandait à la directrice du Conseil national du numérique, Marie Ekland, d’évincer Rokhaya Diallo dudit conseil. Quelques jours plus tôt, pourtant, le gouvernement installait officiellement le Conseil national du numérique et la présence de Rokhaya Diallo ne semblait poser aucun problème. Il serait d’ailleurs naïf de croire que le secrétaire d’Etat au numérique, Mounir Mahjoubi, et a fortiori le président Emmanuel Macron ne connaissaient pas la future composition du conseil bien avant l’annonce officielle. Les deux – il est totalement inenvisageable que Monsieur Macron n’ait pas, au moins, validé la décision de demander l’éviction de Madame Diallo – n’y trouvaient rien à redire et c’est une campagne haineuse de la part de la droite la plus extrême (les Valls, Fourest, Boyer, Printemps Républicain et consorts) qui a abouti à cette décision.

Cette hystérie autour de Rokhaya Diallo de la part de ces tristes personnages émane à n’en pas douter du fait que cette spécialiste du numérique connue et reconnue de par le monde est également une farouche militante de l’antiracisme politique et de la lutte contre l’islamophobie, combats que ces personnes ne tolèrent pas. Dans son communiqué froid et tranchant comme la lame d’une guillotine, Mounir Mahjoubi, tout acquis à sa couardise explique que « le conseil national du numérique a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies ». Cette phrase m’a personnellement fait penser à l’interdiction d’une journée réservée aux femmes dans un parc aquatique près de Marseille il y a quelques temps qui avait finalement été interdite pour troubles possibles à l’ordre public après les menaces de la fachosphère. Cette décision prise par l’exécutif en dit long sur l’état de délabrement intellectuel de notre pays en même temps qu’elle souligne, s’il le fallait, qu’une double hypocrisie est présente au plus haut sommet de l’Etat.

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Jean-Michel Blanquer ou le marchand de sable de la rue de Grenelle

Dimanche dernier, Jean-Michel Blanquer était l’invité du Grand Jury, cette émission organisée par RTL, LCI et Le Figaro. Ce genre d’émission s’est progressivement transformé en espèce de messe dominicale pour les responsables politiques qui viennent, au choix, y défendre leur action ou attaquer celle du gouvernement. Le ministre de l’Education nationale, au cours de son interview, aurait une nouvelle fois gaffé. Au fil de son passage il a effectivement, entre autres, tonné contre les téléphones portables et annoncé qu’à partir de la rentrée prochaine, ceux-ci seraient interdits dans les écoles et les collèges. Pourtant cette interdiction existe déjà et tout à la fois un article du code de l’éducation et les règlements intérieurs de bien des établissements le rappellent.

On pourrait voir dans cette prise de position une erreur voire un bégaiement de la part de Monsieur Blanquer. Je crois, au contraire, qu’il n’en est rien. Lorsque l’on sait à quel point la communication ministérielle est verrouillée depuis le plus haut sommet de l’Etat, la thèse de la malencontreuse bourde – faisant suite à bien d’autres nous y reviendrons – ne tient pas. Ladite supposée bourde s’inscrit en réalité pleinement dans un plan de communication bien huilé consistant à placer la focale sur quelques éléments finalement secondaires afin de flatter une partie de l’électorat et de satisfaire les parents dans un exercice de danse du ventre qui est tout sauf profitable aux élèves. Lire la suite

L’hommage à Johnny Hallyday ou les chrysanthèmes du mépris

Samedi dernier, des dizaines de milliers de personnes ont assisté à « l’hommage populaire » – figure rhétorique bien confortable pour ne pas avoir à dire qu’il s’agissait d’un hommage national – rendu à Johnny Hallyday. La dépouille du chanteur a descendu les Champs Elysées avant d’arriver à l’Eglise de la Madeleine pour une cérémonie religieuse. De nombreuses personnalités étaient présentes pour cet ultime hommage et Emmanuel Macron a même pris la parole. Ce qui était marquant, toutefois, était de voir cette foule massive et compacte venue faire un dernier salut à celui qu’elle considère comme une idole.

Comme bien souvent lors de ces moments de commémorations, de nombreuses questions sont soulevées non seulement par ce rassemblement mais également par les réactions qu’il a suscitées. Je crois, en effet, que les multiples commentaires autour de cet hommage nous renseignent bien plus sur l’état actuel de notre pays que l’hommage en lui-même. Il me semble, à ce titre, que l’un des éléments les plus saillants qui s’est donné à voir autour de cet hommage a été une forme de mépris, je dirais même un double mépris à l’égard de ceux, qui sincères, ont été profondément bouleversés par la mort de leur chanteur favori. Lire la suite