Le grand enfumage du plan pauvreté

 

La semaine dernière, Emmanuel Macron a enfin présenté son plan pour lutter contre la pauvreté. Maintes fois repoussée pour des raisons diverses et variées – d’aucuns arguant que le bon parcours de l’Equipe de France lors du mondial russe était l’une de ces raisons – la présentation de ce plan était l’une des dernières cartouches du monarque présidentiel et de toute sa camarilla pour décoller cette image de président des riches et de caste au service des puissants qui leur colle à la peau depuis le début du quinquennat. De la suppression de l’ISF à l’instauration d’un taux forfaitaire pour les revenus financiers en passant par la non-remise en cause du verrou de Bercy, il faut dire que toute la politique menée depuis plus d’un an est en direction des plus fortunés de cette société.

C’est donc en grandes pompes que le locataire de l’Elysée a mis en scène la présentation d’un plan visant, selon le slogan affiché en fond de la salle, à « faire plus pour ceux qui ont moins ». Dès l’allocution du monarque passée, toute la clique de La République en Marche s’est empressée de faire le service après-vente en expliquant à quel point leur chef était beau, grand et épris de justice sociale en nous promettant que nous venions d’assister à l’épiphanie d’un président subitement devenu social et dont le combat principal était de lutter contre la pauvreté – quand de notre côté nous ne faisons rien pour lutter contre celle-ci, que nous nous en nourrissons même. Il va sans dire que tout cela n’est qu’une fable. Lire la suite

De quoi les arrêtés anti-mendicité sont-ils le symptôme ?

Alors que l’exécutif a présenté son plan anti-pauvreté la semaine dernière après l’avoir reporté à de multiples reprises, dans une forme de message implicite affirmant que la pauvreté était le cadet des soucis de la caste au pouvoir qui préfère s’empresser de supprimer l’ISF ou d’instaurer un impôt forfaitaire pour mieux faire des cadeaux aux plus fortunés de ce pays, la ville de Besançon a fait la une de l’actualité cet été en raison de la publication d’un arrêté anti-mendicité par la mairie. Il faut dire que le symbole est à la fois puissant et désespérant quand la ville de Victor Hugo, auteur des Misérables et sans doute plus grand écrivain français ayant traité de la vie des petites gens avec Emile Zola, décide de chasser les sans-abris de ses rues comme si faire la manche était un délit.

Cette culpabilisation des personnes sans-abris ne fait finalement que s’inscrire dans la logique qui gouverne ce pays, celle qui se cache derrière le mythe de la responsabilisation qui explique aux dominés que s’ils le sont c’est qu’ils l’ont bien cherché – après tout peut-être suffirait-il aux sans-abris de traverser la rue pour trouver un toit tout comme il suffit aux chômeurs de passer sur le trottoir d’en face pour trouver un emploi. Il va sans dire que ces odieux arrêtés anti-mendicité présentant la misère comme un délit ne sont pas nouveaux. Il faut, me semble-t-il, toutefois convenir que leur prolifération n’est pas anodine et que celle-ci nous dit bien des choses sur la société dans laquelle nous vivons. Lire la suite

La dette publique ou le croque-mitaine néolibéral

Si l’on voulait paraphraser Camus en le pastichant, l’on pourrait dire que pour les néolibéraux, il n’y a qu’une seule question économique vraiment sérieuse, celle de la dette publique. Tout le reste, des privatisations aux coupes budgétaires, ne fait que découler de cette croyance absolue en la nécessité vitale de résorber la dette publique. A ce petit jeu-là, les ordolibéraux qui dominent au sein de l’UE se sont fait plus royalistes que les rois – les Etats-Unis pour schématiser grossièrement – et appliquent cette antienne sur la dette publique présentée comme un fardeau et une bombe à retardement jusqu’à la nausée. La rentrée politique en France a été marquée tout à la fois par la résurgence de l’affaire Benalla (dont le principal protagoniste a proclamé son refus teinté de mépris de se faire auditionner par la commission d’enquête du Sénat) et par les démissions de Nicolas Hulot et de Laura Flessel si bien que les sujets économiques ont quelque peu été mis sous la table.

Tout juste a-t-on parlé de l’impôt sur le revenu après les tergiversations du gouvernement et du monarque présidentiel à propos de la mise en place du prélèvement à la source. Pourtant, l’un des principaux enseignements de la rentrée politique a indéniablement été les résultats économiques en berne, prouvant à quel point le mythe selon laquelle la politique de ce gouvernement a pour but de relancer l’économie était une douce fable que l’on raconte aux enfants pour mieux les endormir. Ces résultats économiques en-deçà des chiffres escomptés ne manqueront sans doute pas de faire ressurgir le débat sur la dette et le déficit publics que l’on utilisera comme d’habitude pour mieux justifier la casse des services publics et le matraquage des plus dominés de la société. Dans la croyance populaire, le croque-mitaine est un personnage maléfique présenté aux enfants pour leur faire peur et ainsi les rendre plus sages. Dès lors, il ne me semble pas aberrant de voir dans la dette publique le croque-mitaine néolibéral mis en avant pour nous faire peur et nous tenir dociles face à la politique de préemption de la caste au pouvoir. Enfants nous avions peur des monstres cachés sous nos lits, devenus adultes nous voilà soumis à l’angoisse savamment distillée d’une dette proche de devenir insoutenable selon la formule consacrée. Lire la suite

Le départ de Nicolas Hulot ou le double coup de semonce

Le 28 août dernier, c’est un Nicolas Hulot très marqué par la décision de quitter le gouvernement qui a répondu aux questions de Léa Salamé et Nicolas Demorand – qui dans une indécence qui les caractérise eux et une grande partie du monde médiatique ont quasiment proclamé qu’ils avaient poussé le désormais ex-ministre à prendre cette décision. Pendant une bonne dizaine de minutes, avant que Monsieur Hulot n’annonce son départ du gouvernement, le flottement était palpable si bien que l’on peut avoir la sensation qu’il fait son choix durant l’interview quand bien même il a expliqué que sa décision avait été prise la veille de son passage radiophonique. Plombé par l’affaire Benalla avant les vacances d’été, voilà Emmanuel Macron qui se retrouve acculé par la démission de l’un de ses ministres phares en cela qu’il était à la fois populaire et l’une des prises de guerre de la société civile.

Dans un gouvernement qui manque assurément de poids lourds politiques, la présence de Nicolas Hulot était une sorte de gage communicationnel donné à une partie des personnes fustigeant l’absence de politique écologique ambitieuse de ce gouvernement depuis un peu plus d’un an. Si la décision de l’ancien ministre a été mûrement réfléchie selon ses dires, celui-ci a également avoué qu’il n’avait prévenu absolument personne avant son passage matinal dans les studios de France Inter – sans doute ce qui confère à cette interview le statut de grand moment de radio. Nicolas Hulot était l’un des ministres phares d’un point de vue de la communication, son départ sonne ainsi le glas de ladite communication creuse et vide tout en posant des questions profondes et sérieuses. Lire la suite

La Sécurité sociale ou la digue à protéger

En cette rentrée politique 2018, il est euphémique de dire qu’Emmanuel Macron traverse une forte zone de turbulences. Avant les vacances, l’affaire Benalla avait empêché la majorité de mener au pas de charge la réforme constitutionnelle voulue par le monarque présidentiel mais tout le monde ou presque au sein de la majorité pensait sans doute que les difficultés ne seraient que passagères et que le bulldozer pourrait reprendre sa marche en avant une fois les cigales devenues silencieuses. Las, voilà le locataire de l’Elysée sommé de faire face tout à la fois à la démission de Nicolas Hulot – qui dévoile de manière crue la réalité de la présidence Macron, j’y reviendrai prochainement – et aux résultats économiques en berne.

Il serait toutefois bien présomptueux de penser, à gauche, que l’arrogant successeur de François Hollande va se laisser abattre et reculer. Le couac sans doute à venir sur le prélèvement à la source ne nous autorise effectivement pas à dire que le pouvoir macroniste bat en retraite, tout au plus voyons nous se profiler une décision purement politicienne motivée par la peur de connaitre une déroute lors des élections européennes à venir l’année prochaine. Telle une bête blessée, il se pourrait bien que le locataire de l’Elysée décide d’accélérer le train de ses réformes pour noyer l’opposition à la politique qu’il mène. Dans cette optique, la Sécurité sociale pourrait bien faire figure de totem à faire tomber pour la caste au pouvoir et ce, pour au moins deux raisons principales. Lire la suite

L’affaire Benalla ou le roi fait nu

Durant plusieurs semaines, la France a vécu au rythme de l’affaire Benalla – qu’il serait plus opportun d’appeler affaire Benalla-Macron selon moi. Si les vacances estivales en même temps que la fin des commissions d’enquête (celle du Sénat reprendra à la rentrée) ont contribué à mettre quelque peu sous le tapis ladite affaire, il me semble que celle-ci a constitué une déflagration qui risque fort de laisser des traces profondes dans ce quinquennat et de grever en partie l’action future du gouvernement et d’Emmanuel Macron. La majorité et le monarque présidentiel ont eu beau clamer que cette affaire n’intéressait pas les Français, ceux-ci se sont littéralement passionnés devant les commissions d’enquête et les multiples révélations que nous ont réservées tout à la fois l’enquête journalistique et les déclarations toutes plus contradictoires les unes que les autres des différents protagonistes.

Du côté de l’Elysée, il est évident que la stratégie initiale a consisté à vouloir étouffer l’affaire pour l’empêcher de sortir et, une fois le génie sorti de la lampe, toute la rhétorique présidentielle et gouvernementale avait pour but de faire de l’affaire Benalla un épiphénomène, un détail, en somme une broutille qui ne serait pas bien grave, le tout en répétant en chœur et docilement qu’il ne s’agissait en rien d’une affaire d’Etat mais bien d’un simple fait divers, d’une erreur de jeunesse (comme si tabasser des personnes en usurpant l’identité des policiers revenait à conduire à 91 km/h au lieu de 90). Dans son excellent livre Les Affects de la politique, Frédéric Lordon explique brillamment que c’est parfois le franchissement de seuils imperceptibles qui précipitent des changements d’ampleur. Il ne me parait pas absurde de voir dans cette affaire Benalla quelque chose de ce type, une forme de voile déchiré révélant subitement à la face du monde la vraie nature du macronisme. Lire la suite

Israël, la grande clarification

Hier se tenait à la Knesset – le parlement israélien – une session extraordinaire, convoquée par cinquante-deux députés, à propos de la loi sur l’Etat nation juif. Pour bien signifier son dédain suprême et son absence totale de volonté de revenir sur ce texte controversé voté le 19 juillet dernier, Benyamin Netanyahu n’a même pas daigné se déplacer jusqu’au parlement. En dépit de l’opposition farouche des minorités du pays, en dépit du caractère foncièrement raciste de cette loi reconnu par la grande majorité des observateurs, le premier ministre israélien, tout acquis à sa politique de la terre brûlée fait la sourde oreille et entend bien faire montre de toute sa poigne – et de tout son extrémisme au passage – en ne cédant pas d’un iota à la protestation contre une loi marquant tout à la fois une rupture et un approfondissement de logiques qui lui préexistaient.

En position de toute puissance depuis l’arrivée de Donald Trump à la maison blanche et la prise de pouvoir de Mohamed Ben Salmane en Arabie Saoudite, Monsieur Netanyahu entend bien profiter de cette politique raciste et identitaire pour souder une majorité d’Israéliens derrière lui alors même qu’il est au cœur d’une tempête politico-judiciaire depuis maintenant plusieurs mois. Tenants d’une ligne très droitière depuis maintenant de nombreuses années, alliés au Foyer Juif de Naftali Bennett (qui dispose du ministère de l’Education), Netanyahu et son Likoud viennent de franchir l’un de ses seuils qui peuvent entrainer des changements d’ampleur. Les opposants intérieurs du pays ont beau jeu de fustiger la loi sur l’Etat-nation juif mais la réalité des choses est que, pour une bonne part d’entre eux, ils ont largement contribué à l’instauration du climat permettant d’aboutir à ladite loi. Lire la suite