Les réformes structurelles en quelques lignes

Voilà quelques années que la France est prise dans le tourbillon des réformes structurelles, ce fameux mantra néolibéral. Il serait certes injuste de faire peser toute la responsabilité sur Emmanuel Macron – la fin du mandat de François Hollande et la loi El Khomri notamment ont toute leur part dans ce basculement – mais il est indéniable que depuis l’arrivée du nouveau monarque présidentiel le mouvement s’est accéléré et accentué. Attaque frontale du statut des cheminots, détricotage du principe même de l’assurance-chômage, volonté de bouleverser de manière radicale le système de retraite, privatisations à foison, c’est peu dire que l’ère Macron est un ouragan antisocial qui nous frappe de plein fouet, une sorte de revanche de la technocratie néolibérale et de la bourgeoisie par rapport à tous les conquis post Deuxième guerre mondiale comme l’écrit brillamment Romaric Godin dans La Guerre sociale en France.

A chaque fois que sa politique est remise en cause, Emmanuel Macron (accompagné de son odieux gouvernement et de sa majorité fantoche) s’insurge et explique qu’il mène cette politique pour le bien de la France et des Français afin de libérer l’économie du pays et lui permettre de retrouver une croissance vigoureuse. Il n’est guère surprenant de se retrouver en face de cet argumentaire dans la mesure où c’est celui qui est systématiquement utilisé par les néolibéraux. Le principal outil, en même temps que l’un des pièges sémantiques les plus utilisés, est assurément le concept de réforme structurelle. L’on nous explique alors qu’il faut faire ces réformes parce qu’elles sont nécessaires. Pourquoi le sont-elles ? Parce qu’elles le sont, voilà en somme la réponse donnée dans une forme de tautologie absurde. Il convient urgemment de déconstruire ce concept qui, au fur et à mesure, s’est transformé en une sorte de totem.

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Jacques Chirac, Lubrizol et l’autre France

Il arrive parfois qu’au détour d’un évènement isolé l’on prenne tout à coup conscience de logiques qui lui préexistaient mais qui se retrouvent dès lors jetées en pleine lumière. Pour reprendre les mots brillants de Frédéric Lordon dans Les Affects de la politique il est des franchissements de seuils qui précipitent des changements d’ampleur ou tout du moins une prise de conscience plus importante. En d’autres termes, ce n’est souvent que lorsque les éléments deviennent crûment concrets que l’on daigne s’y intéresser : aussi longtemps que l’espionnage généralisé de la NSA est présenté de manière abstraite celle-ci n’est guère pris au sérieux mais dès lors que l’on apprend concrètement que cela signifie que l’agence a potentiellement la capacité d’avoir accès à nos vies intimes alors la prise de conscience intervient.

Il ne me semble pas exagéré de voir dans la concomitance de deux événements récents cette tendance mise à l’œuvre. Il s’agit bien entendu de la mort de Jacques Chirac d’une part et de l’accident industriel de Lubrizol à Rouen qui, hasard du destin, ont eu lieu le même jour comme si tout était fait pour faciliter la démonstration qui va suivre. Pour être plus précis, l’explosion a eu lieu quelques heures avant l’annonce de la mort de l’ex-président ce qui a permis de voir à quelle vitesse la seconde information a éclipsé la première. La disparition de Chirac a effectivement directement occupé l’ensemble des médias français ou presque, au détriment du reste des actualités, pourtant bien lourdes, au même moment.

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La classe moyenne en quelques lignes

A la lecture du budget 2020, il apparait clair que Macron et son gouvernement ont fait de la baisse des impôts pour la classe moyenne l’alpha et l’oméga de leur prétendu virage social. Bien conscients que c’est en faisant adhérer ladite classe moyenne à sa politique que Macron et sa caste ont une chance de se maintenir au pouvoir et de continuer le saccage social en cours, ils tentent par tous les moyens d’obtenir cette adhésion, se plaçant en garant de la préservation de la classe moyenne. Parce que, pour paraphraser Engels et Marx, l’on pourrait dire qu’un spectre hante l’Europe et plus particulièrement la France, celui de la disparition de la classe moyenne.

La classe moyenne semble pourtant avoir tout du mythe, de cet élément un peu fourre-tout au sein duquel tout le monde se retrouve. Pourtant, les contours de ladite classe moyenne sont flous à souhait, ce qui n’est pas un hasard selon moi. La classe moyenne est assurément le meilleur instrument socialement coercitif créé par le capitalisme néolibéral pour contrôler les masses, en particulier les classes populaires. Il est temps de sortir de la caverne et de déconstruire cette fable. Au risque de continuer à s’épuiser en se battant contre des moulins à vents.

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La discrimination positive en quelques lignes

Bien que demeurant une forme de tabou en France – où on lui oppose prestement l’égalité républicaine et la non-différenciation des individus devant la loi (il est d’ailleurs assez intéressant de constater que ce sont bien souvent ceux qui profitent le plus des inégalités qui sont en pointe de cet argumentaire) – le principe de la discrimination positive refait pourtant périodiquement son apparition tantôt au détour d’une interview donnée par tel ou tel intellectuel tantôt parce qu’un candidat décide de l’inscrire a minima dans son programme tantôt parce qu’une école décide d’appliquer une forme de discrimination positive avec l’instauration de quotas ou d’autres mesures dans le genre.

Loin d’être favorable aux inégalités et de penser que celles-ci stimulent tout un chacun comme le pensent les libéraux, je crois pourtant que le principe de la discrimination positive est un grand enfumage en cela qu’il ne permet pas de s’attaquer aux vrais problèmes. Présentée comme un moyen de permettre aux populations les plus dominées d’accéder à telles ou telles études, la discrimination positive est, à mes yeux, bien plus le moyen de verrouiller un ordre social bien établi en faisant miroiter un horizon meilleur à quelques-uns. Il va sans dire qu’il devient plus qu’urgent de déconstruire l’imaginaire qui entoure ce principe dans la mesure où il est, me semble-t-il, un grand piège dans la lutte contre les inégalités.

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La réforme de l’assurance chômage, symbole ultime du macronisme

S’il y a bien une chose qui caractérise la mandature d’Emmanuel Macron, c’est sans conteste sa volonté de réformer tous azimuts pour mettre à mal le modèle social français. Sa stratégie depuis le premier jour est effectivement d’ouvrir d’innombrables fronts – que ce soit par ses réformes ou par ses déclarations toutes plus scandaleuses les unes que les autres – pour avoir la maitrise de l’agenda et contraindre les contempteurs de sa politique à suivre son rythme effréné. Après le G7 de cet été et le positionnement du locataire de l’Elysée en grand chef diplomate, la rentrée est axée sur la réforme des retraites à venir. Avant ça il y eut la réforme de l’assurance chômage.

L’objectif, à peine caché, de cet enchainement très rapide est évidemment d’empêcher la réflexion globale sur ce qui est en train d’arriver et de forcer les opposants à s’épuiser en courant plusieurs lièvres à la fois. Il serait injuste de ne pas reconnaitre à la caste actuellement au pouvoir un sens stratégique certain dans la mesure où tout ou presque se passe comme prévu depuis l’arrivée au pouvoir du nouveau monarque présidentiel. Dans ce flot continuel de réformes mettant à mal le modèle social français et de déclarations autant provocatrices qu’irrespectueuses à l’égard de bien des personnes, il me semble que la réforme de l’assurance-chômage marque l’une de ses ruptures dont l’on se rend compte bien trop tard.

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La dévaluation monétaire en quelques lignes

Depuis quelques temps, il est devenu courant d’entendre parler de guerre commerciale entre certaines grandes puissances économiques – le cas des tensions sino-étatsuniennes faisant à cet égard figure de symbole – mais il est désormais très rare, pour ne pas dire exceptionnel, de voir se mettre en place des tensions monétaires entre Etats. Il y a, bien entendu, toujours les reproches effectués à l’encontre de la Chine et de son yuan artificiellement sous-évalué mais à l’époque contemporaine, les principales tensions monétaires dont nous entendons parler sont bien plus le fait d’attaques spéculatives sur telle ou telle monnaie (la Turquie en fait d’ailleurs les frais depuis un certain temps). Pour dire les choses autrement, les soubresauts monétaires sont aujourd’hui moins le fait d’une politique volontariste qu’un état de fait subi par les Etats.

Durant longtemps pourtant, les tensions commerciales s’accompagnaient de tensions monétaires parfois plus importantes. L’histoire économique européenne est, par exemple, parcourue de ces guerres monétaires lors desquelles les dévaluations s’enchainaient dans l’objectif de demeurer compétitif sur le marché international. La France, à ce titre, fait figure d’excellent contre-exemple puisque pendant un certain moment celle-ci a mené une politique du franc fort, au prix de conséquences sociales et économiques parfois désastreuses. Faut-il dès lors comprendre que la dévaluation monétaire aurait aujourd’hui cessé d’être un outil pertinent dans le cadre d’une politique économique ?

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Le protectionnisme en quelques lignes

S’il y a bien un sujet qui agite les rubriques politico-économiques depuis quelques temps, il s’agit bien les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Présentées comme le prélude à un affrontement généralisé – commercial voire militaire – sur toute la planète, ces tensions semblent être devenues le sujet de préoccupation majeures tant Xi Jinping et Donald Jr. Trump paraissent prêt à tout ou presque pour s’imposer dans cette confrontation. Parallèlement à ces tensions entre les deux premières puissances économiques mondiales, l’air du temps semble être à l’approfondissement rapide des accords de libres échanges (CETA, accord EU-Mercosur, etc.) un peu comme si les tenants du libre échange avaient peur d’un retournement global.

Pour justifier les accords toujours plus nombreux, les laudateurs du libre échange ne cessent effectivement de nous expliquer que celui-ci est le meilleur moyen d’éviter les conflits armés et que l’interdépendance des économies (en réalité la dépendance organisée des économies du Sud pour permettre le maintien de la domination d’une petite partie de la planète) est le garant de la paix. Aussi est-il désormais de bon ton dans la doxa économique dominante de fustiger tous les partisans d’un quelconque protectionnisme en amalgamant toutes les logiques protectionnistes qui sont pourtant souvent contradictoires les unes avec les autres.

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