Aquarius, l’effroyable symbole

Depuis lundi, l’Union Européenne et plus particulièrement Malte, l’Italie, la France et l’Espagne sont au cœur d’une polémique effroyable, le genre d’évènements qui vient rappeler si besoin était l’inhumanité dont est capable l’être humain. L’Aquarius, ce bateau affrété par l’ONG SOS Méditerranée qui sauve des exilés de la noyade, est effectivement au cœur d’une tempête politico-diplomatique avec à son bord 629 personnes dont une bonne part de mineurs isolés et de femmes enceintes. Le nouveau ministre de l’intérieur italien – et dirigeant du parti d’extrême-droite la Ligue (ex-Ligue du Nord) – Matteo Salvini a en effet refusé d’accueillir le bateau dans un port italien, rejetant la responsabilité de l’accueil du navire sur Malte.

En expliquant que c’était à la petite île d’accueillir le bateau de SOS Méditerranée, Matteo Salvini a indéniablement réalisé un coup de force à la fois à destination de son électorat et de l’Union Européenne. Tout au long de la campagne italienne, le leader de la Ligue s’est appliqué à parler des exilés en des termes déshumanisants et racistes. Désormais au pouvoir, Salvini a mis en place ce qu’il avait annoncé et par la même occasion s’est échiné à envoyer un message aux autres pays européens, réactivant la crise au sein de l’union à propos de cette question. Malgré la proposition de la Corse d’accueillir le navire, c’est finalement l’Espagne et Valence qui ont ouvert leurs portes à l’Aquarius et aux exilés qu’il transporte. En ce sens, il ne me parait pas exagéré de voir dans l’Aquarius un triple symbole : celui du cynisme du gouvernement français, celui de l’hypocrisie à la fois du gouvernement et d’une bonne part de la société en France mais aussi celui de la démission définitive de l’UE. Lire la suite

L’école, l’uniforme et l’écran de fumée

Depuis quelques jours et des interventions médiatiques de Jean-Michel Blanquer, le débat sur l’uniforme à l’école semble être revenu sur le devant de la scène. Il faut dire qu’une consultation dans la ville de Provins est venue appuyer le propos du locataire de la rue de Grenelle puisque les parents de la commune – ou tout du moins ceux qui ont participé à la consultation – se sont prononcés majoritairement en faveur de la mise en place de l’uniforme dans les écoles de la ville. Invité sur le plateau de BFM TV dimanche dernier, le ministre de l’Education a adopté la position chère au macronisme, ce fameux en même temps.

Ne cessant pas de convoquer tous les fantasmes possibles et imaginables, la mise en place de l’uniforme serait selon certains de ces défenseurs un moyen de promouvoir plus d’égalité au sein des écoles afin de lutter contre les marques et les « phénomènes matérialistes un peu stupides » selon les termes de Monsieur Blanquer. Prenant bien soin de ne pas s’engager trop fortement, le successeur de Najat Vallaud-Belkacem a prestement expliqué qu’il ne faisait pas de cette question l’alpha et l’oméga de la politique éducative, que la question de l’uniforme s’insérait dans une logique bien plus large. Je suis pleinement en phase avec son propos et c’est précisément pour cela qu’il me semble urgent de déconstruire la mythologie qui se met en place autour dudit uniforme en même temps que d’essayer de montrer en quoi ce débat tout comme ceux sur la laïcité ou les téléphones portables que lancent le ministre sont constitutifs d’un écran de fumée pour mieux masquer les décisions qui sont prises. Lire la suite

La crise italienne, énième révélateur de l’autoritarisme de l’UE

Depuis dimanche dernier, l’UE a été rattrapée par la crise politique italienne. Ce qui ne constituait qu’une hypothèse jusque-là s’est soudainement matérialisé avec fracas durant les sept minutes de déclaration du président Sergio Mattarella qui venait d’opposer son veto à la formation du gouvernement proposé par le mouvement 5 étoiles et la Ligue que devait diriger Giuseppe Conte. « La désignation d’un ministre de l’Economie constitue toujours un message immédiat en direction des opérateurs économiques et financiers. J’ai demandé que soit indiquée une figure compétente, qui ne soit pas vue comme soutenant une ligne pouvant provoquer la sortie de l’Italie de l’euro », c’est avec ces termes que le locataire du palais du Quirinal a justifié sa décision que beaucoup d’observateurs analysent comme étant une interprétation très extensive de la Constitution italienne.

Les sources de cette crise politique remontent aux résultats des élections générales italiennes qui, le 5 mars dernier, n’ont pas donné de majorité claire au sein de la Camera des deiputati (la chambre des députés en version française), équivalent de l’Assemblée nationale. Le mouvement 5 étoiles, arrivé largement en tête, s’est finalement allié à la formation d’extrême-droite de la Ligue (l’ancienne Ligue du Nord) et les deux formations se sont entendues sur un programme de gouvernement qui fait la part belle au parti d’extrême-droite sur la question de l’immigration, nous y reviendrons. Ce véritable coup de force institutionnel réalisé par le président Mattarella – même s’il a depuis accepté la formation d’un autre gouvernement – s’inscrit finalement dans la logique qui gouverne cette Union Européenne à la dérive : le refus de toute alternative à sa politique économique et le suprême mépris avec laquelle elle traite les élections.

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Les non-dits du comptage « indépendant » des manifestants

Samedi dernier s’est tenue la marée populaire un peu partout en France. Cette mobilisation – à laquelle je consacrerai un billet entier – à l’initiative de plus de 80 organisations (syndicales, politiques, associatives, etc.) a marqué une véritable rupture en même temps qu’une innovation dans le mouvement social. En revanche, s’il est bien une chose qui n’a pas été innovante ce samedi, c’est la persistance de l’utilisation du comptage dit indépendant par un consortium de médias couvrant l’ensemble du spectre politique ou presque. Réalisé par le cabinet Occurrence – nous y reviendrons – ce comptage est, si l’on en croit les dires desdits médias, le fruit d’un travail et d’une réflexion de long terme afin de coller au plus près au réel, ce fameux talisman qu’on nous sert à toutes les sauces.

Samedi pourtant – comme lors de l’ensemble des manifestations précédentes – le comptage dit indépendant a été vertement critiqué par les organisateurs de la mobilisation. Ne dénombrant qu’un peu plus de 30 000 personnes dans les rues de Paris, ledit comptage semble encore une fois avoir raté sa cible au vu des images que l’on peut consulter un peu partout sur la toile. A chaque fois, le chiffre donné par le cabinet Occurrence était proche (parfois même inférieur) à celui donné par la préfecture, ce qui dans la tête des éditorialistes de tout poil corrobore l’idée selon laquelle les syndicalistes et organisations politiques feraient de la propagande dès lors qu’il s’agit de donner le chiffre des manifestants. Il me semble que ce comptage dit indépendant et ses travers sont en réalité révélateurs de bien des maux qui frappent le débat public et la société en général. Lire la suite

Black blocks et cortège de tête, symboles de la mutation du mouvement social ?

Le rassemblement du 1er mai dernier a de nouveau été marqué par des affrontements entre forces de l’ordre d’une part et manifestants autonomes d’autre part. Comme lors du 22 mars et comme lors de l’ensemble ou presque des manifestations depuis deux ans, le cortège de tête, celui qui marche devant le carré syndical, a vu ses rangs se garnir. Après le 1er mai – comme souvent – les médias ont tourné en boucle sur le cortège de tête, les black blocks et les dégradations commises (le 1er mai c’est le McDonald’s situé boulevard de l’Hôpital qui a été attaqué, le 22 mars un LCL l’avait été).

Rares sont les sujets où l’ensemble de la classe politique tonne d’une même voix. Dans le cas de ces dégradations pourtant tous les représentants politiques ou presque ont le même discours. Si certains fustigent la supposée impunité des black blocks en attaquant l’Etat, à la gauche de l’échiquier politique la condamnation des « casseurs » a été unanime parfois de manière bien peu convaincante parfois avec des arguments plus recevables (comme ceux de François Ruffin par exemple). Dépeints en affreux vandales n’ayant aucun autre objectif politique que de semer la terreur et le chaos, les black blocks peuvent pourtant être vus comme l’un des symboles de la mutation du mouvement social. Lire la suite

L’affaire GL Events ou le quadruple symptôme

Hier marquait le premier anniversaire de la victoire d’Emmanuel Macron lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017. L’heure est donc actuellement au bilan de cette première année de présidence du nouveau monarque présidentiel. Il faut dire que le successeur de François Hollande a mené sa cure néolibérale au pas de charge au cours de sa première année de présidence. Ordonnances pour démanteler le code du travail, suppression de l’ISF, volonté de livrer à terme la SNCF à la privatisation, Emmanuel Macron a pour coutume d’attaquer sur plusieurs fronts si bien que l’opposition incarnée par la France Insoumise ou le mouvement social qui semble prendre forme a toutes les peines du monde à contrer de manière efficace la politique gouvernementale.

Ce qui est évident, en revanche, c’est que Macron et son gouvernement ont rapidement clarifié les choses – ou plutôt les décisions prises ont servi à les clarifier. Après avoir fait campagne sur son fameux « en même temps », le locataire de l’Elysée mène très clairement depuis un peu moins d’un an une politique de droite dans tous les domaines. Libéralisation accrue de l’économie, politique conservatrice sur les questions sociétales, défense des puissants et possédants, écrasement des plus dominés de cette société tel est le constat d’un an de présidence Macron. Tout acquis à sa croyance de puissance absolue, le monarque présidentiel suscite des ressentiments qui ne font que s’accroître et dont l’affaire GL Events pourrait constituer un seuil franchi tant elle est révélatrice de bien des fléaux qui frappent le pays. Lire la suite

Lafarge, révélateur de l’hypocrisie vis-à-vis du terrorisme

La semaine dernière, nous apprenions que Vincent Bolloré était en garde à vue pour des soupçons de corruption dans l’obtention de juteux contrats sur des ports africains. Si cette information a surpris, c’est assurément et avant tout parce que s’il est une chose qui parait absolument constante et invariable, c’est l’impunité de ces grands industriels et de ces grandes entreprises. Qu’ils s’agissent de corruption ou de fraude fiscale, il est en effet bien rare que ces pontes se retrouvent par être réellement mis en face de leurs responsabilités. Alors en apprenant cette garde à vue il va sans dire que beaucoup pensaient qu’il ne s’agissait que de gesticulations pour reprendre un terme utilisé de manière bien malheureuse ces derniers jours.

Pourtant, à l’issue de la garde à vue nous apprenions que celle-ci avait débouché sur la mise en examen de l’industriel breton. De là à y voir la fin de l’impunité des puissants il n’y a qu’un pas, que je me garde bien de franchir. Tout juste peut on y voir l’amorce potentielle d’une prise de conscience plus globale et une première brèche battue dans le mur de leur impunité. Toutefois, il serait naïf et bien indécent de crier victoire après une telle information. Dans le même temps, en effet, la procédure à l’encontre du groupe Lafarge traine en longueur quand bien même Libération a fait des révélations chocs ces derniers jours affirmant que les services secrets étaient au courant des versement du cimentier à Daech. En ce sens, il me semble que le cas Lafarge est à la fois un symbole de cette impunité en même temps qu’un révélateur de l’odieuse hypocrisie vis-à-vis du terrorisme dans notre pays. Lire la suite