L’affaire Mehdi Meklat, l’hystérie et le manichéisme primaire

Depuis vendredi dernier et son passage dans l’émission « La Grande librairie » pour présenter le dernier de ses livres – Minute, écrit avec son acolyte Badroudine Saïd Abdallah – Mehdi Meklat est au cœur d’une véritable tornade. La raison de cette tempête qui s’abat depuis quelques jours sur le jeune homme ? D’anciens tweets écrits par lui-même et ouvertement racistes, misogynes, homophobes et faisant l’apologie du terrorisme. Il a certes fait quelques excuses sur Twitter et sur Facebook au cours du week-end mais celles-ci paraissent bien dérisoires en regard de la violence des propos tenus durant des années par son alter ego maléfique.

« Jusqu’en 2015, sous le pseudo “Marcelin Deschamps”, j’incarnais un personnage honteux, raciste, antisémite, misogyne, homophobe sur twitter. À travers Marcelin Deschamps, je questionnais la notion d’excès et de provocation. (…) Les propos de ce personnage fictif (Marcelin Deschamps) ne représentent évidemment pas ma pensée et en sont tout l’inverse. Je m’excuse si ces tweets ont pu choquer certains d’entre vous : ils sont obsolètes ». C’est en ces termes que Mehdi Meklat s’est défendu sur Twitter en minimisant finalement la portée desdits propos puisqu’il se cache derrière un personnage de fiction. Disons-le d’emblée, la défense de Meklat frise le ridicule. A la suite de l’exhumation de ces tweets, toute une constellation allant de la fachosphère à Laurent Bouvet (président du Printemps républicain) en passant par Gilles Clavreul ont attaqué de manière véhémente le jeune homme pour décrédibiliser non pas seulement l’homme mais bien plus tout ce qu’il représente. Lire la suite

La loi sur les fraudeurs, stade suprême de la décomposition ?

A quoi reconnait-on un système sur le point de s’effondrer ? Sans doute au fait qu’il se complait dans une forme de fuite en avant totalement absurde et mortifère. Le 16 février dernier, l’Assemblée nationale a de nouveau souligné à quel point nous étions en train de vivre un moment de ce type. En adoptant une loi qui favorise la fraude financière, les députés ont fait montre du peu de cas qu’il se faisait de la morale d’une part et de la colère qui monte du pays d’autre part. Ladite loi instaure une prescription pour de nombreux délits financiers : abus de bien social, abus de confiance, trafic d’influence, corruption, détournements de fonds.

Jusqu’à présent, la loi ne prévoyait aucune limite dans le temps pour ce type de délits. Désormais, la prescription est établie à 12 années à partir du moment des faits, ce qui a son importance, pour ces délits. C’est Jean-Jacques Urvoas lui-même, le ministre de la justice, qui a introduit cet amendement. En pleine affaire Fillon, le Parlement garde son sens du timing légendaire. Nul besoin d’avoir recours à l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour faire voter cette loi qui convient à l’ensemble ou presque de la caste politique à la tête de notre pays depuis bien trop longtemps. Lire la suite

Le Décodex du Monde ou l’arrogance toute puissante de lémédia

Il y a quelques jours, les Décodeurs du Monde ont lancé un outil qui en dit long sur l’état actuel des médias et de la politique dans notre pays. En bon fact-checkers, les Décodeurs ont donc enfourché leur monture pour jouer les chevaliers blancs de la vérité. Le lancement du Décodex fait écho à la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis et semble avoir pour but d’empêcher une victoire de Marine Le Pen en mai prochain. Une telle démarche s’appuie notamment sur le constat que la « post vérité » est advenue et que, selon lémédia, la victoire de Trump n’a été rendue possible que par ses multiples mensonges et les fameuses bulles informationnelles.

La plus grande des polémiques (déjà nombreuses) à l’égard du Décodex a concerné le journal Fakir. Celui-ci a été placé dans la catégorie jaune celle qui regroupe les médias ayant un point de vue très orienté et ceux qui publient des informations non vérifiées. Passons sur le choix très idéologique de placer dans la même catégorie un site militant et un site publiant des fausses informations et attardons-nous plutôt sur l’acte même de désigner tel ou tel média comme subjectif, en sous-entendant que Le Monde est objectif. Il me semble que le lancement de cet outil symbolise parfaitement l’arrogance de lémédia ainsi que les appellent Fréderic Lordon. Lire la suite

L’affaire Théo, les médias et l’indignation à géométrie variable

« Ok ! J’ai beau brailler sur des dizaines de mesures, j’peux rien t’dire d’original qu’un autre rappeur t’ait jamais dit. Parce que finalement nos plaintes sont les mêmes, on décrit la même réalité, on dénonce les mêmes problèmes. Titre après titre, album après album. Au point qu’j’ai l’sentiment que tout ça n’est qu’un éternel recommencement… » affirmait déjà Youssoupha il y a presque dix ans dans son morceau Eternel recommencement issu de son premier album. Force est aujourd’hui de constater avec l’affaire Théo que ces mots étaient prémonitoires et que depuis rien, ou presque, n’a changé notamment à propos des violences policières. Le schéma classique s’est reproduit entre bavure policière, et déferlement de haine sur les réseaux sociaux à l’égard de ces « racailles » qui dans le fond n’ont que ce qu’elles méritent.

Pour être juste, il faut quand même dire que François Hollande s’est rendu au chevet du jeune Théo ce qui a pu laisser présager d’une fin différente des multiples bavures policières classées sans suite. Pourtant, cette visite aura eu un effet pervers puisque quelques jours seulement après celle-ci, l’IGPN – la police des polices, les fameux bœuf-carottes – a rendu sa conclusion affirmant qu’il s’agissait simplement d’un accident. Résumons donc, nous vivons dans un pays où l’instance chargée du contrôle de la police nous explique qu’une matraque enfoncée de 10 centimètres dans un anus lors d’un contrôle de police est un accident. « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » écrivait Montesquieu dans L’Esprit des lois. Il semblerait qu’une telle assertion ne s’applique pas à la police de notre pays au vu de la mansuétude régulière qui lui est faite lors des bavures commises. Lire la suite

Ne laissons pas Fillon devenir un pharmakos

Lundi, François Fillon a donné une conférence de presse à son QG pour évoquer l’affaire Pénélope ainsi que tous les autres problèmes qui gravitent autour de sa personne. Pour beaucoup, il s’agissait de la « conférence de la dernière chance ». En effet, entre rumeurs de débranchement par l’appareil et défiance grandissante dans la population à l’égard de celui qui a fait campagne sur sa probité, le candidat de Les Républicains est un peu plus acculé chaque jour. Sa conférence de presse n’a levé aucun des doutes puisque, loin de nier les faits reprochés, Fillon s’est contenté de dire que ceux-ci étaient légaux. Les chiens de garde médiatiques se sont pourtant empressés d’expliquer à quel point il avait été émouvant et humain.

En s’attelant à allumer des contre feux – comme avec le mensonge sur la journaliste ayant réalisé l’interview utilisée par Envoyé Spécial – François Fillon s’est méthodiquement appliqué à enfumer un peu tout le monde mais a surtout envoyé un message fort à son propre parti : en somme il a utilisé l’argument vieux comme le monde mais qui a toutes les chances de fonctionner à savoir moi ou le chaos. Nombreux étaient les membres de Les Républicains à dire que François Fillon avait ressoudé le parti autour de lui mais que cela ne serait sans doute qu’éphémère puisque les premiers sondages défavorables rallumeront assurément la fronde. En souhaitant pousser Fillon vers la sortie l’ensemble du système politique essaye de manière plus ou moins déguisée de le transformer en victime sacrificielle, en pharmakos et nous devons à tout prix l’en empêcher. Lire la suite

L’échec de Valls, préfigurateur de celui de Macron ?

Il y a une semaine, Manuel Valls échouait de manière franche face à Benoît Hamon au deuxième tour de la primaire socialiste. En n’obtenant qu’à peine un peu plus de 40% des suffrages exprimés, l’ancien Premier ministre a subi un lourd revers. Lui qui pensait être le candidat naturel du Parti Socialiste après avoir poussé François Hollande à la renonciation se retrouve donc à l’écart de la vie politique – au moins le temps de la campagne présidentielle. Depuis sa défaite, nombreux sont ceux à avoir tenté d’analyser le pourquoi et le comment d’un tel revers. Si nos éditorialistes préférés ont rapidement classé l’affaire en nous expliquant que les électeurs de la primaire étaient des utopistes, il me semble que l’échec de Valls découle de causes plus profondes.

Certes, le positionnement néolibéral économiquement et autoritaire sur les questions de société a certainement joué dans la défaite de Manuel Valls mais résumer son échec au simple fait qu’il n’ait pas fait une campagne pour les primaires mais bien plus pour le premier tour de l’élection présidentielle ne me paraît pas convaincant. Depuis la tempête qui frappe François Fillon – que plusieurs députés de Les Républicains appellent à abandonner – le nouveau favori est Emmanuel Macron. Pourtant, le fondateur d’En Marche est sur le même créneau que Manuel Valls et il ne me semble pas aberrant de voir dans l’échec de l’ancien Premier ministre un présage pour celui qui fut son ministre de l’Economie. Lire la suite

Pour Hamon, Mélenchon et la gauche, le plus dur commence

Dimanche soir, Benoît Hamon a sèchement battu Manuel Valls au second tour de la primaire socialiste. En obtenant près de 60% des suffrages, l’éphémère ministre de l’Education a renvoyé l’ancien Premier ministre à ses études. Ne nous en cachons pas et ne boudons pas notre plaisir, la large défaite de Manuel Valls est une excellente nouvelle dans le paysage politique français. Toutefois, et pour paraphraser Churchill, cette victoire de Hamon – et donc cette éviction de Manuel Valls – ne constitue pas la fin. Ce n’est même pas le début de la fin. Tout juste est-ce peut-être même simplement la fin du début. Je suis plus enclin à croire que tout a commencé hier soir aux alentours de 20h45 lorsque M. Clay a annoncé les résultats.

La grande clarification que beaucoup de personnes appelaient de leur vœu entre le social libéralisme – désormais clairement représenté par Macron – et ce que l’on a appelé les frondeurs tout au long de ce quinquennat va sans doute enfin avoir lieu. Hier soir, Benoît Hamon s’est d’ailleurs tourné vers Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot pour leur tendre la main et leur proposer une « alliance gouvernementale » qui, à ce jour, paraît bien utopique. Il ne s’agit bien sûr pas d’oublier les atermoiements de Hamon au cours du quinquennat mais il me semble bien qu’une fenêtre de tir vient de s’ouvrir notamment au vu du marasme à droite. Comme le dit si bien François Ruffin dans une interview à Regards, personne à gauche n’est assez fort tout seul. Alors peut-être est-il temps d’entamer une véritable démarche de convergence. Lire la suite