Société consumériste, par-delà la superficialité

Il y a quelques jours s’est achevée la période des soldes d’hiver et avec elle l’un des marronniers les plus appréciés par les médias dits dominants souvent en mal de sujets à traiter à cette période de l’année. Cette année encore, l’un des principaux angles utilisés pour parler des soldes qui viennent de se terminer a été celui consistant à dire que les résultats n’étaient pas ceux escomptés. L’on pourrait voir dans ce constat, devenu récurrent depuis quelques années, l’effet d’une politique grevant le pouvoir d’achat d’une bonne partie des Français ou, mieux encore, le début d’une prise de conscience collective des affres du consumérisme. Il n’en est malheureusement rien et les raisons de ces résultats en berne sont bien plus à chercher du côté de la multiplication des périodes de réduction dans les commerces. Black Friday, liquidation et autres ventes privées ont effectivement remplacé les soldes si bien qu’il n’est désormais plus réellement nécessaire d’attendre cette période pour obtenir des promotions.

Derrière cette question et la multiplication des occasions de consommer à prix réduit se niche en réalité toute l’architecture de cette société consumériste qui, en France plus qu’ailleurs au vu de la structure de la croissance économique française depuis des décennies, est l’un des piliers centraux du capitalisme. S’il est indéniable que la financiarisation mise en œuvre depuis les années 1970 a fait muter ledit capitalisme, il demeure toujours juste que la question de la consommation des biens produits est l’une des problématiques centrales de ce modèle économique avec toutes les conséquences écologiques et sociales que cela suppose. Il est plus que temps d’aller au-delà des analyses superficielles sur le sujet, puisque la question des modes de consommation – à mettre en parallèle avec celle des modes de production – sera assurément l’un des grands enjeux des décennies à venir.

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La décentralisation en quelques lignes

Dans quelques semaines se tiendront les élections municipales dans notre pays. S’il est évident qu’avec l’actualité nationale de ces derniers temps – des gilets jaunes aux long mouvement social contre la réforme des retraites – ces élections semblent quelque peu reléguées d’un point de vue de l’intérêt des citoyens (les médias, à n’en pas douter et on le voit déjà, vont se régaler avec le traitement des municipales), elles demeurent toutefois les élections locales qui intéressent le plus les Français. Nous sommes évidemment bien loin de la caricature voulant que 90% de la population connaissent son maire mais bien plus que les départementales ou les régionales, les élections municipales restent un moment de relative forte participation.

Il est toutefois indéniable que l’intérêt est décroissant dans l’esprit des Français à l’égard de ces élections. S’il y a bien évidemment une multitude d’explications à cette tendance (un rejet plus global du système représentatif, l’impression d’une indifférenciation des projets politiques municipaux, etc.), celle postulant un pouvoir assez limité dévolu aux maires me parait être importante. Trop souvent présentées comme des élections nationales visant à sanctionner ou (très rarement) conforter le pouvoir en place, les municipales ne sont pas traitées comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire une élection locale qui a des conséquences sur le quotidien des administrés. Derrière ce grand flou se cache indéniablement la question de la décentralisation et de ses dévoiements.

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Les stock-options en quelques lignes

Il y a un peu plus d’un an, alors en plein crise des Gilets jaunes, Emmanuel Macron enjoignait les entreprises à attribuer une prime de 1000€ à leurs salariés. Si cette demande avait été en partie écoutée l’année dernière, ce fut bien moins le cas cette année. En regard de cette mesquinerie à l’égard des travailleurs, il peut être ironique de mettre en avant la volonté de Carlos Ghosn de récupérer sa retraite chapeau après avoir s’être soustrait à la justice japonaise – une action aux prud’hommes est envisagée. Tout ceci met bien en évidence le degré de déconnexion des élites tant économiques que politiques par rapport au quotidien des Français.

Il serait toutefois inexact de se cantonner à la seule élite économique (à savoir ces grands PDG gavés de stock-options et autres parachutes dorés) tant la dynamique s’est accentuée ces dernières décennies. Alors qu’il n’y a pas si longtemps les managers et autres encadrants étaient principalement récompensés par des primes pour leurs bons résultats, bon nombre d’entre eux parmi les entreprises cotées en bourse le sont désormais avec ces fameux stock-options qui, pour résumer très grossièrement, offrent la possibilité à ces managers – le désormais célèbre top management – d’acquérir des actions de leur entreprise à un prix défini à l’avance, de sorte que si le cours de l’action monte les plus-values sont à la fois immédiates et conséquentes.

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La Vème République en quelques lignes

Il y a quelques jours, revenant de son voyage en Israël pour commémorer le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Emmanuel Macron a pesté en présence de journalistes à propos de ceux qui affirment que la France vit une accélération de l’autoritarisme. Frisant le degré zéro de l’argumentation – sorte de point Godwin des dirigeants plus ou moins autoritaires derrière une façade démocratique se lézardant – le locataire de l’Elysée a enjoint tous ses contempteurs à aller essayer la dictature avant d’émettre des critiques. Il va sans dire qu’une telle défense est d’un ridicule sans nom et n’est finalement que l’exact opposé de ceux qui affirment de manière exagérée que nous serions en dictature sans nuance aucune.

Je suis effectivement de ceux qui pensent que l’argument du moindre mal est toujours un sophisme, une ruse rhétorique. Si l’on en vient effectivement à dire « regardez nous sommes mieux qu’en Corée du Nord ou en Iran » c’est qu’il y a déjà un problème profond. En réalité, le monarque présidentiel tente, par cette outrance, d’imposer l’idée selon laquelle il y aurait une forme de binarité. En somme, si on le suit, l’on ne peut être qu’en démocratie ou en dictature un peu comme s’il n’y avait pas cinquante nuances d’autoritarisme et que notre pays n’était pas déjà bien avancé dans cette logique parmi les pays que l’on appelle « démocratiques ». Cet entre-deux dans lequel la France se trouve a largement été rendu possible par l’avènement de la Vème République qui porte en elle-même les germes de cet autoritarisme.

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De la violence dans les mouvements sociaux

Depuis quelques semaines, un certain nombre de médias dits dominants semblent avoir pris conscience du problème des violences policières qui se répètent manifestation après manifestation. Si l’affaire Benalla avait marqué un premier tournant, il parait assez clair aujourd’hui que les violences policières sont désormais clairement établies par toute une constellation de médias, Le Monde en tête, qui regardaient ailleurs depuis bien trop longtemps. Bien que cette inflexion ne constitue pas un changement radical – l’on attend toujours que lesdits médias aillent au bout de la réflexion et fassent le lien avec l’autoritarisme du pouvoir en place – il est indéniable que cela constitue une avancée. A ce titre, il faut rendre un hommage appuyé à David Dufresne qui a doctement recensé les violences policières depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes et dont le roman Dernière sommation semble avoir produit une forme d’effet de souffle.

Si cette inflexion est importante c’est au moins pour deux raisons. La première, la plus évidente, réside bien entendu dans le fait qu’il est primordial de raconter crument ce que fait la police de ce pays, qu’elle mutile et tue puisqu’il faut appeler les choses par leur nom. La seconde, moins évidente mais tout aussi importante, réside dans le nouvel équilibre médiatique ainsi atteint. Alors que par le passé seules les violences des manifestants étaient soulignées et grossies pour en faire les titres et les unes, traiter les violences policières, montrer que celles-ci mutilent et tuent quand ce qui est présenté comme des violences de la part de manifestants consiste à casser des vitrines permet une comparaison sans fard en montrant que certains mettent (au mieux) sur le même plan l’éborgnement d’un manifestant avec une vitrine ou un abribus cassés. Cette nouvelle démarche de la part des médias doit nous permettre d’ouvrir la question de la violence dans les mouvements sociaux, parce que celle-ci est primordiale.

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L’armée de réserve en quelques lignes

Depuis des semaines, la France est touchée par un mouvement social de grande ampleur s’opposant à la réforme des retraites conçue et défendue par Emmanuel Macron et sa majorité. Si l’issue de cette lutte est incertaine et a bien des chances de se matérialiser par une adoption de ladite réforme – les institutions de la Vème République étant ce qu’elles sont, il est effectivement possible au pouvoir de passer en force contre une majorité du corps social – il va sans dire que cette mobilisation laissera des traces. L’un des grands arguments utilisés par le pouvoir (et qui n’a pas vraiment marché) pour tenter de diviser le mouvement social aura été celui de la fameuse « clause du grand-père ».

En promettant à un certain nombre de corporations que la réforme ne s’appliquerait qu’aux nouveaux entrants dans le monde professionnel, le gouvernement n’a pas fait autre chose que de remettre au goût du jour le principe séculaire du diviser pour mieux régner. Dans cette optique, il me parait important de revenir sur le concept d’armée de réserve théorisé par Marx dans Le Capital, en cela qu’il est sans doute le paroxysme de cette logique de la division en la couplant à la menace perpétuelle qu’il fait planer sur les travailleurs. Dans un tel moment politique, se souvenir de ce genre de mécanisme à l’œuvre dans le capitalisme ne me semble pas superflu pour penser et articuler la lutte.

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L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

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