Soutenir la Grèce pour sauver la démocratie

En publiant une tribune dans le Financial Times pour soutenir un abandon du « sévère programme d’austérité » que subit la Grèce, sept économistes, dont Thomas Piketty ou Joseph Stiglitz, ont rappelé avec force que Syriza n’était pas seul dans son combat contre l’austérité et la Troïka.

En effet, près de six mois après l’arrivée d’Alexis Tsipras au pouvoir, le climat s’est extrêmement tendu entre la Grèce et ses créanciers si bien que celle-ci n’a reçu aucune aide extérieure depuis l’été dernier et que ses finances sont donc au plus mal. A l’inverse de ce que pensaient certainement le FMI et Bruxelles, le gouvernement de gauche radicale n’a pas cédé. Il s’est même montré très habile en exploitant un règlement du FMI lui permettant de rembourser les 300 Millions d’€que la Grèce devait au FMI en fin de mois et non pas en diverses tranches.

Si ces économistes s’intéressent surtout, et c’est bien normal, à la question économique et mettent en avant l’absurdité de ce plan d’austérité drastique, ce conflit entre l’Etat grec et les instances européennes relève d’une lutte politique, beaucoup plus importante et symbolique, celle de la survie de la démocratie en Europe.

Forcer la Grèce à rembourser, c’est précipiter la chute de la démocratie grecque

Le 25 janvier dernier, en choisissant de porter au pouvoir le parti de gauche radicale Syriza, le peuple grec a exprimé un souhait franc et marqué de changement. Par ce vote, les Grecs ont voulu signifier à l’Europe entière, et particulièrement à la Troïka et à l’Allemagne, son refus de l’austérité qui a petit à petit broyé toute l’économie du pays et plongé tout un peuple dans le désespoir sans améliorer d’un iota la situation financière du pays.

Alexis Tsipras avait fait campagne sur ce thème là tout en promettant de redonner du pouvoir d’achat au peuple grec. Son obstination à ne pas céder aux pressions du FMI et de l’Union Européenne semble montrer la sincérité de son discours et sa volonté de se battre jusqu’au bout contre l’austérité. A son arrivée certains observateurs avaient noté que le nouveau Premier ministre n’avait que deux choix : « renverser la table ou passer dessous ». Force est de constater que le gouvernement mené par Tsipras essaye de renverser la table.

Toutefois, l’Union Européenne comme le FMI ne voient pas d’un bon œil cette tentative et font tout pour faire plier le gouvernement grec. Dans l’hypothèse où ils y parviendraient, il est fort probable que la Grèce vive des moments de turbulences élevées avec l’émergence de partis beaucoup plus radicaux et hostiles à l’Union Européenne que ne l’est Syriza. Comment, en effet, ne pas penser au parti néo-nazi Aube Dorée ?

La règle contre le choix

Bien que l’Union Européenne se revendique de la démocratie, ses dirigeants ont tendance à outrepasser le choix des peuples de telle sorte que l’on ait fait revoter (en Irlande) ou contourné par la voie parlementaire (en France) les refus exprimés lors de referendums quant à la constitution européenne de 2005.

Mais surtout, l’Union Européenne se caractérise par la prévalence de règles qui atteignent le principe même d’une sanction démocratique. Du fait de l’importance du droit dans la construction européenne, de l’influence de l’ordo-libéralisme allemand  associé à une forte réticence des Etats européens à mettre en place des politiques communes, les Européens s’en sont remis à des règles comme le pacte de stabilité et de croissance en 1997.

Jean-Paul Fitoussi, dans La règle et le choix, s’inquiétait déjà de cette pratique en 2002 : « Privilégiant un mode d’intégration qui consiste surtout à contenir les prérogatives des Etats à l’intérieur de normes de plus en plus contraignantes, l’UE a peu à peu vidé le siège de la souveraineté nationale sans pour autant investir celui de la souveraineté européenne. De fait le gouvernement de l’Europe ressemble le plus souvent à un gouvernement par des règles qu’à un gouvernement par des choix. (…) Or, si les démocraties nationales acceptent de se lier les mains pour permettre à la chose publique de devenir européenne, mais que la chose publique à l’échelle européenne n’est pas gouvernée selon les principes de la démocratie, il existe alors un déficit démocratique tant au niveau des nations qu’au niveau de l’Union. »

C’est exactement ce qu’il se passe actuellement en Grèce : on tente d’imposer la règle de l’austérité alors que le choix des électeurs s’est massivement porté sur une politique anti-austérité. A force de contourner continuellement le choix des électeurs, l’Union Européenne pourrait enterrer en Grèce (quelle ironie quand on sait qu’elle y est née) la démocratie qu’elle prétend promouvoir.

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