Ce que l’émergence des DJs nous dit de notre société

Calvin Harris, David Guetta, Avicii. Vous avez surement déjà entendu parler de ces DJs tant leur reconnaissance est grande de nos jours. Ces artistes touchent en outre des millions d’euro. Ainsi à la reconnaissance se couple une réussite financière indéniable. En 2014 les trois DJs cités précédemment ont respectivement gagné 66, 30 et 28 Millions d’euros, de quoi se mettre à l’abri pour plusieurs générations. Leur rémunération ne me dérange pas en elle-même. A vrai dire j’apprécie, comme beaucoup de jeunes, danser sur leurs sons qui sont souvent les tubes de l’été. Le seul pour qui j’ai une certaine rancœur reste David Guetta à propos de Marseille Provence 2013 (il avait alors réclamé 450 000€ à la mairie pour se produire à Marseille et avait ensuite fait payer chaque billet 50€).

Ce qui m’intéresse particulièrement, ce n’est pas tant l’émergence de ces DJs ou l’argent qu’ils peuvent brasser. Ce qui m’intéresse plutôt c’est de réfléchir de manière plus globale sur leur émergence, c’est d’essayer de comprendre ce que cette émergence nous dit de notre société et de notre époque. D’aucuns penseront certainement que je fabule quelque peu et qu’extrapoler à la société les enseignements que nous apporte un style musical est exagéré. Toutefois, il me semble que les styles musicaux nous disent beaucoup sur les époques dans lesquelles ils voient le jour. Pas de hasard dans la concomitance entre les revendications afro-américaines et l’apparition du jazz ou dans celle entre l’apparition du rap et la mise en place de revendications dans les banlieues.

Le fond noyé dans la forme

Le principal enseignement que nous apporte l’émergence des DJs c’est la prévalence de la forme sur le fond. Quoi de plus normal me direz-vous pour de la musique qui n’a pas vocation à être écoutée pour ses paroles mais pour ses arrangements sonores ? J’entends bien cet argument mais l’évoquer c’est reconnaître, de facto, que c’est la technique qui prend le pas sur l’humain et l’art. Je m’explique, aussi brillant soient les DJs, leur apport artistique n’est que d’accorder des sons synthétiques et de les harmoniser entre eux. En somme ils ont le rôle de technicien et pas réellement d’artiste à mon sens. Des sortes d’ingénieurs du son améliorés pour moi.

Ce à quoi on assiste dans la musique de ces DJs, c’est donc à la dilution du fond dans la forme. Ce qui compte n’est plus ce qui est dit mais comment on le dit. Plus encore, ce qui compte réellement c’est tout ce qui est autour de ce qui est dit. Ce style musical fonctionne un peu comme si dans le sport ce qui comptait n’était plus ce qu’il se passe sur le terrain mais tout ce qui se passe autour. Finalement, il est pleinement ancré dans notre époque où ce qui est réellement important pour les gens n’est pas le fond mais plus la forme et tout ce qui l’entoure. Le règne de la petite phrase contre les démonstrations de fond.

De l’injustice dans la reconnaissance

Le deuxième grand point de rapprochement entre les DJs et notre société se situe dans l’injustice de la reconnaissance. Dans le cas des DJs on fait totalement fi du chanteur, on ne connaît même pas son nom la plupart du temps. Pour illustrer mon propos je prendrai l’exemple de la nouvelle étoile montante, le DJ suédois Avicii. You Make Me, Hey Brother, I Could Be The One, trois morceaux composés par le jeune prodige. Et pourtant, derrière Avicii se cachent trois chanteurs qui n’ont absolument aucune reconnaissance. Sur Youtube ou sur ses albums on ne voit que le nom d’Avicii comme nom d’artiste. Drôle de justice que celle de la reconnaissance dans ce milieu.

Loin de moi l’idée de dire que tout le mérite devrait revenir aux chanteurs mais il me semble que dans une conception juste des choses les mérites devraient être équitablement répartis entre le DJ et l’interprète. Je pense même que l’interprète a un mérite plus élevé puisqu’il est auteur/interprète quand le DJ est simplement compositeur. En outre, sans ces interprètes il est fort probable que les morceaux des DJs n’auraient pas le même succès et que par conséquent ils n’auraient donc pas la même reconnaissance. La raison est relativement simples, sans les interprètes les morceaux seraient bien moins « commerciaux » et grand public et rejoindraient plutôt des catégories plus ésotériques comme la techno ou la dubstep, genres bien moins plébiscités.

Après avoir mis en avant les principales caractéristiques de ce style musical et avoir tenté d’analyser les enseignements qu’il nous apportait sur notre société, je laisse chacun se faire son propre avis. Mais j’ai la conviction profonde que les styles musicaux et les époques dans lesquelles ils apparaissent sont intimement liés.

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