Le retour de l’Iran ou la peur de l’impérialisme

Longtemps paria des relations internationales, l’Iran revient de plus en plus dans le jeu de la diplomatie. L’élection de Hassan Rohani, un président vu comme progressiste, puis l’accord sur le nucléaire de juillet dernier ont contribué à replacer l’Iran au centre de la diplomatie mondiale et plus précisément au cœur des problématiques du Proche et du Moyen-Orient. Longtemps catalogué comme faisant partie de l’axe du mal après la révolution islamique de 1979 qui a chassé le Shah pour instaurer une théocratie, l’Iran, seul pays chiite du Moyen-Orient, a été souvent très isolé.

Son environnement proche lui était, en effet, hostile en raison de l’opposition entre sunnites et chiites et, pour ne rien arranger, les grandes puissances occidentales, Etats-Unis en tête, ont longuement soutenu l’Arabie Saoudite ou l’Irak. Les puissances du Moyen-Orient voient donc d’un très mauvais œil ce retour au premier plan de l’Iran. L’Arabie Saoudite et le Qatar craignent, en effet, grandement un retour en force de l’Iran et, de facto, le retour des velléités expansionnistes et impérialistes de l’Iran. Personne n’a oublié que l’Iran descend directement de l’ancien Empire Perse et les pays sunnites redoutent grandement un retour des ambitions impérialistes.

Le retour des luttes d’influence

Depuis la fin de la guerre entre l’Iran et l’Irak en 1988, aucune confrontation directe entre deux pays de la région n’a eu lieu. Au sortir de ce long conflit, les deux géants – avec l’Arabie Saoudite – de la zone sortent exténués et ont besoin de temps pour se reconstruire. L’Irak enchainera tout de suite avec la guerre du Golfe mais l’Iran, pour sa part, s’échinera à se redresser. Faisant de son embargo une force plus qu’une faiblesse, la République Islamique profite de cette période pour former sa jeunesse et développer son industrie. Pendant ce temps, l’Irak sombre dans deux guerres du Golfe puis une guerre civile qui détruit totalement sa capacité à influer sur la région. La réémergence actuelle de l’Iran n’inquiète donc pas l’Irak mais bien l’Arabie Saoudite et le Qatar.

Les deux puissances sunnites s’opposent quasi-frontalement à l’Iran de peur de voir se mettre en place une nouvelle ère hégémonique de la part de la République Islamique. La question des Emirats Arabes Unis symbolise à merveille cette crainte que peuvent avoir le Qatar et l’Arabie Saoudite. Plus de 450 000 Iraniens vivent à Dubaï où la présence de compagnies iraniennes est forte. L’émirat est ainsi un centre d’intérêt pour Téhéran. Les deux pays sont unis depuis plus d’un siècle par une longue et progressive coopération économique. Contrairement à Dubaï, Abou Dhabi se méfie de « l’impérialisme iranien » dans le Golfe. Les EAU se retrouvent tiraillés : alliés militaires des Etats-Unis, mais partenaires économiques de l’Iran, ils sont obligés de choisir entre leurs intérêts sécuritaires, vitaux pour l’ensemble de la fédération et leurs obligations économiques, indispensables dans un contexte de crise financière mondiale.

Syrie et Irak, victimes collatérales du renouveau iranien ?

Si l’apparition de Daech peut être largement imputée aux Etats-Unis et à la politique menée en Irak après la destitution de Saddam Hussein, son renforcement et sa perpétuation s’explique indirectement, selon moi, en grande partie par le retour en force de l’Iran et de facto le retour des luttes d’influence entre Arabie Saoudite, Qatar et Iran. Sous fond de rivalité religieuse, politique et territoriale, les trois puissances ont contribué à envenimer la situation au Proche-Orient. Ne se préoccupant absolument pas de l’intérêt général ou du bien commun de la région, les 3 pays se sont opposés par acteurs interposés en Irak et en Syrie. Aussi ont-ils largement contribué à créer le chaos que subissent actuellement ces deux pays. C’est ici que surgit la question religieuse et l’opposition entre sunnites et chiites. En effet, c’est précisément cette opposition qui a fait que les 3 puissances ont favorisé le chaos en Irak et en Syrie.

L’Iran, tout d’abord, a fortement soutenu les forces chiites à savoir les gouvernements réguliers d’Irak et de Syrie. Ce faisant, la République Islamique a donné un blanc-seing à Bachar Al Assad pour réprimer durement son peuple et à Nouri Al Maliki pour mener une politique de discrimination envers la minorité sunnite. Ce soutien iranien s’est notamment matérialisé par l’envoie de milice du Hezbollah sur le terrain. De leur côté, le Qatar et l’Arabie Saoudite ont soutenu les rebelles syriens dont des groupuscules terroristes comme le front Al-Nosra. En sous-main, les deux puissances sunnites soutiennent également Daech, ce qui leur vaut des remontrances de la part des pays occidentaux et des accusations de double jeu puisqu’ils participent également à la coalition internationale contre Daech.

Nous l’avons donc vu, le retour au premier plan de l’Iran bouleverse la géopolitique de la région. L’Arabie Saoudite et le Qatar sont aux aguets, l’Iran tente doucement mais surement de retrouver son influence perdue et au milieu de ce combat et de cette lutte d’influence, l’Irak et la Syrie font figure de victimes collatérales. Finalement, les luttes d’influence entre le Qatar et l’Arabie Saoudite d’une part et l’Iran d’autre part sont le meilleur carburant pour Daech.

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