La primaire PS ou le dernier pari de François Hollande

Marie-Noëlle Lienemann Benoît Hamon, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ; ils sont déjà quatre candidats à la primaire de la gauche – un doute subsiste encore pour Montebourg qui a annoncé être candidat à l’élection présidentielle sans préciser s’il passera par la case primaire. Ces quatre candidatures sont toutes issues de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du PS quand bien même il y aurait des différences significatives entre ces différents candidats. Chacun d’entre eux est en effet relié aux autres par un même dénominateur commun : la volonté de ramener le parti plus à gauche en étant son candidat ou tout du moins en influant sur le futur candidat.

Ne soyons pas naïfs. Si Arnaud Montebourg, eu égard à sa personnalité, sa participation aux primaires de 2011 et ses ambitions bien ancrées postulent, il me semble, vraiment pour être candidat – ce que tend à prouver sa tentation de partir à l’abordage sans passer par la primaire – les trois autres candidats déclarés semblent tout au plus avoir pour ambition de faire avancer quelques idées. Tout au plus Benoît Hamon lance-t-il peut-être une offensive en vue de l’après 2017 dans l’optique de prendre le parti. S’il faut bien reconnaître une chose à François Hollande c’est son grand sens politicien lorsqu’il fut premier secrétaire du PS durant onze années. Le voilà qui semble s’être remis dans ce rôle avec l’organisation de la primaire, primaire qui s’apparente à un coup de poker.

Zeus face aux Prométhée

En mettant en place cette primaire via l’intermédiaire de Jean-Christophe Cambadélis et de sa Belle Alliance Populaire, François Hollande semble se placer dans la même position que François Mitterrand lors de la cohabitation avec Jacques Chirac. Evidemment, il n’y a pas eu de cohabitation formelle lors de ce quinquennat mais qui peut nier qu’un affrontement parfois larvé parfois au grand jour s’est produit lors de cette mandature entre ces « deux gauches irréconciliables » selon les mots du Premier ministre ? A l’époque, François Mitterrand met en œuvre la stratégie que lui ont préparée Gérard Colé et Jacques Plihan, ses deux chargés de communication, les mêmes qui lui ont permis en partie de s’imposer en 1981. La stratégie « Jupiter » consistait donc à se faire discret et à savonner la planche de Jacques Chirac en vue de l’élection de 1988.

On retrouve, il me semble, en partie cette stratégie aujourd’hui avec un François Hollande dans le rôle de Zeus au-dessus de la mêlée de son parti et des candidats qui ressemblent à des Prométhée prêts à tout pour lui subtiliser le feu et le retourner contre lui. En restant volontairement à distance de ce processus – il a dit qu’il ne se déclarerait qu’en décembre – et en regardant ses concurrents se présenter les uns après les autres, il fait certainement le pari d’une multiplication des candidatures à l’aile gauche du parti en espérant que ladite aile gauche ne parvienne pas à s’entendre sur le choix d’un candidat unique pour la représenter. En parallèle, il y a fort à parier que le Président espère grandement en son for intérieur une victoire de Nicolas Sarkozy lors de la primaire de Les Républicains, seul candidat capable, à mon sens, de permettre une relative cohésion autour de lui tant l’ancien Président fait figure de repoussoir. Si son pari se révèle gagnant et que les candidatures se multiplient, François Hollande aura alors toutes les cartes en main en décembre pour être le candidat de son parti : aller à la primaire en étant quasiment assuré de l’emporter au vu des divisions de ses opposants et ainsi unifier le parti derrière lui ou annoncer qu’au vu des multiples candidatures et du risque d’éclatement qu’elles font émerger il est le candidat naturel de son camp.

La bombe à retardement

Toutefois, si ce pari peut s’avérer payant, il peut aussi se retourner contre son initiateur et faire énormément de dégâts. Prométhée a bien été puni et condamné à se faire dévorer le foie quotidiennement mais avant ça il a réussi à dérober le feu pour le donner aux Hommes. De la même manière, donner une fenêtre de tir aussi importante à ses contempteurs au sein même du parti pourrait rapidement se retourner contre le Président en exercice. Une primaire n’a-t-elle pas normalement pour principal but d’unifier le parti autour d’un candidat et d’un programme unique ? Dans le cas de cette primaire, tout indique que les différences portées par les probables futurs candidats seront sur beaucoup de points irréconciliables. Plus précisément, si réconciliation il y a, il sera impossible de faire croire à qui que ce soit que l’unité n’est pas synonyme de reniement de la part de certains.

Chez Les Républicains par exemple les différences entre les candidats déclarés sont réelles mais sont bien plus minimes que les fractures qui traversent le PS. L’unité sera donc bien plus facile à créer dans ce parti que dans celui du Président. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon est ravi de ces candidatures dissidentes au sein même du camp Hollande puisqu’il a affirmé que celles-ci « travaill[aient] pour [lui] » en ajoutant « quand vous en avez trois sur quatre qui parlent, comme moi, de VIe République, de sortir des traités européens, de transition écologique, ça améliore la crédibilité et l’écoute de mon programme ». Aussi le pari lancé par Hollande pourrait-il rapidement devenir un véritable fardeau en renforçant la candidature de son principal opposant à gauche qui a lancé sa campagne depuis déjà quelques mois.

Voilà donc l’état de délabrement dans lequel se trouve notre pays et notre paysage politique qui ressemble bien plus à un casino qu’à un lieu où le débat d’idées aurait sa place. Loin de se préoccuper des problèmes qui minent les Français au quotidien voilà nos irresponsables responsables politiques qui – pour ne pas changer – ne s’affairent que pour être élus ou réélus. Aucun d’entre eux ne semble tracer une ligne d’horizon et ne semble disposer à parler des problèmes économiques, sociaux, etc. pour nous sortir de la nuit dans laquelle nous semblons être entrés depuis des décennies. Si nous ne comptons que sur eux, les étoiles ne sont pas prêtes d’être rallumées.

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