En Allemagne, défaite de la CDU et victoire de Merkel

Dimanche dernier, la CDU (le parti majoritaire au Bundestag, l’Assemblée allemande) a connu un cinglant revers électoral lors d’une élection régionale. En Mecklembourg-Poméranie, ce länder de l’ex-RDA, le parti de la chancelière allemande Angela Merkel n’est arrivé qu’en troisième position loin derrière le SPD (le parti social-démocrate) et juste derrière l’AfD (Alternative für Deutschland, alternative pour l’Allemagne en français, un parti islamophobe d’extrême-droite issu en parti du mouvement Pegida). Cette percée de l’extrême-droite est historique car pour la première fois depuis l’avènement du parti nazi, une formation d’extrême-droite parvient à devancer l’un des deux grands partis de gouvernement allemands.

Cette région n’est pas la plus importante ni la plus peuplée d’Allemagne, loin de là, et pourtant les résultats dans cette élection régionale étaient attendus et scrutés en Allemagne pour plusieurs raisons : le fait que cette élection lance une super année électorale qui se conclura par les élections législatives de 2017 mais aussi parce que cette région est celle qui a vu Angela Merkel se lancer en politique après la chute du mur de Berlin. Tout semble donc indiquer que les résultats de cette élection marquent un revers cinglant pour la chancelière allemande. Je suis pourtant bien plus enclin à y voir une grande victoire de sa part ou tout du moins une défaite victorieuse si on peut dire. Electoralement, son parti a bien connu un revers mais politiquement il me semble bien plus juste de mettre en avant la victoire personnelle de Merkel, elle qui a refusé de courir derrière l’extrême-droite.

La leçon de courage politique de Merkel

La principale raison du succès de l’AfD est liée à la politique migratoire accueillante de Madame Merkel depuis un an. La chancelière allemande, en sauvant à mon sens l’honneur de l’Union Européenne en acceptant d’accueillir près d’un million de réfugiés, s’est électoralement tirée une balle dans le pied. D’abord au sein de son propre parti qui a été parcouru par des dissensions très profondes sur cette question mais aussi vis-à-vis d’une partie de l’opinion allemande qui s’est ralliée aux thèses de l’AfD sur l’islamisation rampante de la société allemande accélérée par l’accueil de ces réfugiés. Angela Merkel était bien évidemment consciente du coût électoral qu’une telle prise de position (et surtout une telle constance) comportait et pourtant, faisant fi de tout calcul politicien court termiste, elle a refusé de renier ses convictions philosophiques les plus profondes comme lorsqu’elle s’est excusée après des propos malencontreux prononcés à une fille de réfugiés.

J’ai longuement et vertement critiqué la politique de la chancelière allemande et de son ministre des finances lors de la crise grecque il y a un peu plus d’un an et je ne renie aucun des mots écrits alors. Toutefois, force est aujourd’hui de constater que c’est une chancelière conservatrice qui a mené la politique la plus humaine face à la tragédie à laquelle l’Europe est confrontée. Cette même conservatrice s’est vue brocardé par un Premier ministre dit socialiste pour sa politique migratoire lors du discours de la honte de Munich au cours duquel Manuel Valls a fustigé l’accueil des réfugiés par l’Allemagne. Alors évidemment tout n’est pas rose, Madame Merkel était par exemple l’une des plus fervents défenseurs de l’accord avec Ankara sur le traitement des réfugiés mais elle est incontestablement un modèle de courage sur cette question face à la couardise de nos propres responsables politiques.

La vision de long terme comme principe

Non seulement madame Merkel n’a pas hésité à prendre une décision impopulaire l’été dernier mais elle a aussi résisté quand tout tanguait et l’incitait à réviser sa politique. De la montée en force du mouvement Pegida à la conversion de cette contestation en termes politiques avec l’AfD, de la remise en cause d’Angela Merkel au sein même de la CDU à la quasi-tentative de putsch par la CSU bavaroise (branche de la CSU très conservatrice) ou encore des perspectives d’échec électoral à l’émergence du sentiment anti-islam et antiturc dans l’opinion publique allemande, la chancelière allemande avait toutes les raisons de renier sa position initiale pour de sombres calculs électoralistes. De ce côté-ci du Rhin nous avons vu la dynamique à l’œuvre avec l’histoire de la déchéance de nationalité dont le but affiché était de piéger la droite extrême et l’extrême-droite. Il faut croire que de l’autre côté du Rhin les dirigeants se soucient bien plus de l’unité de leur pays que chez nous.

Evidemment, l’émergence de l’AfD montre les fractures présentes dans la société allemande notamment entre une ex-RDA qui est épouvantée à l’idée de voir les inégalités repartir toujours plus à la hausse et une ex-RFA toujours en avance. Toutefois, en refusant de jouer le jeu du pompier pyromane qui pour lutter contre les propos rances les adopte, Angela Merkel a, il me semble, préservé sur le long terme la cohésion de la société allemande. En refusant de courir après le parti islamophobe, la chancelière a clairement signifié qu’elle ne livrerait pas en pâture une partie de sa population pour mieux satisfaire la frange la plus radicale du pays. Peut-on en dire autant en France ? Malheureusement je ne crois pas. Lorsque Manuel Valls se retrouve sur la même ligne que les Ciotti, Estrosi, Sarkozy et autres Le Pen c’est bien plus la division que l’unité qui est prônée. Cette position répond principalement à un besoin électoral de court terme quand la position d’Angela Merkel embrasse bien plus, à mon sens, une logique de long terme.

Finalement, ce revers électoral en Mecklembourg-Poméranie nous apprend beaucoup de choses sur l’atmosphère politique actuelle en Allemagne mais peut-être que ce qu’il s’est passé dimanche soir tend un miroir et nous tend un miroir à nous et à notre minable classe politique qui ne trouve rien d’autre à faire que de créer des divisions plutôt que de construire des ponts. Une fois n’est pas coutume, peut-être que le système politique allemand peut nous donner une inspiration salvatrice à l’orée de la campagne présidentielle française.

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