François Hollande, de la synthèse à l’indécision

«Vladimir Poutine est disposé à venir à Paris lorsque le président Hollande se sentira à l’aise».  En une phrase, en dix-sept petits mots, en une déclaration concise, le porte-parole du Kremlin a renvoyé notre président de la République à ses contradictions et son louvoiement permanent. Ne nous y trompons pas, la position de Vladimir Poutine constitue un camouflet diplomatique aussi sévère que cruel pour François Hollande. Cette phrase lapidaire est en effet venue après cinq jours de tergiversations au cours desquels le président s’interrogeait, parfois à haute voix comme sur RMC, sur la pertinence de recevoir le président russe à Paris. La visite avait été préparée en amont par un déplacement de Jean-Marc Ayrault à Moscou et l’enjeu était grand puisqu’il s’agissait tout simplement d’entamer un dialogue de puissance à puissance à propos du martyre d’Alep.

Las des contritions et autres contorsions faites par le président français, Vladimir Poutine a tranché pour lui. Réclamant une rencontre sans la réclamer réellement, François Hollande a, une fois de plus, tergiversé devant le nœud gordien, nœud que Vladimir Poutine a finalement tranché évitant ainsi à notre président d’avoir à le faire. François Hollande s’est finalement retrouvé dans la même position que l’âne assoiffé et affamé devant les seaux d’eau et d’avoine mais incapable de trancher. Cette hésitation diplomatique pourrait très bien s’arrêter là mais il me semble au contraire que dans ce moment critique (au sens grec du terme, moment de choix), François Hollande a mis en lumière tout ce qu’a été son quinquennat fait de louvoiement, de reniements et de contritions. Loin d’être un cas isolé, cette vraie fausse invitation à Vladimir Poutine révèle, à mon sens, ce qui a marqué toute la mandature Hollande : l’indécision.

Premier secrétaire de la France

François Hollande, tout le monde ou presque s’accorde à le dire, a été un bon premier secrétaire du Parti Socialiste au sens politicien du terme. De la même manière avant 2012 et le début de son mandat présidentiel presque personne ne contestait le sens politique accru qu’il possédait. C’est d’ailleurs ce même sens politique qui lui a permis de se maintenir durant 11 années à la tête d’un PS connu pour ses multiples courants et autres guerres de chapelles. En plaçant la synthèse au cœur de son ascension politique, François Hollande a su tenir le parti. Dès ses débuts dans le parti il fonda d’ailleurs les « Transcourants », un courant qui se voulait au-dessus de la mêlée et qui lui permit déjà de s’essayer à cette synthèse si importante et fondamentale dans son action militante. C’est donc tout naturellement qu’il a tenté de transposer les recettes qui lui avaient permis de tenir le parti et d’accéder à terme à la présidence de la République, dès le début son bail à l’Elysée.

Ce sens politicien, ce doigté qu’il avait si bien su utiliser et qui était son plus grand atout, le voilà qui est devenu son plus lourd boulet une fois installé en tant que président. De louvoiement en reniement, de contrition en contradiction voilà l’homme de la synthèse qui s’est transformé en homme de l’indécision. Dès son premier voyage international cette volonté de ménager la chèvre, le chou, le berger et le jardinier a accouché d’une prise de position risible : alors qu’il avait promis de renégocier le TSCG voilà le président qui revient nous expliquer qu’il n’en a rien été mais qu’il a obtenu un pacte de croissance – pacte qui s’avérera être une miette par rapport à ce sur quoi il s’était engagé. Dans ce péché originel de son quinquennat, la volonté de synthèse avait déjà cédé le pas à l’indécision. Et tout son mandat ne sera qu’une longue succession de décisions indécises et non tranchées. On ne gouverne pas la France comme on tient le Parti Socialiste, en monnayant à droite puis (à de très rares occasions) à gauche. Pour l’avoir ignoré voilà François Hollande transformé en spectre.

L’ectoplasme politicien

Finalement, à bien y regarder, il me semble que François Hollande est l’avatar le plus puissant de cette politique politicienne qui ne suscite que méfiance et défiance de plus en plus croissantes. Cette indécision qui a marqué son quinquennat est marquée à la fois du sceau de la trahison de ses engagements mais aussi de celui de la tambouille politicienne la plus méprisable. En n’allant jamais au bout de ses idées, le voilà qui essaye encore de ménager toutes les susceptibilités. Main ouverte au centre droit sur les lois Macron ou El Khomri et sur le CICE mais efforts pour conserver un semblant de lien avec ce que l’on appelle à tort selon moi frondeurs – puisque ceux-ci sont restés fidèles aux engagements de 2012. De la même manière en menant une politique économique libérale d’une part et en polarisant l’attention sur le mariage pour tous d’autre part, le président n’a-t-il pas essayé de faire tenir ensemble des masses que tout oppose ?

Néanmoins, cette virtuosité tactique que François Hollande s’est échinée à mettre en œuvre a bien vite volé en éclat et la succession apocalyptique déchéance de nationalité/loi travail a fini de l’achever. Des points de non-retour ont sans doute été franchis à ce moment-là. Personne n’oubliera – et j’espère que les livres d’Histoire seront là pour le rappeler – qu’un président se revendiquant comme socialiste a voulu jouer avec la Constitution, le texte suprême, pour de sombres enjeux électoralistes. A ce petit jeu-là, Hollande n’a rien à envier à Sarkozy. Machiavel n’aurait en rien renié les prises de positions du président. Et je dois avouer que c’est avec une certaine délectation que je vois les stratagèmes du président lui exploser à la figure. A force de vouloir jouer sur tous les tableaux il a perdu dans l’ensemble des classes socio-politiques : traître pour les gens de gauche, couard pour les gens de droite, voilà l’ectoplasme mis en pleine lumière de ses contradictions, le roi est nu et il n’est pas très agréable à regarder tant le vide de ses idées semble abyssal. Quelle cause profonde sinon le pouvoir chez ce président qui se voulait normal mais qui ne l’était pas ?

Dernier exemple en date de ces multiples retournements et contradictions, la publication du livre de confidences (encore un) rédigé par Messieurs Lhomme et Davet et intitulé Un président ne devrait pas dire ça. On y apprend que la France a un problème avec l’islam et, entre les lignes, qu’une femme voilée n’est pas vraiment française aux yeux du président : « Parce que, d’une certaine façon, si on arrive à lui offrir les conditions pour son épanouissement, elle se libérera de son voile et deviendra une Française, tout en étant religieuse si elle veut l’être, capable de porter un idéal ». Voilà donc où nous en sommes arrivés : débuté dans l’engagement d’accorder le droit de vote aux étrangers, ce quinquennat se termine par l’excommunication verbale de certains au prétexte de leur vêtement. Hier était publié un entretien fleuve de François Hollande dans L’Obs et sobrement intitulé « Je suis prêt ». Au fil de cet entretien les questions les plus intéressantes sont à mes yeux celles sur la déchéance de nationalité. François Hollande affirme qu’il « regrette » la déchéance de nationalité. Poussé dans ses derniers retranchements par les journalistes qui lui demandent ce qu’il regrette, l’échec de la tentative ou le fait même d’y avoir pensé, il répond alors par un silence assourdissant et lourd de sens. Celui-ci montre qu’il ne sait pas quoi répondre. Cette question marque une forme de seuil pour ce petit président. Le voilà arrivé au point où à force de virtuosité tactique, il a perdu de vue ses convictions, si tant est qu’il en ait eu un jour.

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