Un deuxième tour indécis à Marseille

Ce blog ayant aussi  vocation à être un lieu d’échange je publie aujourd’hui le texte d’Anthony Guttuso sur l’entre-deux tours indécis à Marseille.

 

Tiraillés par la question du barrage républicain, les électeurs de la cité phocéenne ne savent pas encore quoi faire le 7 mai prochain.

 

« Je ne dirais pas pour qui je vais voter ». Jean-Luc Mélenchon, éliminé dès le premier tour de l’élection présidentielle, n’a pas donné de consigne de vote pour le deuxième round. Arrivé en tête à Marseille, où il a récolté 24,82% des suffrages, le candidat La France Insoumise (FI) laisse derrière lui de nombreux électeurs, qui devront choisir dimanche 7 mai entre Emmanuel Macron ou Marine Le Pen. Si le silence est parfois d’or, celui de « JLM » renforce l’incertitude qui règne autour du second tour dans la cité phocéenne.

 

Un front républicain pas si évident

 

La question du barrage au Front National (FN) est sur toutes les lèvres. Pourtant, l’ancien député du Parti Socialiste (PS) restera muet jusqu’au bout, au grand dam des supporters d’Emmanuel Macron. « En 2002 Mélenchon avait appelé à faire barrage au FN, et là il laisse les gens choisir. C’est mauvais car il ne faut pas donner envie aux gens de voter pour eux », affirme Cyril Gombert, membre du mouvement « En Marche! ». Le représentant de Macron est effrayé par le haut score de Marine Le Pen à Marseille (23,66%), et le potentiel rassemblement qui pourrait se faire autour d’elle. « Il y a un vrai risque de voir 25% des mélenchonistes aller vers Marine Le Pen ».

Cette part devrait plutôt se situer aux alentours des 10% des électeurs insoumis selon les derniers sondages, car la France Insoumise n’appelle pas à voter pour la candidate d’extrême-droite.

Bien au contraire, Jean-Luc Mélenchon et toute sa formation politique condamnent le vote FN. « Il y a plein de façons de voter contre Marine Le Pen », indique Gérald Souchet, candidat de la FI aux prochaines législatives dans la 4ème circonscription des Bouches-du-Rhône.

« Ceux qui ont voté pour nous savent que leur intérêt n’est pas de voter pour elle ». L’homme de 43 ans tire ce constat des résultats obtenus chez lui. Si Mélenchon y arrive largement en tête avec 39,09% des voix, Marine Le Pen n’y obtient que 14,36% des suffrages, soit presque 10 points de moins que sa moyenne marseillaise.

« Nos électeurs voteront blanc, utiliseront le bulletin de son adversaire, ou n’iront pas s’exprimer dans les urnes », avertit le représentant de la France Insoumise.

 

L’abstentionnisme gagne la gauche

 

Si l’abstention était plus faible qu’attendu lors du premier tour, elle pourrait augmenter de façon significative lors du prochain rendez-vous dans les bureaux de vote. Le « premier parti de France » n’a conquis « que » 25,46% des votants phocéens. Il devrait, pour ce second tour, attirer de nouveaux sympathisants, souvent désabusés par les rebondissements de cette course à l’Elysée. Dès l’annonce des résultats du premier tour, de nombreux électeurs ont appelé à l’abstention pour la suite de l’élection, via le hashtag #SansMoiLe7Mai sur Twitter. Ce groupe, composé majoritairement d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon, s’est aussi distingué par l’utilisation du slogan «ni patrie, ni patron, ni Le Pen, ni Macron » dès les premières manifestations qui ont suivi le premier tour.

« Personnellement, je m’abstiendrai le 7 mai », assure Marwen Belkaïd, électeur de La France Insoumise. L’homme de 23 ans, originaire des quartiers nord de Marseille, a appelé à voter pour Jean-Luc Mélenchon avant le premier tour, dans un billet paru sur son blog « La plume d’un enfant du siècle ». Pour ce second tour, ce Marseillais ne s’estime pas obligé de faire un choix. « J’ai voté pour Mélenchon grâce aux questions écologiques et institutionnelles qu’il soulevait. Maintenant que le deuxième tour oppose deux candidats qui n’ont cure de ces questions cela ne me concerne plus. Je comprends que certains à gauche votent Macron pour empêcher le FN d’accéder au pouvoir, mais chacun décidera en son âme et conscience. Cela ne doit pas nous diviser ».

Pourtant, cette question fractionne bien l’opinion publique, y compris au sein même du corps électoral de gauche. « Je vais voter pour Emmanuel Macron lors du second tour », déclare Laurie Asplanato, militante du Parti Socialiste. Comme la jeune femme originaire des Pennes-Mirabeau, de nombreux électeurs du PS vont respecter la consigne de vote donnée par Benoît Hamon. « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour éviter que Marine Le Pen l’emporte ».

Entre vote blanc, bulletin Macron ou abstention, la gauche est particulièrement divisée. Chacun peut se faire son avis sur la question du barrage républicain. Si rares sont les électeurs de gauche envisageant de voter FN, la situation est beaucoup plus complexe à droite.

 

Les Républicains divisés

 

« Je ne souhaite donner aucune consigne de vote et par conséquent laisser la liberté de choix pour nos électeurs de voter en conscience », annonce Bruno Gilles, sénateur Les Républicains (LR) des Bouches-du-Rhône, dans un communiqué de presse. « Comment appeler à voter pour Emmanuel Macron, l’héritier de François Hollande, pour le second tour, après l’avoir combattu ? ».

Le maire LR du 3ème secteur de Marseille ne partage donc pas l’avis de François Fillon. En effet, contrairement à l’élu du 13, le chef du parti de droite a publiquement déclaré qu’il votera pour le candidat d’ « En Marche ! », et ce dès le soir du premier tour. En l’absence de consigne commune au sein de l’ex-UMP, les électeurs du parti sont dans le flou. Ils devront choisir qui suivre : François Fillon, le chef du parti issu des primaires, ou leurs élus locaux.

 

La tentation frontiste

 

Le duel du second tour accorde une possibilité supplémentaire aux électeurs de droite par rapports à ceux de gauche, histoire de corser un peu plus la difficulté du choix qu’ils ont à faire. En effet, les républicains marseillais sont bien plus sensibles aux sirènes bleu marine. « Une bonne partie des électeurs de François Fillon va faire la distinction entre un Emmanuel Macron qui est pour un Etat européen, et Marine Le Pen », explique Enzo Alias, secrétaire général de la Jeunesse Front National dans les Bouches-du-Rhône. « Chaque personne un minimum patriote ne peut pas voter pour quelqu’un qui ne croit plus en son pays ».

Si le FN n’arrive généralement pas à rallier des électeurs d’autres formations politiques à sa cause, la donne pourrait être totalement changée cette année. Après le soutien de Nicolas Dupont-Aignan, le président du parti « Debout la France », Marine Le Pen pourrait donc enregistrer l’arrivée dans ses rangs de nombreux marseillais, déçus des résultats du premier tour.

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