Le FN, barrage à une réelle alternative

Il y a quelques jours, l’ensemble ou presque des partis et mouvements politiques ont effectué leur rentrée. Cette semaine, c’est le gouvernement qui connaît la sienne avec la publication aujourd’hui des explosives ordonnances pour réformer le code du travail. Dans cette valse sempiternelle qui a lieu au tournant du mois d’août entre universités d’été et autres rassemblements aux quatre coins de la France, un parti manquait pourtant à l’appel et pas n’importe lequel. Le Front National, qui a atteint en mai dernier le second tour d’une élection présidentielle pour la deuxième fois de son histoire, n’a en effet pas effectué de rentrée en bonne et due forme. Ce n’est assurément pas parce que le parti d’extrême-droite manquait de sujets de débat.

Le parti de Madame Le Pen a en réalité anticipé la rentrée ou plutôt a été très studieux pendant l’été alors que les autres partis n’avaient pas encore repris. Celui-ci s’est effectivement réuni pour discuter de manière stratégique de l’année paradoxale qui venait de s’écouler pour lui. Le FN a en effet réussi à se hisser au second tour de l’élection présidentielle tout en battant son record de voix mais s’est lourdement incliné face à Emmanuel Macron en dépit d’une abstention et d’un nombre de bulletins blancs et nuls jamais vus. En outre le parti d’extrême-droite n’a pas réussi à obtenir le nombre de députés qu’il escomptait et a fortiori à créer un groupe parlementaire. Durant l’entre-deux tours de la présidentielle – comme à chaque fois que le FN se qualifie pour le second tour d’une élection – nous avons vu se mettre en place le perpétuel appel au barrage face à ce parti. Pourtant, il me semble qu’il faut retourner la perspective pour bien comprendre ce qu’est ce parti. Ce n’est pas au FN qu’il faut faire barrage mais bien le FN qui est un barrage à une réelle alternative dans ce pays.

 

De l’ethnicisation du débat

 

Au cours de son « séminaire stratégique », le FN a longuement réfléchi sur une partie importante sinon primordiale de son programme : la question de la sortie de l’euro. Déjà lors de l’entre-deux tours, Marine Le Pen avait modifié sa position sur ce sujet – ce qui a abouti à de nombreuses séquences ridicules à commencer par le débat face à Emmanuel Macron. Personnellement je considère qu’une telle position est primordiale dans un programme en cela que d’elle découle l’ensemble du projet, elle est ce qui le structure. En ce sens, la changer revient à modifier en profondeur toute la vision politique que l’on propose aux Français. Aussi la réflexion en cours au FN est-elle pour moi le symbole profond de l’escroquerie que représente ce parti sur les question économiques et sociales.

J’avais déjà abordé cette question lors de la campagne présidentielle mais il me parait important de revenir dessus. L’électorat du parti d’extrême-droite est majoritairement constitué par les ouvriers – ce qui ne veut pas dire que les ouvriers votent massivement pour le FN, ils s’abstiennent dans leur grande majorité. Cet état de fait est la conséquence du vernis social que le parti a su mettre autour de son programme. En réalité pourtant, le FN est là pour ethniciser la question sociale. Plutôt que de mettre l’accent sur la financiarisation de l’économie et ce capitalisme devenu fou (il n’y avait aucune occurrence aux dividendes ou actionnaires dans son programme par exemple) ce parti explique que tout le mal de la France vient de l’immigration. D’ailleurs le FN n’est nullement opposé au libéralisme, il souhaite simplement le réserver aux entreprises françaises et laisser le grand patronat faire ce qu’il veut des ouvriers tant que ledit patronat est français.

 

Travailler à l’unité

 

Cette ethnicisation de la question sociale est à double tranchant. Au-delà de la victoire de ses idées nauséabondes, le FN sert en effet d’alibi aux médias dominants et autres politiciens partisans du libéralisme le plus absolu de discréditer toute réelle alternative de gauche. Nous avons bien vu cette macabre dynamique se mettre en œuvre lors de la dernière tentative de diabolisation de Jean-Luc Mélenchon à laquelle se sont adonnés tous les médias dominants ou presque en le rapprochant du Front National. Cette présence prépondérante du Front National ou de ses idées dans les médias de notre pays – ainsi qu’en a témoigné la presque arrivée de Monsieur Messiha (coordinateur du programme de Marine Le Pen) sur Europe 1 – a selon moi un effet désastreux sur la possibilité de mettre en place une réelle alternative politique, économique, écologique et sociale dans ce pays.

Cette dynamique mortifère propagée par le FN induit en effet le ferment le plus puissant pour retarder le changement que je considère nécessaire : la division. En ethnicisant le débat, en expliquant que le problème n’est pas l’augmentation des inégalités mais l’arrivée d’immigrés dans notre pays, en racontant des fadaises sur l’AME (aide médicale d’Etat) dont la suppression renflouerait les caisses de l’Etat (alors qu’elle ne représente que quelques centaines de millions d’euros) à en croire le FN (mais aussi de nombreuses personnes de LR), l’extrême-droite crée un abime qui semble devenir un peu plus grand chaque jour entre des parties de la population qui ont des intérêts communs. Nous le savons tous, le Front National réussit ses meilleurs scores dans ce que l’on appelle la France périphérique et dans les milieux ruraux et ses scores les plus faibles notamment dans les quartiers populaires délaissés. Cette carte électorale pourrait laisser supposer que ces catégories de personnes ont des intérêts divergents. Je crois au contraire que les ruraux, les habitants de la France périphérique et ceux des quartiers populaires ont les mêmes intérêts et sont ceux qui pâtissent le plus des politiques néolibérales mises en place dans notre pays depuis bien trop d’années. C’est pourquoi il me parait primordial de travailler à l’unité et d’enrayer cette logique morbide qui divise. Je dis bien travailler parce que l’unité ne se décrète pas, ne s’impose pas. La méfiance voire la haine entre ces catégories de la population est peut-être à son paroxysme et il faudra du temps mais également de la pédagogie pour arriver à cette convergence nécessaire pour faire bouger les lignes. Pour reprendre le vers du génial Apollinaire, il est grand temps de rallumer les étoiles.

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