Les sanctions contre l’Iran, révélateur de la mainmise étasunienne

Il y a deux jours se sont tenus les midterms aux Etats-Unis, ces élections de mi-mandat au cours desquelles sont renouvelés totalement la chambre de représentant et partiellement le Sénat ainsi que les postes de gouverneur. En faisant basculer la chambre des représentants dans le camp démocrate, ceux-ci ont marqué une forme de rupture en cela que la toute-puissance des Républicains sur les institutions n’est plus. Donald Jr Trump a beau se voiler la face et fanfaronner de résultats exceptionnels, il n’en demeure pas moins vrai qu’il pourrait avoir plus de mal que par le passé à mener à bien sa politique en même temps qu’il risque d’être soumis à de multiples enquêtes lancés par les Démocrates. Il y a toutefois un point sur lequel ces élections ont de grandes chances de n’avoir aucun effet, la politique extérieure des Etats-Unis.

Comme le met très bien en évidence le Manière de voir n°159 publié en juin de cette année et abordant le sujet de la nouvelle Guerre froide, les Démocrates sont nombreux à s’être désormais ralliés aux positions des faucons républicains en termes de politique étrangère. Si Donald Jr Trump apparait comme un radical prêt à tout pour aider son allié israélien, il serait injuste de dire qu’il représente une exception dans la manière d’aborder la politique étrangère de son pays. Ainsi, le retrait des Etats-Unis de l’accord de Vienne (plus connu sous le nom de JCPoA) qui prévoyait une levée des sanctions économiques à l’égard de l’Iran en échange de l’autorisation de surveillance de l’enrichissement nucléaire est le symbole de ce que l’on pourrait appeler la « faucaunisation » des positions étasuniennes. Le retour des sanctions à l’égard de l’Iran tende également à démontrer à quel point les Etats-Unis demeurent puissants et leur mainmise incontestée ou presque.

 

Le monde à genoux

 

Au sortir de la Guerre froide, une fois l’URSS disloqué, les Etats-Unis sont vus comme la dernière et unique superpuissance du globe. Malgré la volonté de certains de mettre en place un monde multipolaire en remplacement du système bipolaire qui existait jusqu’alors, il ne me parait pas absurde de dire que nous sommes bien plus sur une planète unipolaire. Les capacités militaires des Etats-Unis n’ont effectivement pas d’équivalent sur la planète et seule la Chine peut éventuellement contester la domination économique du pays de l’Oncle Sam. Pour autant, la décision de Donald Jr Trump de rétablir les sanctions à l’égard de l’héritier de la Perse vient démontrer – si tant est besoin qu’il était encore utile de le faire – à quel point les Etats-Unis demeurent puissants et intouchables.

La décision unilatérale du président des Etats-Unis de se retirer de l’accord de Vienne alors que l’Iran respectait l’ensemble des conditions ou presque est non seulement la preuve que celui-ci fait ce qu’il veut mais bien plus assurément qu’il est en mesure de mettre à genoux n’importe qui. Les autres signataires de cet accord ne sont pas des petites puissances et pourtant elles n’ont pas bougé le petit doigt hormis pour faire des protestations de façade. Aux retours des sanctions étasuniennes en Iran, lesdits pays ont même conseillé de manière plus ou moins voilée à leurs entreprises de quitter l’Iran parce qu’ils ne seraient pas en état de les soutenir face aux Etats-Unis.

 

Le dollar, arme ultime

 

Ce qui se passe actuellement en Iran est loin d’être un cas isolé. Les Etats-Unis mettent effectivement régulièrement la pression sur les entreprises étrangères voire les condamne à des amendes très lourdes sans que les Etats dont elles sont issues ne puissent faire grand-chose. Dans cette guerre économique, puisqu’il faut appeler les choses par leur nom, il faut dire que les Etats-Unis disposent d’une arme de poids, leur monnaie. Par le biais d’un principe que l’on pourrait qualifier d’extraterritorialité, les Etats-Unis considèrent que toutes les transactions qui utilisent le dollar ou dont les fonds transitent par des banques américaines sont soumises aux diverses sanctions prises par le pays.

Ce qui pourrait être qualifié d’ingérence manifeste – en somme ce principe permet par exemple de sanctionner une entreprise française qui commerce en Angola pour la simple raison que la monnaie utilisée est le dollar – est évidemment permise par l’importance exorbitante du dollar. Première monnaie utilisée sur la planète, étalon de beaucoup des autres monnaies du monde, le dollar est pareil à une araignée qui aurait tissé sa toile sur le globe et qui ne laisserait aucun angle mort. Dès lors, l’on comprend mieux à quel point il est stratégique d’avoir une monnaie non seulement forte mais également diffusée partout ou presque dans le monde. A rebours de l’Union Européenne qui, dans son ordolibéralisme fou, a fait de l’euro un instrument aux mains d’une Banque centrale indépendante n’ayant pour seul mandat officiel de juguler l’inflation, les Etats-Unis nous démontrent à quel point la question de la monnaie est à la fois prégnante et stratégique. En regard de cette prééminence étasunienne sur l’économie mondiale et de la capacité du pays à mettre à genoux qui il entend, que convient-il de faire ? Il me semble qu’un préalable indispensable soit la dé-dollarisation de la planète si l’on peut dire. Cela prendra assurément du temps mais aussi longtemps que l’Oncle Sam tirera les cordons de la bourse, sa toute-puissance demeurera – les risques hégémoniques et les déséquilibres inhérents avec.

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