Le grand débat national ou la campagne qui ne dit pas son nom

Voilà quelques jours que le grand débat national a été lancé. Présenté par Emmanuel Macron comme un moyen de consulter les Français après l’émergence du mouvement des Gilets jaunes et assurément pensé pour être un moyen de mettre un terme à ce mouvement insurrectionnel qui touche le pays depuis plus de deux mois, ledit grand débat a été inauguré en grandes pompes par le locataire de l’Elysée qui s’est rendu à plusieurs rencontres avec des maires et continuera de faire cela pendant les semaines à venir. Beaucoup de choses ont été dites sur la manière qu’il a eue de s’adresser aux maires, sur le mépris affiché par lui lorsqu’un maire racontait les conditions de vie difficiles des plus dominés de la société mais il me semble qu’il faut aller plus loin que ces critiques superficielles.

Il me parait en effet évident que le grand débat auquel nous assistons n’a de débat que le nom. Il s’agit bien plus d’une campagne en vue des élections européennes à venir tant celui-ci ne répond à aucune des aspirations émanant des Gilets jaunes et va, au contraire, dans le sens voulu par le gouvernement. Cette farce à laquelle nous sommes témoins pourraient être drôle si la situation n’était pas si dramatique et grave – dramatique parce que la situation de millions de Français est très compliquée, grave parce qu’un président en exercice est en train de se servir de l’argent public pour faire campagne pour son parti. Aussi est-il urgent de déconstruire le mythe du grand débat présent pour recueillir les attentes des Français.

Le choix bavard

De nombreux médias ont souligné le fait qu’avec le grand débat, nous étions en train de retrouver le candidat Macron. Il faut dire que ce simulacre de consultation couplé aux tenues du successeur de François Hollande rappelle furieusement la méthode de la campagne présidentielle. Présent en bras de chemise face à des maires souvent engoncés dans leur costume cravate, Emmanuel Macron nous rejoue le coup de l’homme politique moderne face à l’ancien monde. A ceci près qu’entre temps plus d’une année et demie est passée et que celle-ci a démontré avec force que le monarque présidentiel n’était assurément pas le nouveau monde mais bien plus surement le pire qui émanait de cet ancien monde qu’il prétend abattre.

Pourtant, il me semble que l’un des principaux enseignements de ces longues journées face aux maires réside ailleurs. Il arrive parfois que le point le plus saillant et le plus évident n’attire pas l’attention plus que cela en raison du fait même de son évidence. Ainsi en est-il du choix très bavard qu’a fait Emmanuel Macron de ne s’adresser presque qu’aux maires. Présenté comme un moyen de recueillir les attentes des Français, l’on aurait pu s’attendre à ce que le grand débat programme des rencontres entre Emmanuel Macron et différentes catégories de Français. A l’heure où les Gilets jaunes remettent frontalement en cause le système représentatif, le monarque présidentiel a fait le choix de s’adresser uniquement à des représentants, à ceux qu’il considère comme ses alter egos locaux. Pendant ce temps, les Gilets jaunes sont expulsés quasiment à chaque fois avec force et vigueur des lieux où se tiennent les grands raouts présidentiels.

Choisir dans le cadre

Par-delà la question du choix de ses interlocuteurs, Emmanuel Macron n’a fait que confirmer ce que tout le monde savait déjà, l’absence d’indépendance de ceux qui président ce débat. Alors même qu’un réel débat national devrait permettre à chacun de remettre en cause à la fois les mesures conjoncturelles mais également le cadre même de la politique menée (ainsi que l’a rappelé Chantal Jouanno sur Mediapart notamment), l’on constate très rapidement qu’il n’en est rien. Pour peu que l’on prenne la peine de se connecter sur le site dédié au grand débat, l’on se rend vite compte à quel point celui-ci est biaisé et orienté pour soutenir la politique menée par Emmanuel Macron et sa caste depuis mai 2017.

Dans les options proposées il n’est effectivement pas question de remettre en cause, par exemple, la baisse des dépenses publiques mais de choisir quelles sont celles à baisser en priorité. Dans un accès d’ironie l’on pourrait dire que bientôt c’est par un SMS surtaxé que les personnes pourront faire leur choix (en envoyant par exemple 1 pour les hôpitaux, 2 pour les profs ou 3 pour les contrats aidés) mais la fiction dépasse déjà la réalité puisqu’une part du grand débat a eu lieu sur un talk-show dans un avilissement rarement vu de la politique au sens noble du terme. En d’autres mots, le grand débat voulu et promu par Emmanuel Macron ne vise pas à autre chose que de répéter qu’il n’existe pas d’alternative à la politique macro-économique menée par la caste au pouvoir – dans une répétition du TINA thatchérien – et de dire que la seule politique raisonnable est celle défendue par La République en marche. Il va sans dire que l’un des objectifs principaux de ce grand débat est de tenter de faire diminuer la pression sur le parti présidentiel à quelques encablures des élections européennes à un moment où la tension n’a jamais été aussi forte sur l’exécutif. Il me semble que la meilleure des choses à faire face à cette mascarade est de refuser purement et simplement d’y prendre part, d’être pareil à John le Sauvage dans Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley et de continuer à construire de notre côté. C’est ça qui leur fait vraiment peur.

Crédits photo: Ouest France

Un commentaire sur “Le grand débat national ou la campagne qui ne dit pas son nom

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s