La confusion antisionisme-antisémitisme en quelques lignes

Il y a quelques semaines, peu après l’agression subie par Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation, Emmanuel Macron annonçait lors du diner du CRIF sa volonté de faire de l’antisionisme un délit. S’inscrivant ainsi dans la droite lignée de nombreux politiques ayant porté cette idée – Manuel Valls en tête – le locataire de l’Elysée tentait une nouvelle fois de surfer sur un fait divers pour donner l’image d’un homme d’action. Alors que la bande de Gaza est actuellement sous les feux de l’armée israélienne et que Benyamin Netanyahu est de plus en plus proche des idéologies les plus extrêmes, il y a de fortes chances que le débat surgisse à nouveau.

Le cirque autour de l’antisionisme transformé en antisémitisme est effectivement l’une des armes les plus utilisées par tous les défenseurs de la politique d’extrême-droite israélienne, notamment par l’AIPAC, le lobby israélien aux Etats-Unis que le site Orient XXI a bien contribué à déconstruire en diffusant un documentaire magistral sur le sujet. En tentant de criminaliser les idées politiques représentées par l’antisionisme, les zélés de la colonisation israélienne n’ont pas d’autre objectif que d’empêcher toute critique de la politique menée par Netanyahu et ses sbires, ce qui n’est pas sans engendrer de nombreux effets pervers.

Le grand flou

La question du sionisme est assurément l’un des nœuds gordiens en même temps que le principal sujet de discorde dès lors que l’on aborde le thème de la lutte contre l’antisémitisme. Le sionisme est effectivement une notion aujourd’hui floue ou plutôt ambivalente. Si l’on s’en tient à sa définition première, le sionisme est, selon le CNRTL, « un mouvement politique et religieux né de la nostalgie de Sion, permanente dans les consciences juives depuis l’exil et la dispersion, provoqué au XIXsiècle par l’antisémitisme russe et polonais, activé par l’affaire Dreyfus, et qui, visant à l’instauration d’un Foyer national juif sur la terre ancestrale, aboutit en 1948 à la création de l’État d’Israël ». Aussi cette définition permet-elle à certains analystes d’affirmer que les antisionistes seraient favorables à la destruction de l’Etat d’Israël.

Pourtant, avec le temps et l’implantation d’Israël en même temps que de la politique de colonisation menée par ce pays, le sionisme semble avoir pris une autre définition qui correspond peu ou prou à la volonté d’Israël de prendre possession de l’ensemble de l’ancienne Palestine. Sans doute est-ce là une ambigüité problématique dans la mesure où peuvent se côtoyer derrière un même mot la volonté de rayer Israël de la carte et la critique de la politique coloniale exacerbée par Netanyahu depuis son arrivée au pouvoir. Peut-être faudrait-il trouver un autre mot pour désigner cette dernière, pourquoi pas antibibisme. Dans les deux cas, il ne me parait ni sain ni pertinent de criminaliser des idées politiques.

Le multiple effet pervers

Il ne me parait pas absurde de dire que cette confusion ambiante entre l’antisionisme et l’antisémitisme a de multiples effets pervers, en particulier pour une grande partie des personnes de confession juive qui se retrouvent embarquées, sans le vouloir, dans un conflit qui les dépasse en étant instrumentalisés par Netanyahu. Le premier, le plus évident aussi, réside principalement dans le fait que l’hypocrisie actuelle de la part du pouvoir en place, en France, à l’égard de la lutte contre l’antisémitisme et, plus largement, contre le racisme affaiblit la portée d’une lutte primordiale. Qui peut en effet croire que le pouvoir en place est soudainement devenu un défenseur de la lutte contre l’antisémitisme quand il y a quelques mois à peine il songeait à réhabiliter tant Maurras que Pétain ? Il ne s’agit évidemment pas de dire que le pouvoir en place est antisémite mais bien plus de pointer les incohérences. Noyer les luttes antiracistes dans le marigot des querelles politiciennes est assurément le meilleur moyen de les rendre inopérantes.

Le deuxième effet pervers est sans doute plus difficile à percevoir mais il me parait plus fondamental. A trop jouer aux apprentis sorciers et à se faire les chantres d’un confusionnisme désolant, les tenants de la criminalisation de l’antisionisme sont bien plus des alliés que des adversaires des antisémites. Sautant à pied joint dans le piège tendu tant par Netanyahu que par les antisémites, ils font tout pour assimiler les juifs à l’Etat d’Israël alors même que bien des personnes de confession juive sont farouchement opposées à la politique d’extrême-droite qui est menée dans le pays. Comme l’a souligné, non sans humour, Mathias Enthoven sur Twitter, vouloir faire de l’antisionisme un délit risque de générer des états de fait qui, si la situation n’était pas si dramatique, prêteraient à rire en cela qu’un tel délit concernerait évidemment des juifs. Il nous faut je crois refuser fermement cette mâchoire d’airain dans laquelle tentent de nous enfermer extrémistes en Israël et antisémites.

Crédits photo: Iris

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