La crise des subprimes en quelques lignes

Alors que semble de plus en plus se profiler une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et que celle-ci pourrait bien in fine déboucher sur une lutte sur la dette souveraine étatsunienne en partie détenue par la Chine, le vertige d’une nouvelle crise financière majeure est de nouveau présent dans bien des têtes, ainsi que le soulignent les récents propos de Bernie Sanders sur la dette étudiante aux Etats-Unis. Il y a seulement un peu plus de dix ans, pourtant, l’une des plus grandes crises financières – sinon la plus grande – de l’histoire frappait le monde en partant de l’épicentre étatsunien.

Rapidement propagée partout sur la planète du fait de l’interdépendance croissante des marchés financiers, la crise des subprimes a certainement marqué le début d’une nouvelle ère financière en même temps que le paroxysme d’une logique qui trouve son origine dans le tournant néolibéral des années 1980 et la financiarisation accrue de l’économie. A l’heure où les marchés financiers s’échangent des sommes astronomiques chaque jour, l’économie mondiale est plus que jamais soumise à des risques financiers majeurs, ce qui trouve principalement sa source dans les réponses – ou plutôt devrait-on dire les non-réponses – apportées à la crise des subprimes il y a dix ans, crise préfiguratrice de ce qui pourrait à nouveau se produire.

L’inévitable crise ?

Si l’on consent à prendre un peu de recul sur la crise des subprimes et ses conséquences, il apparait rapidement que, dans le système de l’époque (qui est, rappelons-le, le même que l’actuel), il ne pouvait guère se produire autre chose que l’éclatement de ladite crise. Il ne s’agit point ici de ressasser les théories sur les crises nécessaires, au sens étymologique du terme, qui sont censées frapper le capitalisme mais bien plus d’analyser froidement la situation qui a mené à ce désastre économique et social qu’ont constitué les subprimes. De quoi cette crise tire-t-elle ses fondements sinon de l’avidité toujours plus grandes des financiers et des fonds d’investissement ?

Profitant alors de taux directeurs très faibles de la banque centrale des Etats-Unis, la FED et considérant que le marché immobilier de la classe moyenne avait atteint le point de saturation, ceux-ci ont consenti des prêts à des taux variables à des personnes à la limite de la solvabilité. Le retournement du marché immobilier combiné à la remontée des taux directeurs de la FED – qui ont eu pour conséquence de faire bondir les taux des prêts accordés aux personnes précédemment citées – a achevé de générer un krach immobilier dont les conséquences n’ont été ni plus ni moins que la faillite de nombreux fonds d’investissement spécialisé dans l’hypothèque qui voyaient alors les maisons saisies valoir bien moins que le crédit accordé. Par la magie de la titrisation – le commerce de ces créances douteuses mais camouflées entre banques – c’est tout le système bancaire et financier qui s’est retrouvé au bord de l’implosion, symbolisé par la faillite de Lehman Brothers.

Occasion manquée et éternel recommencement

Le système bancaire au bord de la faillite a, évidemment, sollicité le secours des Etats qui – pris dans une impasse infernale du fait de la ruine probable de tous les épargnants en cas de non-sauvetage des banques – se sont empressés d’engager des centaines de milliards pour sauver les banques. C’est là la magie de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits. Alors même que cette crise aurait pu et dû être le moment de mettre au pas le système bancaire, de le nationaliser pour l’assainir et de séparer définitivement les activités de dépôt des activités de spéculation (ce qui aurait pour conséquence de ne pas avoir à sauver les banques qui feraient n’importe quoi puisque cela ne signifierait pas de ruiner les épargnants) absolument rien n’a été fait.

La conséquence de ce laisser-faire, laisser-passer est que les banques sont non seulement encore aujourd’hui adeptes des mêmes travers mais qu’en plus de cela ces mêmes banques mettent désormais le couteau sous la gorge des Etats dont la dette a explosé du fait du sauvetage de celles-ci. En d’autres termes, quoiqu’il arrive les banques sont gagnantes dans le schéma actuel. Les mêmes causes qui ont généré la crise des subprimes sont actuellement à l’œuvre un peu partout sur la planète : aux Etats-Unis on ne compte plus les secteurs où l’endettement est nocif mais le secteur de la dette étudiante est assurément le plus inquiétant quand au sein de l’Union Européenne la politique de la BCE depuis des années pour contenir la crise de la zone euro a été d’adopter des taux directeurs extrêmement bas tout en mettant en place une politique de quantitative easing (le fait de racheter des titres de dettes publiques à des marchés financiers) qui a eu pour conséquence de déverser des montants de devise énormes sur les marchés. Pour peu que la BCE remonte brusquement ces taux ou que le taux de défaut sur les dettes étudiantes s’accroisse, le scénario de 2007-2008 pourrait bien se répéter à nouveau. Avec cette fois-ci des Etats sans doute incapables de recourir au même sauvetage qu’il y a dix ans.

Crédits photo: Citeco

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