Le protectionnisme en quelques lignes

S’il y a bien un sujet qui agite les rubriques politico-économiques depuis quelques temps, il s’agit bien les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis. Présentées comme le prélude à un affrontement généralisé – commercial voire militaire – sur toute la planète, ces tensions semblent être devenues le sujet de préoccupation majeures tant Xi Jinping et Donald Jr. Trump paraissent prêt à tout ou presque pour s’imposer dans cette confrontation. Parallèlement à ces tensions entre les deux premières puissances économiques mondiales, l’air du temps semble être à l’approfondissement rapide des accords de libres échanges (CETA, accord EU-Mercosur, etc.) un peu comme si les tenants du libre échange avaient peur d’un retournement global.

Pour justifier les accords toujours plus nombreux, les laudateurs du libre échange ne cessent effectivement de nous expliquer que celui-ci est le meilleur moyen d’éviter les conflits armés et que l’interdépendance des économies (en réalité la dépendance organisée des économies du Sud pour permettre le maintien de la domination d’une petite partie de la planète) est le garant de la paix. Aussi est-il désormais de bon ton dans la doxa économique dominante de fustiger tous les partisans d’un quelconque protectionnisme en amalgamant toutes les logiques protectionnistes qui sont pourtant souvent contradictoires les unes avec les autres.

Protectionnisme et mobilité

Il est toujours assez ironique de constater à quel point les laudateurs du libre-échange sont souvent les plus prompts à préconiser la fermeture des frontières pour les individus. En somme tout agit comme s’il était important que tout ait la liberté de circulation sauf les êtres humains. Que le capital, les marchandises et tout le reste puissent voguer sans problème mais que les individus se noient dans la Méditerranée ou meurent dans le désert, tel pourrait être la devise des zélés du libre-échange. Finalement, dans leur optique il existe un protectionnisme qui trouve grâce à leurs yeux, sans doute celui qui est le plus inhumain et qui consiste à ériger des barbelés aux frontières. Le laisser-faire laisser-passer a ses limites en somme.

Il n’est d’ailleurs guère surprenant de voir cette position qui pourrait paraitre paradoxale mais qui n’est en réalité que la suite logique des raisons profondes poussant ces personnes à défendre le libre-échange. Il ne s’agit finalement que de permettre via le libre-échange, l’organisation de la concurrence des travailleurs les uns avec les autres et d’ainsi d’asseoir le modèle néolibéral et surtout d’empêcher toute chance de mobilité sociale au sein même des pays. En résumé il s’agit d’ouvrir les frontières économiques pour mieux fermer les frontières sociales en interne et ainsi assurer la domination du même groupe social tout au long du temps.

A l’heure de l’écologie radicale

A l’heure où l’écologie semble être en passe de devenir un sujet de préoccupation massif au vu des multiples manifestations et autres mobilisations en faveur d’une action pour lutter contre le changement climatique, il devient presque criminel de continuer à prêcher le libre-échange à tout crin. A l’inverse, il me parait plus que pertinent de réfléchir à des modèles protectionnistes permettant de mettre en place un protectionnisme à la fois solidaire socialement et responsable écologiquement. Je l’ai dit à de nombreuses reprises, il ne saurait y avoir de politique écologique ambitieuse si celle-ci se coupe de la radicalité.

Aussi devient-il chaque jour plus urgent d’œuvrer à la mise en place d’un système permettant non seulement de sortir de cette logique libre-échangiste complètement folle mais remettant également en cause le capitalisme lui-même. C’est précisément dans cette optique que la mise en place d’un protectionnisme permettant de bloquer les produits dont la conception ne respecte ni les règles sociales ni la sobriété écologique indispensable à la lutte contre le changement climatique. Plutôt que de continuer à propager les sornettes postulant un signe égal entre le protectionnisme et la guerre, il est une impérieuse nécessité que de démontrer sans relâche à quel point le libre-échange débridé est la cause de bien des désastres. Le tout en n’oubliant jamais de rejeter le modèle protectionniste fondé sur le seul repli identitaire. Là est notre chemin de crête.

Crédits photo: Citéco

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