Les barrières douanières en quelques lignes

Depuis le surgissement de la crise sanitaire liée au nouveau coronavirus, d’aucuns expliquent sans barguigner qu’à la sortie de la crise, le monde tel que nous l’avons connu n’existera plus. Dès le début de ladite crise et la fermeture en Chine de l’ensemble ou presque des chaînes de production, nombreux ont effectivement été les analystes – souvent les mêmes qui affirmaient quelques temps plus tôt que la mondialisation était merveilleuse – à expliquer qu’il fallait relocaliser certaines activités pour ne plus être dépendant de la seule Chine, la question de la pénurie des masques montre d’ailleurs avec acuité le problème que pose le dépouillement volontaire de nos activités industrielles.

L’on nous explique donc que le « monde d’après » sera radicalement différent et si ce sujet n’est pas l’objet de ce billet (un long papier lui sera consacré dans les semaines à venir), il me semble que cette volonté de relocaliser si elle se matérialise réellement ne pourra pas faire l’économie de politiques protectionnistes tant le retard pris en matière industrielle par les pays dits développés sera impossible à combler dans une économie libre-échangiste comme celle dans laquelle nous vivons actuellement. Dès lors, il me parait intéressant de faire un bref rappel des différents outils à disposition des Etats pour mener une telle politique avant de s’intéresser à ce qui est, pour moi, la question centrale à savoir sur quelle catégorie d’acteurs repose l’effort protectionniste.

La boite à outils

Dans l’ensemble des outils dont peuvent disposer les Etats pour mener une politique protectionniste évacuons d’emblée l’un d’entre eux qui est impossible à mettre en œuvre dans l’Union Européenne actuelle, celui de la protection monétaire qui n’est rien d’autre que la possibilité de dévaluer sa monnaie pour donner à ses produits un prix plus compétitif à l’étranger. Une deuxième possibilité – déjà utilisée au sein de l’UE d’ailleurs – consiste à imposer un certain nombres de normes techniques ou de difficultés administratives aux entreprises étrangères afin de leur fermer une partie du marché ou de renchérir le coût de production et donc in fine le prix de vente desdits produits : si l’on impose à une entreprise chinoise telle ou telle norme calquée sur les industries européennes, il y a de fortes chances que cette entreprise ait à moderniser ses chaînes de productions et donc à augmenter les prix de ces produits en bout de parcours.

Avant-dernier levier à la disposition des Etats, l’imposition de barrières non-tarifaires. Bien souvent ceci se résume à mettre en place un certain quota pour divers produits de sorte que l’industrie nationale/régionale puisse toujours écouler sa production une fois ce quota atteint. Enfin, le type d’outil qui vient directement à l’esprit dès lors que l’on parle de protectionnisme même si le GATT puis l’OMC ont tout fait pour le faire disparaitre, celui des barrières tarifaires qui regroupe à la fois les tarifs douaniers (qui sont en moyenne de seulement 2% aujourd’hui même s’il y aurait beaucoup à redire sur ce chiffre) et les subventions à la production comme la PAC par exemple.

Choisir le payeur

Dans la doxa des éditorialistes dominants (et donc entièrement acquis aux dogmes de l’économie de marché et de la mondialisation libre-échangiste), le protectionnisme est présenté tantôt comme un affreux retour aux nationalismes belliqueux tantôt comme une régression gauchiste absolument insupportable à leurs yeux. Si leurs propos sont souvent aussi pertinents que ceux d’un enfant de trois ans, leurs positionnements n’en démontrent pas moins que, d’une politique protectionniste à une autre, les variations peuvent être bien grandes. L’une des questions centrales est à mes yeux celle qui se demande en bout de chaîne la catégorie qui va supporter le protectionnisme et les différentes barrières douanières qu’il est possible de mettre en place (et que nous avons listé plus haut).

L’on pourrait n’y voir qu’une question secondaire et se dire que l’important est de rétablir le protectionnisme. Je crois pourtant que la question des fins est toujours centrale. De la même manière que dire qu’il faut sortir de l’UE et ensuite voir quoi faire revient à faire preuve d’une grande irresponsabilité, se contenter de dire que l’important est simplement le retour au protectionnisme revient à complètement dévitaliser le débat politique autour de ce sujet. Pour caricaturer – je reviendrai certainement plus longuement à l’avenir sur cette notion – les deux grandes catégories qui sont susceptibles de supporter le coût économique du protectionnisme sont les entreprises d’une part et les Etats d’autre part (et donc l’ensemble des citoyens). Dans le cas de l’imposition de nouvelles normes ou de mise en place de tarifs douaniers, ce sont effectivement bien souvent les entreprises importatrices qui supporteront le coût – en le répercutant bien évidemment sur leur prix de vente mais l’objectif est bien de rendre ces produits plus chers que les marchandises produites localement. Dans le cas des politiques de subvention qui change la logique et ont pour objectif de jouer sur le prix de vente des produits fabriqués localement (en le faisant baisser), c’est plutôt l’Etat qui supporte le coût puisque c’est lui qui verse les subventions. On le voit bien, l’alternative ne se situe pas uniquement entre protectionnisme et libre-échange mais également au sein même du protectionnisme. Il va sans dire que ma préférence va sur la première option et sur le fait que les entreprises importatrices supportent le coût.

Crédits photo: SGE

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