L’assistanat en quelques lignes

Depuis le début du confinement et la mise à l’arrêt quasi-totale de l’économie marchande, un refrain revient régulièrement tant dans la bouche du Medef que d’un grand nombre de responsables politiques : une fois la crise sanitaire passée, les Français sont appelés à faire un effort pour soutenir l’économie et permettre son redémarrage. Ledit effort consiste principalement, pour les défenseurs de cette vision, à renoncer à des jours de congés ou à accepter de travailler plus pour le même salaire – ce qui revient à une baisse de salaire horaire. Ces propos qui reviennent comme une antienne avec de plus en plus de vigueur (et qui ont toutes les chances de se renforcer à mesure que nous approcherons du 11 mai) sont un nouveau moyen d’élever le travail subordonné au rang d’idole.

Effectivement, derrière l’appel fait aux travailleurs à faire des efforts se niche en réalité toute une vision du monde en même temps qu’une politique économique très clairement favorable aux puissants à qui il n’est rien demandé ou presque. Cette logique s’est matérialisée de bien des manières ces dernières années mais il est un des sujets qu’elle a transformé en sorte de porte-voix, celui de l’assistanat. Si la stigmatisation et l’utilisation de cette notion pour mieux dominer est ancienne, la véritable rupture se situe très certainement avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui durant toute sa campagne en 2007 n’a eu de cesse de fustiger les « assistés ». Depuis lors, le sujet revient de manière récurrente et la classe possédante et dominante s’en est saisie pour mieux stigmatiser et divertir.

Marquer du sceau de l’infamie

Le premier objectif, le plus évident aussi, de cette propension à parler d’assistanat tout le temps ou presque de la part des dominants est assurément celui de pointer du doigt les personnes ayant recours à une aide sociale alors même que celle-ci est un droit. L’on connaît bien les travaux de Michel Foucault notamment sur les liens de subordination existant entre la police et la justice, cette dernière n’étant là que pour avaliser le marquage des déviants définis par la première, si bien qu’il ne me semble pas exagéré de voir dans ce gonflement de l’utilisation de la notion d’assister une manière de marquer les plus dominés de la société.

En les pointant du doigts de la sorte, ceux qui le font ne poursuivent rien d’autre que l’objectif de jeter l’infamie sur les titulaires de ces prestations sociales. Derrière le discours sur le travail (subordonné) ce sont toujours les mêmes desseins nauséabonds : stigmatiser les plus dominés et tenir au pas le reste de la population. En générant ce sentiment de honte à l’égard des prestations sociales, les dominants ne font effectivement rien d’autres que de montrer à tous ceux qui n’en bénéficient pas que ce serait une honte d’y accéder, ce qui est un merveilleux moyen de coercition, marquer les déviants pour que la majorité reste dans le droit chemin du travail subordonné en somme. Et cette stratégie de la honte semble bel et bien marcher puisqu’en 2010, le taux de non-recours aux prestations familiales était de l’ordre de 30% selon l’Observatoire des non-recours aux droits et services.

La double diversion

Je crois cependant qu’il existe un autre objectif derrière l’utilisation de cette notion d’assistanat pour décrire les personnes ayant recours aux prestations sociales et que cet objectif, s’il est moins évident, est bien plus important que le premier. En brandissant à tout bout de champ ce concept pour stigmatiser les plus dominés, les possédants et les dominants tentent de réaliser leur absolution ou plus précisément de cacher le fait que les vrais assistés ce sont eux et non pas celui ou celle qui touche le RSA. La première partie de cette diversion réside indubitablement dans le fait que l’on nous serine avec la fraude sociale à longueur de temps alors même que celle-ci ne représente rien à côté de la fraude ou de l’évasion fiscales des plus riches de ce pays.

Mais plus profondément encore, l’assistanat devrait, à mes yeux, être un concept utilisé par la gauche pour mieux définir les parasites de cette société que représentent les capitalistes. On a souvent coutume d’entendre que tel ou tel milliardaire doit être choyé parce qu’il donne du travail (subordonné) à des milliers voire dizaines de milliers de personnes. La réalité est pourtant bien différente si l’on accepte de changer de perspective. Plutôt que la fable du milliardaire qui donne du travail (subordonné), ce sont bien plus les travailleurs qui augmentent la richesse dudit milliardaire. En régime capitaliste le vrai assisté et le vrai rentier c’est bien le possédant et non pas celui qui tente de survivre avec des allocations – souvent bien minces au demeurant. Cet assistanat des puissants, nous le retrouvons d’ailleurs très bien avec la crise que nous traversons. Lorsque l’Etat ne conditionne presque pas ses aides au non-versement de dividendes ou que celui-ci affirme qu’il nationalisera les grandes entreprises en difficulté, nous ne faisons qu’assister au très vieux principe d’internalisation des profits et d’externalisation des pertes. Les assistés ce sont eux, les parasites ce sont eux, alors oui mettons fin à l’assistanat des plus riches.

Crédits photo: The Gilded Age

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