La crise des subprimes en quelques lignes

Alors que semble de plus en plus se profiler une guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis et que celle-ci pourrait bien in fine déboucher sur une lutte sur la dette souveraine étatsunienne en partie détenue par la Chine, le vertige d’une nouvelle crise financière majeure est de nouveau présent dans bien des têtes, ainsi que le soulignent les récents propos de Bernie Sanders sur la dette étudiante aux Etats-Unis. Il y a seulement un peu plus de dix ans, pourtant, l’une des plus grandes crises financières – sinon la plus grande – de l’histoire frappait le monde en partant de l’épicentre étatsunien.

Rapidement propagée partout sur la planète du fait de l’interdépendance croissante des marchés financiers, la crise des subprimes a certainement marqué le début d’une nouvelle ère financière en même temps que le paroxysme d’une logique qui trouve son origine dans le tournant néolibéral des années 1980 et la financiarisation accrue de l’économie. A l’heure où les marchés financiers s’échangent des sommes astronomiques chaque jour, l’économie mondiale est plus que jamais soumise à des risques financiers majeurs, ce qui trouve principalement sa source dans les réponses – ou plutôt devrait-on dire les non-réponses – apportées à la crise des subprimes il y a dix ans, crise préfiguratrice de ce qui pourrait à nouveau se produire.

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Le pacte germano-soviétique en quelques lignes

Si la semaine dernière il a été question du rôle de l’armée rouge durant la Seconde guerre mondiale et de la manière dont celui-ci était occulté par une bonne partie des pays occidentaux, il convient selon moi de revenir quelques années avant l’éclatement de ce conflit pour mieux comprendre à quel point les positions de l’URSS ont été caricaturées dans un but à peine dissimulé de diaboliser la superpuissance à l’orée de la Guerre froide. Evidemment le traitement de l’armée rouge est important en cela qu’occulter son rôle revient à nier à l’URSS sa part dans la libération de l’Europe du joug nazi mais il me semble que toute l’histoire créée notamment par les Etats-Unis, en particulier par Henry Kissinger, à propos du pacte germano-soviétique est le pivot de la stratégie de diabolisation de l’URSS.

C’est effectivement par ce biais que de nombreux arguments de décrédibilisation des Soviétiques ont vu le jour pour mieux expliquer à quel point l’URSS aurait été l’allié de l’Allemagne nazie avant de se faire attaquer et de basculer dans le camp des ennemis des forces de l’Axe. Il est, je crois, très important déconstruire cette fable des accointances entre le régime nazi et les Soviétiques tant celle-ci a des conséquences aujourd’hui encore sur l’appréhension de bien des choses. Plus important encore, toute la chaine de causalités qui a mené à la signature du pacte germano-soviétique est encore à l’œuvre aujourd’hui, entre indifférence et mépris de la part de certains pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis, à l’égard de certaines puissances de la planète.

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L’armée rouge pendant la Seconde Guerre mondiale en quelques lignes

Il y a quelques jours était célébré, en France, le 75ème anniversaire du débarquement de Normandie. C’était ainsi l’occasion de commémorer la victoire des forces Alliées sur celles de l’Axe et plus précisément encore la mise à mal du projet nazi et de son ambition hégémonique sur l’Europe. C’est donc tout naturellement que cette célébration a rassemblé un grand nombre d’invités provenant des pays ayant combattu le troisième Reich. La Russie, pourtant héritière de l’URSS pays ayant éminemment participé à la chute de l’Allemagne hitlérienne, n’était pourtant pas invitée et donc pas présente lors de ces commémorations. Cet affront, puisqu’il faut le nommer ainsi, fait aux Russes n’est que l’énième d’une très longue série à propos de cette guerre.

Après tout, cette non-invitation n’est guère surprenante venant d’un pays où certains éditorialistes anciennement dévolus au football pérorent désormais en expliquant que les communistes étaient des collaborateurs. La lumière est effectivement bien plus mise, en France comme dans bien des pays occidentaux, sur le pacte germano-soviétique – en prenant bien garde d’occulter les raisons qui ont abouti à un tel pacte – que sur l’apport décisif de l’armée rouge durant la guerre. Tout ceci n’est évidemment pas sans lien avec l’objectif de diaboliser la Russie.

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La décroissance en quelques lignes

Il y a une dizaine de jours, l’ensemble des citoyens membres de l’Union Européenne étaient appelés aux urnes pour élire le Parlement européen. Si l’abstention a encore atteint des niveaux très élevés, particulièrement en France, l’un des grands groupes gagnants de ces élections est incontestablement celui constitué par les Verts. Les partis écologistes ont effectivement connu une augmentation de leurs résultats dans certains pays si bien que le groupe devrait passer de 52 députés dans la mandature européenne à 74 dans celle à venir. Cette poussée des Verts, en particulier en Allemagne, est sans doute liée à la dynamique actuelle au sein de laquelle les questions écologiques semblent, heureusement, devenues importantes.

Dans le sillage des multiples marches pour le climat, des grèves des lycéens ou encore de certaines actions intentées en justice contre des Etats à l’égard des questions écologiques, la problématique du changement climatique et de la menace d’une nouvelle grande extinction polarisent indéniablement l’attention – sans pour autant que les changements requis soient mis en œuvre pour le moment. Dès lors, les débats sur la pertinence et la nécessité de défendre un modèle décroissant semble revenir sur le devant de la scène, lui qui a été théorisé il y a déjà des décennies. Je crois pourtant que la décroissance, loin d’être une solution dans le cadre économique actuel, a toutes les chances d’être un leurre nous faisant perdre, encore, de précieuses années avant de faire advenir le changement de modèle économique plus urgent que jamais.

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#NeRestePasATaPlace ou le piège du néolibéralisme

Il y a plusieurs semaines, un mot-dièse a fait son apparition sur les réseaux sociaux, en particulier sur les Twitter. Porté notamment par Rokhaya Diallo avec son livre, le #NeRestePasATaPlace a eu une renommée aussi puissante qu’éphémère dans certains cercles de la société. L’on pourrait dès lors se dire qu’il n’est pas bien intéressant de revenir sur celui-ci. Je crois pourtant qu’il est important de tenter d’en faire, en quelque sorte, l’exégèse dans la mesure où le surgissement de ce mot-dièse me semble dire beaucoup de choses sur la société dans laquelle nous vivons, particulièrement en raison du fait que cette mode – le mot ne me semble pas exagéré ou usurpé – en dit très long sur la victoire intellectuelle du néolibéralisme.

Au moment de l’apparition de #NeRestePasATaPlace, Anasse Kazib avait publié un coup de gueule que j’avais trouvé excellent en cela qu’il parvenait bien à capter l’air du temps, le fameux Zeitgeist, à propos de cette expression. Il importe désormais, selon moi, de pousser l’analyse encore plus loin afin de tenter de démontrer à quel point ce mot-dièse est un concentré de ce que nous propose le néolibéralisme. Il ne s’agit évidemment pas de fustiger celles et ceux qui ont raconté leur cheminement personnel à travers cette dynamique et qui peuvent être autant d’éléments d’inspiration possible pour beaucoup – et ce, d’autant plus que, comme Anasse, il y a quelques années j’aurais pu prendre la plume fictive pour prendre part à cela – mais bien plus d’essayer de montrer à quel point le discours néolibéral nous a contaminés à grande échelle et comment un tel mot-dièse peut être très pervers. Que celles et ceux qui y ont participé n’en prennent pas ombrage, il ne s’agit pas d’attaques ad hominem mais bien plus d’une tentative de déconstruction de certains des messages les plus néfastes du capitalisme néolibéral.

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Le lien abstention-désintérêt en quelques lignes

Avant-hier, nombreux ont été les analystes à se réjouir d’une baisse de l’abstention par rapport aux dernières élections européennes. S’établissant à 49,88% alors que l’on attendait une abstention record – il est d’ailleurs assez drôle de constater que les mêmes sondeurs qui prévoyaient ce chiffre record étaient invités à commenter le chiffre de dimanche comme si de rien n’était, un peu comme les économistes qui jugeaient la crise de 2007-2008 impossibles ont été ceux à qui l’on a demandé d’expliquer les raisons de ladite crise – l’abstention a été brandie comme la preuve d’une vivification de « l’esprit citoyen » et tant pis si près d’un Français (inscrit sur les listes électorales) sur deux ne s’est pas déplacé.

Par-delà la question du chiffre en lui-même, la notion d’abstention est probablement devenue l’une de celles les plus débattues dans le débat politique et les abstentionnistes un sujet de discussion à part entière. Il n’est finalement guère étonnant d’assister à cet état de fait dans la mesure où les taux d’abstention atteignent des niveaux de plus en plus élevés (quand bien même l’abstention de dimanche est la moins élevée depuis 1994 pour des élections européennes) et semblent se stabiliser autour des 50% hors élection présidentielle. Dès lors, nombreux sont les analystes ou éditorialistes à définir l’ensemble des abstentionnistes comme des personnes n’ayant aucun intérêt pour la politique et, par conséquence, à tenter de faire croire que lesdits abstentionnistes n’ont pas leur mot à dire puisqu’ils ne votent pas.

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Donald Jr. Trump et l’autre complotisme

La date du 18 avril 2019 avait été cochée depuis longtemps par certains des plus farouches opposants de Donald Jr. Trump. Ce jour devait effectivement marquer l’anéantissement du président étatsuniens selon eux. Depuis des semaines, des mois, des années, les soupçons de collusion entre Trump et la Russie – ou a minima de dépendance très forte du magnat immobilier devenu président à l’égard des services russes – étaient effectivement le principal argument de ceux qui remettaient en cause son élection. Dans cette optique, le procureur spécial Mueller était devenu le bras armé de toute une foule de personnes persuadées voire convaincues que Trump tomberait. Le rapport Mueller était, en toute logique, censé démontrer la nocivité de Trump à l’égard des intérêts des Etats-Unis, il était vu comme la meilleure des armes pour pulvériser un président qu’ils méprisent et qui les méprise, il devait – dans le moins favorable des cas selon eux – discréditer définitivement leur ennemi et pouvait aboutir à la mise en place d’une procédure d’impeachment.

Il n’y avait guère de doutes selon les contempteurs de Trump, il s’était compromis avec les Russes et il allait enfin payer le prix de sa félonie, si bien que tous semblaient alors être devenus des docteurs ès Kompromat (cette pratique russe visant à rendre redevable des personnalités influentes afin d’en tirer des avantages de toutes sortes). Pourtant, le 18 avril dernier il n’en fut rien, le rapport Mueller concluant que rien ne justifiait de telles accusations. En d’autres termes, ce sont bien l’hystérie et le complotisme qui se sont emparés de ceux qui se présentent volontiers comme le cercle de la raison – des Démocrates de l’aile droite aux plus grands noms de la presse étatsunienne en passant par tout un tas de chroniqueurs des plus grands talk-shows. En réalité, toute cette enquête autour de Trump et de sa compromission avec les Russes en même temps que les conclusions tirées en auront dit bien plus long sur ce fameux cercle de la raison que sur un président qui, nous y reviendrons, doit être critiqué sur bien d’autres choses que ce complot inventé de toutes pièces ou presque.

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