L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

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Le travail détaché en quelques lignes

Voilà plus d’un an que la France est le théâtre de mouvements sociaux que l’on croyait condamnés aux livres d’histoire. En effet, depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, rien ne semblait pouvoir freiner sa marche néolibérale et autoritaire – avec la réforme du statut de cheminots comme symbole de cette toute puissance. Pourtant, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes (même si, logiquement avec sa longévité, il tend à s’essouffler) et le lancement de la grève illimitée contre la réforme des retraites sont venus rappeler avec force à quel point la base sociale de ce pouvoir était minime. S’il serait présomptueux de dire que ces deux éléments ont fait reculer le monarque présidentiel, il est évident qu’ils ont enfoncé un coin dans l’impression de toute puissance du locataire de l’Elysée.

Ce qui, disons les choses clairement, est assez surprenant dans les deux mobilisations réside principalement dans l’absence de griefs à l’égard de l’Union Européenne ou plus largement d’un système néolibéral globalisé – ce qui en dit long sur l’exploit réalisé par Emmanuel Macron, celui de concentrer tous les griefs. Placé au cœur des revendications, la question du pouvoir d’achat est pourtant intimement liée à bien des prérogatives de l’UE si bien que ne pas en parler du tout revient, me semble-t-il, à passer à côté de tout un pan du problème. Parmi ces diverses prérogatives directement liées à la question du pouvoir d’achat, la question du travail détaché n’est pas la moindre.

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La radicalité en quelques lignes

A l’orée d’un mouvement social qui s’annonce massif, les sempiternels éléments de langage pour disqualifier la contestation sociale sont utilisés par le pouvoir et sa majorité. Présentées comme des archaïques ou des défenseurs des inégalités – oui aussi fou que cela puisse paraitre – les personnes qui vont se mobiliser jeudi prochain (et, espérons-le, les jours suivants) sont diabolisées par le gouvernement et sa majorité fantoche pour mieux éviter de parler du fond de la réforme à venir. Il n’est guère surprenant de voir cette stratégie à l’œuvre dans la mesure où c’est celle qui est utilisée depuis des décennies. Depuis l’émergence et l’élection d’Emmanuel Macron, cette stratégie est toutefois portée à incandescence.

Se présentant comme le rempart aux populistes et aux radicaux – dans un exercice de confusionnisme dont il est coutumier – le nouveau monarque présidentiel use de cet argument ad nauseam. Par-delà le confusionnisme ambiant qu’induit une telle stratégie, il est chaque jour plus important de clarifier les termes et notions utilisées. Si mal nommer un objet revient à ajouter au malheur du monde selon la si belle phrase d’Albert Camus, c’est peu dire que la confusion qui règne autour de la notion de radicalité ajoute au malheur du monde par wagons entier. Il me semble que l’utilisation de la notion de radicaux pour discréditer l’opposition révèle en réalité bien plus sur ceux qui utilisent cet argument que sur ceux qui en sont la cible.

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Ouvrir enfin le livre noir du capitalisme

Il y a quelques semaines le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin fut commémorée. L’anniversaire de ce qui a sans doute été l’évènement géopolitique le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a, sans surprise aucune, été l’occasion pour l’ensemble ou presque des éditorialistes dominants que compte ce pays – tous acquis à la doxa capitaliste et néolibérale – de célébrer à grands renforts de superlatifs la suprématie de l’économie de marché et, surtout, de fustiger toutes les alternatives au capitalisme. Effectivement, comme il est de coutume dès lors que ces personnes abordent la question de l’URSS, ils se sont emparés de l’occasion pour appeler une énième fois à ouvrir le livre noir du communisme, une manière de rappeler selon la célèbre formule thatchérienne qu’il ne saurait y avoir d’alternative au capitalisme néolibéral financiarisé.

Bien qu’éculé et utilisé de manière quasi sempiternelle, cet argument a une nouvelle fois fait florès pendant un mois (il n’y a qu’à voir la réception faite à l’article du Monde diplomatique traitant de la réunification à marche forcée de l’Allemagne). Evidemment, l’on pourrait voir dans cette séquence une preuve nouvelle, s’il en fallait, de la suprématie actuelle de ce modèle économique. Je crois pourtant que la logique qui sous-tend ce concert de perroquets révèle bien plus les fragilités actuelles du modèle capitaliste néolibéral. A l’heure où des révoltes éclatent un peu partout sur la planète et que la réponse du capitalisme est de montrer les crocs de plus en plus autoritaires, il est effectivement important pour les laudateurs de ce système de discréditer toutes les alternatives. C’est précisément pour cette raison qu’il est de plus en plus urgent d’ouvrir le livre noir du capitalisme, qui est tout autant sinon (de manière très probable) plus fourni que celui concernant l’URSS.

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Les populismes en quelques lignes

A quelques jours d’une mobilisation sociale qui s’annonce extrêmement suivie et à quelques mois d’élections municipales qui ont toutes les chances de se révéler très difficiles pour le pouvoir en place, il y a de fortes chances que La République en Marche et toute la galaxie qui gravite autour d’elle use et abuse à nouveau de l’argument affirmant qu’Emmanuel Macron et ses affidés sont les remparts contre les populismes et contre ceux qui ne veulent pas avancer. C’est effectivement en grande partie l’argumentaire qui avait été utilisé en 2017 pour tenter de se distinguer des autres forces politiques, à savoir se présenter comme le mouvement modéré, tempéré au contraire de ses adversaires alors même que le monarque présidentiel ne représente rien d’autre que l’extrême-centre qui n’est pas le moins forcené des extrémismes.

Il faut dire que la caste au pouvoir peut profiter de l’intérêt que suscite le concept de populisme en même temps que la grande confusion qui règne autour de ladite notion pour amalgamer tout et n’importe quoi. Il n’est effectivement pas rare de voir la carte populisme être brandie pour discréditer tous les mouvements qui s’opposent au pouvoir en place un peu comme si tous les populismes se valaient, c’est clairement l’option argumentaire choisi par la camarilla au pouvoir pour ne pas avoir à discuter du fond. D’une certaine manière, le terme de populisme est devenu une sorte de nouveau point Godwin que l’on utilise pour mettre un terme à la discussion en présentant son interlocuteur sous les traits d’un affreux réactionnaire qui ne veut pas avancer. Il devient, je crois, plus que temps d’avoir une approche rigoureuse de ce concept.

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La démocratie athénienne en quelques lignes

Samedi, un peu partout en France les Gilets jaunes ont célébré le premier anniversaire de leur mouvement. Le 17 novembre 2018 a, effectivement, marqué le premier acte d’un mouvement qui, s’il a indéniablement perdu en intensité, est encore présent dans la société et qui, surtout, a toutes les chances de voir ses répercussions demeurer présentes bien longtemps dans le pays tant les causes qui ont mené à son surgissement sont encore là. Rapidement, en effet, les Gilets jaunes ont émis d’autres doléances que le simple retrait de la taxe carbone. Ce que certains avaient au départ pris pour une jacquerie fiscale, en tentant de circonscrire les revendications à ce seul domaine, s’est rapidement mué en une aspiration farouche à une plus grande démocratisation et une féroce critique du système représentatif dont la défense du RIC est certainement le symbole le plus patent.

En convoquant le passé – l’on se souvient de ce drapeau présent sur les Champs Élysées qui en plus de reprendre le bleu, blanc, rouge était orné de trois étoiles (1789, 1968, 2019) comme pour mieux affirmer le caractère révolutionnaire que voulaient se donner les Gilets jaunes – le mouvement ne s’est pas privé de porter aux nues le système athénien et sa démocratie supposée parfaite, c’est le lieu commun largement partagé dès que l’on évoque l’Athènes antique. La démocratie athénienne n’était pourtant pas aussi parfaite que ce que l’on imagine souvent, si bien que cette nostalgie s’apparente presque à une réminiscence de cette croyance en un âge d’or fantasmé.

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Après le 10 novembre, éviter l’impasse

Il se pourrait bien que lorsque l’on se penchera sur les années 2010-2020 avec un peu de recul, le 10 novembre 2019 fasse figure de point de bascule. Dimanche dernier, une marche importante sinon massive a effectivement eu lieu dans Paris à l’appel d’un certain nombre de personnes après une tribune publiée dans Libération. Malgré, nous y reviendrons, la diabolisation effrénée qui a précédé la manifestation, malgré les divisions à gauche à son propos, malgré le fait qu’il s’agissait d’une première édition, l’on peut parler d’une réussite. Ceci est sans doute le signe de l’atteinte d’une forme de seuil, du type dont parle Frédéric Lordon dans Les Affects de la politique, ces franchissements qui précipitent des changements importants.

L’atmosphère hystérique du pays à l’égard de l’islam et des musulmans s’est en effet accentuée depuis quelques semaines, du discours d’Eric Zemmour appelant à la guerre civile à mots à peines voilés à l’interview d’Emmanuel Macron à Valeurs Actuelles en passant par l’appel à une société de surveillance ou l’humiliation devant son fils d’une mère portant le voile accompagnatrice d’une sortie scolaire sans parler des tirs essuyés par une mosquée à Bayonne. Faut-il pour autant se contenter de la marche de dimanche ? Je ne le crois pas, je suis au contraire de ceux qui considèrent que celle-ci, pour paraphraser Churchill, n’est ni la fin ni même le début de la fin, tout juste est-ce peut-être la fin du début, et encore. Il s’agit donc d’accentuer le mouvement en l’élargissant et en permettant ainsi une réponse globale à l’attaque menée par la caste néolibérale au pouvoir depuis des décennies dans ce pays et qui n’a de cesse d’agiter le chiffon musulman pour faire passer sa casse sociale.

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