Black blocks et cortège de tête, symboles de la mutation du mouvement social ?

Le rassemblement du 1er mai dernier a de nouveau été marqué par des affrontements entre forces de l’ordre d’une part et manifestants autonomes d’autre part. Comme lors du 22 mars et comme lors de l’ensemble ou presque des manifestations depuis deux ans, le cortège de tête, celui qui marche devant le carré syndical, a vu ses rangs se garnir. Après le 1er mai – comme souvent – les médias ont tourné en boucle sur le cortège de tête, les black blocks et les dégradations commises (le 1er mai c’est le McDonald’s situé boulevard de l’Hôpital qui a été attaqué, le 22 mars un LCL l’avait été).

Rares sont les sujets où l’ensemble de la classe politique tonne d’une même voix. Dans le cas de ces dégradations pourtant tous les représentants politiques ou presque ont le même discours. Si certains fustigent la supposée impunité des black blocks en attaquant l’Etat, à la gauche de l’échiquier politique la condamnation des « casseurs » a été unanime parfois de manière bien peu convaincante parfois avec des arguments plus recevables (comme ceux de François Ruffin par exemple). Dépeints en affreux vandales n’ayant aucun autre objectif politique que de semer la terreur et le chaos, les black blocks peuvent pourtant être vus comme l’un des symboles de la mutation du mouvement social. Lire la suite

L’affaire GL Events ou le quadruple symptôme

Hier marquait le premier anniversaire de la victoire d’Emmanuel Macron lors du second tour de l’élection présidentielle de 2017. L’heure est donc actuellement au bilan de cette première année de présidence du nouveau monarque présidentiel. Il faut dire que le successeur de François Hollande a mené sa cure néolibérale au pas de charge au cours de sa première année de présidence. Ordonnances pour démanteler le code du travail, suppression de l’ISF, volonté de livrer à terme la SNCF à la privatisation, Emmanuel Macron a pour coutume d’attaquer sur plusieurs fronts si bien que l’opposition incarnée par la France Insoumise ou le mouvement social qui semble prendre forme a toutes les peines du monde à contrer de manière efficace la politique gouvernementale.

Ce qui est évident, en revanche, c’est que Macron et son gouvernement ont rapidement clarifié les choses – ou plutôt les décisions prises ont servi à les clarifier. Après avoir fait campagne sur son fameux « en même temps », le locataire de l’Elysée mène très clairement depuis un peu moins d’un an une politique de droite dans tous les domaines. Libéralisation accrue de l’économie, politique conservatrice sur les questions sociétales, défense des puissants et possédants, écrasement des plus dominés de cette société tel est le constat d’un an de présidence Macron. Tout acquis à sa croyance de puissance absolue, le monarque présidentiel suscite des ressentiments qui ne font que s’accroître et dont l’affaire GL Events pourrait constituer un seuil franchi tant elle est révélatrice de bien des fléaux qui frappent le pays. Lire la suite

Lafarge, révélateur de l’hypocrisie vis-à-vis du terrorisme

La semaine dernière, nous apprenions que Vincent Bolloré était en garde à vue pour des soupçons de corruption dans l’obtention de juteux contrats sur des ports africains. Si cette information a surpris, c’est assurément et avant tout parce que s’il est une chose qui parait absolument constante et invariable, c’est l’impunité de ces grands industriels et de ces grandes entreprises. Qu’ils s’agissent de corruption ou de fraude fiscale, il est en effet bien rare que ces pontes se retrouvent par être réellement mis en face de leurs responsabilités. Alors en apprenant cette garde à vue il va sans dire que beaucoup pensaient qu’il ne s’agissait que de gesticulations pour reprendre un terme utilisé de manière bien malheureuse ces derniers jours.

Pourtant, à l’issue de la garde à vue nous apprenions que celle-ci avait débouché sur la mise en examen de l’industriel breton. De là à y voir la fin de l’impunité des puissants il n’y a qu’un pas, que je me garde bien de franchir. Tout juste peut on y voir l’amorce potentielle d’une prise de conscience plus globale et une première brèche battue dans le mur de leur impunité. Toutefois, il serait naïf et bien indécent de crier victoire après une telle information. Dans le même temps, en effet, la procédure à l’encontre du groupe Lafarge traine en longueur quand bien même Libération a fait des révélations chocs ces derniers jours affirmant que les services secrets étaient au courant des versement du cimentier à Daech. En ce sens, il me semble que le cas Lafarge est à la fois un symbole de cette impunité en même temps qu’un révélateur de l’odieuse hypocrisie vis-à-vis du terrorisme dans notre pays. Lire la suite

Interview face à Plenel et Bourdin, le pari gagnant de Macron

Il y a un peu moins d’un an, le 5 mai 2017 plus précisément, Emmanuel Macron s’engageait sur le plateau de Mediapart à revenir chaque année sur le plateau en cas d’élection. Cet engagement se voulait être la preuve d’une prise de conscience des conditions exceptionnelles dans lesquelles il allait être élu – en face de Marine Le Pen, grâce à un vote de résignation bien plus que d’adhésion. Presqu’une année après son accession au pouvoir, le désormais président de la République a répondu à Messieurs Plenel et Bourdin dans une très longue interview diffusée tout à la fois sur BFM TV et Mediapart.

Il y a un peu plus d’une semaine donc, le successeur de François Hollande s’est plié à l’exercice après avoir répondu aux questions de Jean-Pierre Pernault quelques jours plus tôt. C’est peu dire que cette interview était attendue tant les profils des deux intervieweurs sortaient du ronronnement habituel. On pouvait, en effet, s’attendre à voir un Emmanuel Macron en difficulté face aux saillies de Jean-Jacques Bourdin, on pouvait s’attendre à voir le monarque présidentiel ébranlé par le travail de fond de Mediapart, on pouvait en bref s’attendre à voir vaciller celui qui semble ne rien craindre depuis son élection. En somme, du côté des intervieweurs comme de celui de l’interviewé, cet entretien avait tout du pari et il ne me parait pas absurde dire que Monsieur Macron ressort gagnant dudit pari. Lire la suite

Arnaud Beltrame, Mireille Knoll et les forces du manichéisme

Il y a quelques semaines, notre pays a été endeuillé par l’attentat de Trèbes et le meurtre de Mireille Knoll à Paris. Cette semaine sanglante a été symbolisée par le visage de deux victimes pour des raisons différentes. Mireille Knoll tout d’abord, cette vieille femme juive, a provoqué l’émotion d’une immense majorité des Français tant son meurtre ou son assassinat – la justice aura la charge de le définir – a marqué par sa violence et ses circonstances (le fait que le meurtrier/assassin présumé connaissait sa victime notamment). Arnaud Beltrame a lui marqué la France en raison de son héroïsme. En choisissant d’échanger sa vie contre celle d’une personne otage du terroriste, le colonel a, comme l’a bien exprimé Jean-Luc Mélenchon à l’Assemblée nationale, inversé la symbolique que voulait porter le terroriste.

Si l’émotion fut unanime, celle-ci a rapidement été chassée par des débats et mesquineries politiciennes. Le rassemblement qu’aurait pu appeler de tels événements a prestement été remisé au placard en raison des paroles, des actes et des décisions de toute une galaxie de personnes n’hésitant pas, tels des charognards, à faire leur beurre sur le dos de dépouilles encore chaude. Il est assez dramatique de constater que les mois passent, que les évènements se reproduisent et que certains continuent à mener cette politique de la terre brûlée qui n’a aucun respect pour les victimes et ne vise qu’à diviser pour mieux faire avancer ses vues politiciennes de bas étage. Lire la suite

Lettre ouverte d’un descendant de l’immigration aux députés LREM

Chers députés La République en Marche, j’ai quelque peu hésité avant de vous écrire ces quelques lignes. J’ai hésité non pas en raison de je ne sais quelle pudeur ou appréhension, après tout dans un système qui se veut démocratique il est tout à fait normal que les citoyens puissent interpeller les députés qui sont, dans les institutions françaises, les représentants du peuple. Si j’ai hésité, c’est assurément bien plus en raison du caractère sans doute inutile qu’aura cette missive. Je doute fort que l’un d’entre vous la lise et quand bien même cela arriverait, il est peu probable que celle-ci influe sur votre vote à propos de la loi asile et immigration présentée et défendue par Gérard Collomb ce jour-ci à l’Assemblée.

C’est en effet à propos de cette loi que je souhaite vous interpeller, cette fameuse loi selon laquelle, si on écoute les éléments de langage du gouvernement, l’Etat français agira désormais avec fermeté et humanité à propos des exilés. La fermeté, on la voit à l’œuvre depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron et la nomination de Gérard Collomb place Beauvau. Toutes les associations venant en aide à ces pauvres hères dénoncent d’une seule et même voix les pratiques inhumaines que font subir les forces de l’ordre à ceux qui, bravant la peur, regardant la mort en face et n’ayant souvent pour bagages que leurs enfants, tentent non pas de trouver une meilleure vie ailleurs que dans le pays qui les a vus naitre mais simplement de trouver une vie moins pire si vous me permettez cette faute de français.

Cette loi asile et immigration n’est en réalité qu’une manière d’expulser de plus en plus de monde. Sous couvert d’efficacité, le mot que votre président utilise avec tant d’outrance qu’il finit par le dénaturer, elle organise le traitement inhumain de personnes à qui l’on retire toute dignité. Cette loi est l’une des victoires intellectuelles les plus probantes de l’extrême-droite. Voter en faveur de celle-ci dans l’hémicycle c’est se ranger au côté de ces idées rances et pestilentielles. Il n’y a aucune modernité à traiter des êtres humains qui fuient la guerre, les menaces ou la misère comme la lie de l’humanité qu’il faudrait s’empresser d’expulser. Il n’y a aucune modernité à rallonger la durée de détention en centre de rétention administratif. Aucune modernité à enfermer des enfants. Aucune modernité à laisser des femmes, des hommes et des enfants traverser les Alpes pieds nus au péril de leur vie. Aucune modernité à soutenir la mise en place d’un délit de solidarité dont la formulation même est une obscénité et une insulte à notre intelligence et à notre humanité. Là où vous et vos ministres voient de la modernité, de l’efficacité, du pragmatisme ou de l’équilibre, je ne vois que l’archaïque loi du plus fort et l’expression de l’inhumanité de l’être humain. Après avoir détruit directement ou indirectement ces pays, voilà la France, la soi-disant patrie des droits de l’Homme, qui fait tout pour martyriser ceux qui fuient le désastre.

Bien sûr, il est des points sur lesquels nous ne serons jamais d’accord. Vous avez été élus sur une ligne néolibérale quand je suis volontiers un critique acharné du capitalisme. D’ailleurs je ne cherche pas à vous interpeller sur les sujets économiques ou sociaux, parce que nos positions sont à des années lumières. Je dois pourtant admettre que je vous pensais libéraux sur tous les plans, économique et politique. Je ne croyais pas qu’une fois au pouvoir vous voteriez le doigt sur le pantalon des lois mettant à mal les droits humains ou la démocratie. Je sais bien que, pour beaucoup d’entre vous, vous ne devez votre élection qu’à la figure d’Emmanuel Macron accolée à la votre sur les affiches électorales lors de la campagne législative mais tout de même, avez-vous à ce point perdu tout sens et esprit critiques ?

Le gouvernement que vous soutenez ou vous-mêmes, vous utilisez jusqu’à la nausée l’argument du courage. Lorsque vous menez des coupes budgétaires vous nous affirmez qu’il s’agit là de courage. Lorsque vous mettez en place des mesures impopulaires parce que destinés aux plus riches, le courage est encore convoqué. L’on pourrait entrer dans des débats philosophiques sur ce qu’est la notion de courage et ce qu’elle n’est pas mais je me contenterai d’en donner une approche. A mes yeux le courage c’est aussi et peut-être avant tout de se lever contre quelque chose qui nous parait injuste et ce, peu importe les conséquences. Récemment votre patron, Richard Ferrand, a menacé d’expulsion de manière à peine voilée ceux qui seraient tentés de ne pas voter le projet de loi dont il est question dans cette lettre. Sans doute un nombre important d’entre vous a été sensible à cette menace mais il me semble précisément que le courage c’est de refuser le diktat que tentent de vous imposer les caciques de votre parti et le gouvernement pour voter en votre âme et conscience. Vous avez signé une charte en vous portant candidat je le sais bien mais celle-ci ne vaut rien aux yeux de notre constitution puisque nul mandat ne saurait être impératif et c’est vous, et vous seuls, qui décidez de ce que vous votez. Ce que vous déciderez en ce lundi 16 avril 2018 vous définit. Aurez-vous le courage de vous lever contre ce texte inique et inhumain ou bien consentirez-vous à vous asseoir à la table de l’extrême-droite par pusillanimité ? Je ne m’adresse bien sûr ici qu’à ceux d’entre vous qui ne partagent pas les idées de ce texte mais qui par peur ou fidélité ont l’intention de voter cette loi. Ceux qui sont en phase avec ces idées nauséabondes ne m’intéresse pas.

L’un des principaux arguments de Gérard Collomb pour défendre son texte face à la fronde naissante au sein de votre groupe a été d’utiliser le fameux principe de réalité. Pour être honnête, le recours à ce principe est une constante depuis votre accession au pouvoir et, comme je l’ai déjà écrit, ce n’est pas du réel dont vous nous parler en l’utilisant mais bien plus du Réel, ce concept fantasmé qui nie totalement la réalité des choses. Le principe de réalité, plutôt que de le brandir en étendard ou en oripeaux, choisissez de vous y confrontez comme l’ont fait certains d’entre vous en allant visiter des centres de rétentions. Allez donc voir à Stalingrad la misère et le désespoir de ces pauvres âmes, passez donc une nuit avec eux, aidez-les et vous comprendrez que le principe de réalité ce n’est pas des chiffres froids et des tableaux Excel comme le prétend Monsieur Collomb. Je vous le répète, ce que vous ferez aujourd’hui vous définira. L’on n’est pas progressiste ou humaniste parce qu’on le proclame. On le devient en agissant en accord avec ces doctrines. Nul discours, nul repentir, nul remord ne pourra effacer ce que vous ferez en votant en faveur de cette loi, elle vous définira pour le reste de votre vie en vous plaçant du côté de l’oppresseur. Et surtout n’oubliez pas, nous sommes tous des immigrés.

Marseille au bord de la rupture ? (3/3): demain, c’est loin ?

Politique versus politiques

 

C’est une constante qui n’est pas propre à Marseille mais à l’ensemble de la France : les commentateurs et observateurs s’empressent de parler de dépolitisation des populations dès lors que les taux d’abstention bondissent. La caste politicienne use allègrement de ce vocable pour mieux expliquer que ceux qui ne se rendent pas aux urnes n’ont que faire de la politique. Bien sûr dans leur bouche le terme de politique ne recouvre que leur petit marigot, en somme la politique politicienne. Il est d’ailleurs assez dramatique que ce terme désigne deux sens aussi éloignés : d’un côté les petites tambouilles et la course aux suffrages qui mène au clientélisme le plus acharné, de l’autre la vie de la Cité. Parce que le fond du problème sur cette question est bien là, la notion de politique a été préemptée par les politiciennes et politiciens professionnels qui en ont fait leur métier. La rhétorique sur la dépolitisation n’est donc pas anodine puisqu’elle permet tout à la fois l’infantilisation et la domination arbitraire de cette caste. Puisque vous ne vous intéressez pas à la politique on va la mener pour vous, voilà en somme ce qui se cache derrière le concept fourre-tout et fumeux de la dépolitisation. Concept qu’il est urgent de déconstruire, particulièrement à Marseille. Lire la suite