Le vote sanction en quelques lignes

Le cheval de Troie – Tiepolo

Il y a une dizaine de jours, le second tour des élections municipales s’est tenu. Forcément particulier en raison de la pandémie du Covid-19, celui-ci n’a pourtant pas empêché l’extrême-majorité des commentateurs politiques de tirer de grandes conclusions sur ce scrutin marqué par une très forte abstention et la longue période séparant les deux tours. Comme à l’accoutumée, les résultats ont bien souvent été lus à l’échelle nationale et non pas locale. Sur les différents plateaux TV, les responsables politiques invités ont quasiment tout le temps débattu sur le fait de savoir si les résultats s’apparentaient à un vote sanction pour Emmanuel Macron ou pas.

Sans surprise, l’ensemble des membres de la majorité présidentielle ont expliqué qu’il fallait lire dans le scrutin municipal une multitude de résultats locaux quand les opposants affirmaient que les résultats étaient clairs et venaient sanctionner le président de la République. À chaque scrutin local (municipales, départementales, régionales) nous avons droit à la même rengaine sur le vote sanction, les seuls éléments qui changent sont les personnes qui défendent l’idée selon laquelle le pouvoir a été désavoué par les résultats locaux. L’on pourrait voir dans ces sempiternelles discussions la simple preuve de la langue de bois des responsables politiques, je crois pourtant que le problème est plus profond.

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Le travail en quelques lignes

Le semeur – Vincent Van Gogh

Déjà présent durant le confinement, le discours sur la nécessité de remettre les Français au travail a encore gagné en puissance depuis la fin de celui-ci. Tant au gouvernement qu’au MEDEF – mais faut-il encore séparer les deux entités ? – ces mots reviennent comme des annonces lancinantes : pour relancer l’économie il va falloir faire des efforts et donc travailler plus encore qu’avant. Par-delà l’occasion que veulent saisir les possédants et les néolibéraux de mettre une nouvelle fois au pas la grande majorité de la société, il faut je crois s’interroger sur cette notion de travail que répètent presque machinalement tous les pouvoirs de droite ou de gauche de droite qui se succèdent à la tête du pays depuis des décennies.

Derrière la volonté vorace d’augmenter (ou de préserver dans la situation actuelle) les profits des plus puissants de la société, cette manière de faire coïncider la notion de travail avec sa seule expression capitaliste et marchande n’est pas le dernier des outils employés par le bloc bourgeois au pouvoir pour dominer le reste de la société. La question du travail est effectivement l’une des questions centrales dans l’organisation de la société et donc de la répartition du pouvoir dans cette dernière.

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Le mode de scrutin PLM en quelques lignes

Marseille, le Vieux- Port -Paul Signac

Dimanche, une bonne partie des communes françaises éliront leur équipe municipale pour les six années à venir – un certain nombre des communes du pays, principalement les moins peuplées, l’ont fait dès le premier tour. S’il existe une différence dans le mode de scrutin entre les communes de moins de 1 000 habitants et les autres, une autre variation est présente pour Paris, Lyon et Marseille. Cet état de fait semble souvent oublié tant par les sondeurs que par les analystes politiques qui fondent leur commentaire sur des sondages globaux, faisant ainsi fi du mode de scrutin très particulier qui régit les élections municipales pour les trois plus grandes villes françaises.

Mise en place en 1982 par Gaston Deferre alors ministre de l’Intérieur et maire de Marseille (ce qui peut interroger), la loi relative au statut électoral de Paris, Lyon et Marseille s’inscrivait dans le contexte de décentralisation. Contrairement aux autres communes de plus de 1 000 habitants, le trio PLM n’élit pas une seule liste mais plusieurs. Dans chaque arrondissement pour Paris et Lyon ou secteur (regroupant chacun deux arrondissements) pour Marseille, une liste est élue et la mairie d’arrondissement ou de secteur envoie un certain nombre de conseillers municipaux à la mairie centrale, ce qui change beaucoup de choses.

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Les conquis sociaux en quelques lignes

La Mémoire De Boris Mikhaïlovitch Koustodiev – Boris Kustodiev

Stoppée nette par la pandémie du Covid-19, la réforme des retraites, défendue par le pouvoir en place et tout ce que ce pays compte de néolibéraux, pourrait bien revenir par la fenêtre avec la fin de la crise sanitaire. À en croire certains médias et à entendre les interventions des députés LREM qui écument les plateaux télé, l’objectif d’Emmanuel Macron et de sa majorité parlementaire fantoche est bien celui de tout de même mettre en place une réforme vertement critiquée et ayant largement mobilisé contre elle. Nous sommes bien loin d’un quelconque virage social que d’aucuns tentent de nous vendre ou même de la moindre inflexion d’un pouvoir qui ne mène rien d’autre qu’une politique de classe.

Face à cette offensive globale qui a toutes les chances de se remettre à fonctionner à plein régime aussitôt que la crise sanitaire sera dépassée, la lutte est bien évidemment la seule option si l’on souhaite conserver ce conquis social que sont les retraites par répartition. Trop souvent, les médias dits dominants et même les sphères de la gauche ont tendance à appeler « acquis sociaux » les éléments qui constituent le modèle social français. Il me semble qu’il est plus que temps de récuser cette appellation qui incite, je crois, à s’endormir sur nos lauriers et nie totalement le caractère éminemment conflictuel des périodes où ces conquis ont été arrachés au patronat.

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La Sécurité sociale en quelques lignes

Le serment des Horaces – Jacques Louis David

Dans l’immense crise sanitaire qui a frappé la planète, certains pays s’en sont mieux sortis que d’autres. L’on pense spontanément à certains pays asiatiques comme la Corée du Sud ou Taïwan qui, sans avoir à pratiquer un confinement strict, ont réussi à limiter le nombre de victimes. Au sein du Vieux-Continent, le pays qui a reçu le plus de lauriers est assurément l’Allemagne qui, même si la stratégie a pu être contestée par ses habitants, a réussi à relativement bien juguler l’épidémie sans appliquer un confinement aussi strict qu’en France, en Espagne ou en Italie. À l’autre extrême, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni font figure de mauvais élèves.

Si la gestion de la crise fut loin d’être optimale en France – multiples cafouillages, notamment sur la question des masques, injonctions contradictoires, etc. – le bilan n’a pas été encore plus dramatique que ce qu’il a été et nous le devons certainement au dévouement des personnels soignants et à la Sécurité sociale qui, dans notre pays, permet à chacun de se faire soigner sans qu’on lui demande sa carte bleue avant de rentrer à l’hôpital. Derrière les discours creux (et hypocrites) d’Emmanuel Macron sur les secteurs qui doivent être situés hors du marché, il faut je crois creuser la portée révolutionnaire et socialiste de la Sécurité sociale à la lumière du drame sanitaire que nous avons vécu dernièrement.

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La gratuité des transports en quelques lignes

La Nouvelle Moscou – Youri Pimenov

Sauf retournement de situation plutôt improbable à ce jour, dans quelques semaines (le 28 juin plus précisément), une bonne partie des Français sera appelée aux urnes dans le cadre du second tour des élections municipales – une bonne partie seulement parce que les communes ayant déjà élu un ou une maire au premier tour ne voteront bien évidemment pas. Hier soir à 18 heures les préfectures ont fermé leurs portes, marquant ainsi la fin du dépôt des listes pour ce second tour et il y a fort à parier que dans un certain nombre de grandes villes les sujets écologiques auront la part belle dans les débats.

Outre Grenoble déjà administrée par un maire écologique depuis 2014, Lyon ou Bordeaux pour ne citer qu’elles sont des villes ou EELV figure en relative bonne position et a de réelles chances d’accéder à la mairie centrale. Plus largement, la prise de conscience des problématiques environnementales pourrait pousser, dans les années à venir, bien plus loin le débat sur ces sujets là et la politique de transports publics est sans doute l’un des meilleurs atouts dans les mains des mairies pour agir concrètement pour l’écologie. Rendre gratuits lesdits transports serait effectivement à la fois une mesure environnementale et une mesure sociale.

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La théorie du ruissellement en quelques lignes

La grande vague de Kanagawa – Katsushika Hokusai

Depuis 2017 et son accession au pouvoir, Emmanuel Macron mène une politique de classe et d’attaque en règle contre le modèle social français. Démantèlement progressif des cotisations, destruction méthodique des protections des salariés dans le code du travail, volonté de mettre à mal les retraites, c’est bien à une attaque globale que nous assistons. En parallèle des efforts qu’il impose aux classes populaire et moyenne, le pouvoir accorde avantage sur avantage aux possédants et aux classes supérieures. Instauration d’un prélèvement forfaitaire unique (ou flat tax) sur les revenus du capitaux, suppression de l’ISF et autres cadeaux répondent à un objectif de bien commun si on écoute le monarque présidentiel et ses affidés.

Il y a quelques temps en effet, Monsieur Macron avait expliqué par une métaphore alpine – que bien des alpinistes ont d’ailleurs déconstruite – quelle était la vision qu’il adoptait en menant une telle politique. Evoquant les « premiers de cordée », le successeur de François Hollande avait affirmé que leur tomber dessus revenait à avoir des effets négatifs sur tous les autres, « ceux qui ne sont rien » comme il avait appelé quelques temps auparavant « ceux qui ne réussissent pas ». Cette vision qu’il a explicitée par cette métaphore n’est autre que la théorie du ruissellement (dite du trickle-down en version originale).

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Les salles de shoot en quelques lignes

L’entrée du port de Marseille – Paul Signac

Depuis quelques jours et la fin du confinement dans le pays, les débats sur la tenue ou pas du deuxième tour des élections municipales d’ici à la fin juin font rage. Alors que le conseil scientifique a récemment expliqué qu’il était encore trop tôt pour avoir une idée pertinente de la circulation du virus et donc de la possibilité de faire se tenir le scrutin, un certain nombre de maires ou de candidats ont effectivement appelé à l’organisation de ce scrutin avant les vacances d’été. Le corollaire de ces multiples appels est évidemment que d’aucuns ont recommencé à faire campagne.

Parmi les sujets qui vont certainement faire débat dans les grandes villes, l’on trouve en bonne place la question de la sécurité et plus précisément celle des trafics de drogue. Utilisée comme un commode épouvantail par bien des candidats et candidates, cette question est souvent liée à celle des salles de shoot. Prestement présentées par les candidats de droite ou d’extrême-droite comme le symbole du laxisme voire de l’angélisme des mairies de gauche ou apparentées, ces dernières sont pourtant selon moi l’une des manières de lutter contre le fléau d’un certain nombre de drogues dures, en particulier l’héroïne.

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La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

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Le cens caché en quelques lignes

S’il y a bien une constante dans la vie politicienne française, c’est le recours à la légitimation par le suffrage universel des gouvernants qui n’ont de cesse d’utiliser cet artifice quand bien même ils appliqueraient une politique allant à 180° de celle pour laquelle ils ont été élus. François Hollande fait bien évidemment figure d’exemple paroxystique de cette logique mais c’est bien plus largement le recours à l’argument selon lequel les élections régleraient tout qui est ici en cause. Le système institutionnel de la Vème République étant ce qu’il est, ces dernières sont effectivement le seul moment – hors exceptionnel referendum – où les citoyennes et citoyens sont appelés à s’exprimer, tout juste leur laisse-t-on le soin de choisir celles et ceux qui choisiront à leur place.

Cette vision de la vie institutionnelle et politique dans notre pays remonte à loin et l’on garde en mémoire les mots de l’abbé Sieyès pour qui « le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants » et qui était partisan d’un pouvoir exécutif très fort ainsi qu’en atteste sa participation active à l’organisation du coup d’Etat du 18 Brumaire. Dans cette histoire au long cours le suffrage censitaire – que la Constitution de l’an I prévoyait d’abolir si elle avait été appliquée – est l’un des outils principaux qui a permis jusqu’en 1848 et la proclamation de la IIème République de tenir à l’écart du vote la grande majorité de la population. Il serait, toutefois, bien peu rigoureux de croire que les pesanteurs d’un cens désormais caché n’existerait plus.

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