Donald Jr. Trump et l’autre complotisme

La date du 18 avril 2019 avait été cochée depuis longtemps par certains des plus farouches opposants de Donald Jr. Trump. Ce jour devait effectivement marquer l’anéantissement du président étatsuniens selon eux. Depuis des semaines, des mois, des années, les soupçons de collusion entre Trump et la Russie – ou a minima de dépendance très forte du magnat immobilier devenu président à l’égard des services russes – étaient effectivement le principal argument de ceux qui remettaient en cause son élection. Dans cette optique, le procureur spécial Mueller était devenu le bras armé de toute une foule de personnes persuadées voire convaincues que Trump tomberait. Le rapport Mueller était, en toute logique, censé démontrer la nocivité de Trump à l’égard des intérêts des Etats-Unis, il était vu comme la meilleure des armes pour pulvériser un président qu’ils méprisent et qui les méprise, il devait – dans le moins favorable des cas selon eux – discréditer définitivement leur ennemi et pouvait aboutir à la mise en place d’une procédure d’impeachment.

Il n’y avait guère de doutes selon les contempteurs de Trump, il s’était compromis avec les Russes et il allait enfin payer le prix de sa félonie, si bien que tous semblaient alors être devenus des docteurs ès Kompromat (cette pratique russe visant à rendre redevable des personnalités influentes afin d’en tirer des avantages de toutes sortes). Pourtant, le 18 avril dernier il n’en fut rien, le rapport Mueller concluant que rien ne justifiait de telles accusations. En d’autres termes, ce sont bien l’hystérie et le complotisme qui se sont emparés de ceux qui se présentent volontiers comme le cercle de la raison – des Démocrates de l’aile droite aux plus grands noms de la presse étatsunienne en passant par tout un tas de chroniqueurs des plus grands talk-shows. En réalité, toute cette enquête autour de Trump et de sa compromission avec les Russes en même temps que les conclusions tirées en auront dit bien plus long sur ce fameux cercle de la raison que sur un président qui, nous y reviendrons, doit être critiqué sur bien d’autres choses que ce complot inventé de toutes pièces ou presque.

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Nocivité du mécénat, le symptôme Notre-Dame-de-Paris

Il y a une dizaine de jours, sous les yeux à la fois médusés et effrayés d’un certain nombre de personnes – il n’y avait qu’à voir les quais de Paris envahis par les passants – en France et un peu partout en Europe, la cathédrale Notre-Dame prenait feu. Ce qui aurait pu n’être qu’une péripétie rapidement effacée par l’allocution alors prévue par Emmanuel Macron pour faire suite au grand débat s’est transformée en moment de grande dramaturgie quand la flèche de l’édifice s’est écroulée et que les sapeurs-pompiers de Paris ont exprimé leurs craintes quant à la possibilité d’un effondrement des deux beffrois de la cathédrale. Sautant sur l’occasion, le monarque présidentiel a surjoué la solennité et l’émotion, un peu comme si un attentat avait frappé le pays.

Dans les jours qui ont suivi, après que les sapeurs-pompiers ont réussi à circonscrire l’incendie et à limiter les dégâts – que les hommages leurs soient rendus – une course proprement indécente aux dons a vu le jour dans les cercles des grandes fortunes. Pinault, Arnault, Total, Bouygues, bien nombreux ont été les personnes ou entreprises les plus riches de ce pays à accourir pour participer aux différentes cagnottes mises en place pour financer la restauration de l’édifice. Atteignant rapidement plusieurs centaines de millions d’€, ces dons ont, me semble-t-il, agi comme une forme de franchissement de seuil, de la même sorte que ceux que Frédéric Lordon met en avant dans son excellent Les Affects de la politique. En se précipitant au chevet d’un édifice, certes historique et symbolique mais un édifice tout de même, toutes ces grandes fortunes n’ont fait que démontrer à quel point la problématique du mécénat et de son usage par les puissants était importante en cela qu’elle charrie de nombreuses questions centrales, allant de la question de l’imposition à celle du recul de l’Etat en passant par bien d’autres encore.

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La mise en scène de la vie quotidienne, symbole de notre aliénation

Une fois n’est pas coutume, c’est par un détour par le foot que j’aimerais introduire le sujet du jour. Il y a quelques semaines, en effet, l’attaquant italien de l’Olympique de Marseille, Mario Balotelli, a inscrit un but dans un match opposant son équipe à l’AS Saint-Etienne. Jusqu’ici rien d’anormal mais au moment de célébrer ledit but, l’attaquant a dégainé son téléphone pour se prendre en selfie et diffuser la joie collective en direct sur Instagram. Faisant ainsi écho aux milliers de supporters qui s’empressent de sortir leur téléphone pour filmer une action importante, Mario Balotelli a introduit dans l’enceinte du terrain la réalité quotidienne de ce que l’on peut placer sous le vocable de vie par procuration – comprenez qu’au lieu de profiter de l’instant présent, l’on se dépêche de filmer ou photographier ledit instant.

L’on pourrait ne voir dans cet épiphénomène que la célébration loufoque d’un joueur connu pour son excentricité. Je crois cependant que son acte permet d’ouvrir les portes d’une réflexion plus globale sur la question de la surveillance sociale et de la forte tendance du capitalisme à vouloir imposer des normes pour mieux marquer les déviants. Sans doute que l’une des grandes forces de ce système économique est qu’il a réussi à s’imposer dans toutes les sphères de la société ou presque, s’immisçant dans quasiment chaque portion de nos vies si bien que loin de se contenter de régir le monde de l’entreprise, il tend à se répandre partout en drainant avec lui sa matrice de pensée qui n’est autre que celle de l’aliénation.

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Pour une écologie sociale et radicale

Il y a quelques mois, la démission de Nicolas Hulot – quelque peut théâtralisée et vraisemblablement pensée par lui-même comme un moyen d’agiter les consciences – avait marqué les esprits. Bien que l’ex-ministre de la Transition écologique et solidaire n’ait pas marqué de son empreinte la politique du gouvernement auquel il appartenait en ne remportant presqu’aucun des arbitrages (a-t-il seulement tenté de le faire ?) dans lequel il était impliqué, sa démission en direct à la radio annoncée par une voix presque chevrotante a eu l’effet d’un coup de semonce pour beaucoup. Peut-être avons-nous vécu ce jour-là dans notre pays l’un de ces franchissements de seuil imperceptible capables d’entrainer des changements d’ampleur dont parle Fréderic Lordon dans Les Affects de la politique tant Nicolas Hulot est une figure de l’écologie en France.

Dans la foulée de sa démission, nous avons vu se multiplier les appels aux pétitions, aux marches pour le climat, etc., dans une tendance qui continue aujourd’hui encore. Je crois que le départ à la fin de l’été du ministre le plus médiatique et sans doute le plus populaire du gouvernement a, en même temps que dépouillé le pouvoir macroniste de ses oripeaux écologiques, marqué une forme de prise de conscience pour beaucoup que la situation était critique et qu’elle appelait à des choix radicaux. Pourtant, de la même manière que Nicolas Hulot s’est gardé d’aller jusqu’au bout de sa clarification lors de sa démission, il me semble que cette prise de conscience citoyenne qui semble poindre pourrait, si l’on manque le coche, se révéler être un écueil en cela qu’elle a toutes les chances de se transformer en prise de conscience perverse – au sens premier du terme à savoir ce qui semble de prime abord bénéfique mais se révèle finalement néfaste – si l’on refuse d’aller au bout de la logique et d’exprimer que le problème est bien le système économique régissant la planète.

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Conseil constitutionnel, le symbole Juppé

[Edit]: J’ai par erreur cru qu’Alain Juppé était nommé président du conseil constitutionnel alors qu’il est simplement nommé membre. Que cette erreur importante soit corrigée, j’en suis désolé.

Il y a quelques jours, nous apprenions qu’Alain Juppé allait être nommé au conseil constitutionnel. Dans une conférence de presse versant volontiers dans le pathos, le futur-ex maire de Bordeaux a expliqué à quel point cela constitue un déchirement de quitter la ville dont il a été maire durant plus de 23 ans – il a régné sur la capitale aquitaine de 1995 à 2019 avec une pause de presque deux ans entre décembre 2004 et octobre 2006. Proposé par le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, sa nomination au conseil constitutionnel est assurément l’une de ces décisions concoctées dans les cénacles du pouvoir et dont les raisons, ou tout du moins une partie d’entre elles, échappent au profane.

Futur successeur de Laurent Fabius, l’ancien candidat à la primaire de la droite ne va, en s’installant dans le siège de « sage », pas déroger à une vieille tradition française de nomination de responsables politiques au conseil constitutionnel – nous y reviendrons. Alors que Didier Migaud était pressenti pour être nommé dans ce qui est parfois pompeusement appelé le conseil des Sages, c’est donc à un formidable contre-pied que nous avons assisté, contre-pied qui en dit très long sur les carences françaises dans le domaine du contrôle constitutionnel.

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L’agression de Finkielkraut, l’hystérie et la lutte contre l’antisémitisme

Mardi soir, de nombreuses personnes se sont réunies un peu partout en France pour réaffirmer l’importance de la lutte contre l’antisémitisme. Répondant à un appel du Parti socialiste et de bien d’autres partis politiques, associations, personnalités, des milliers de personnes ont rejoint les places des principales villes du pays, à commencer par la très symbolique place de la République à Paris (symbolique parce que la Res Publica signifiait en latin, la chose commune). Ces multiples rassemblements en faveur de la lutte contre l’antisémitisme répondaient à un constat aussi terrible que prévisible (je reviendrais sur ce point), celui de l’augmentation des actes antisémites en France en 2018.

Après deux années de reflux, les actes antisémites déclarés aux policiers et gendarmes ont progressé de 74% au cours de l’année précédente (541 faits signalés contre 311 en 2017). S’il faut évidemment prendre avec des pincettes ce genre de chiffre dans la mesure où tous les actes ne sont pas signalés, la tendance, qui dépasse largement le cadre de l’antisémitisme, est très inquiétante puisque l’on voit prospérer un peu partout en Europe et dans le monde les discours et actes ouvertement racistes. Samedi dernier, en marge de la mobilisation des Gilets jaunes, Alain Finkielkraut a été verbalement et violemment pris à partie par certaines personnes aux cris de « la France est à nous » ou de « sioniste de merde » pour ne citer que deux des exemples. Aussitôt, une forme de fabrique de l’hystérie s’est mise en place à la suite de cette agression, fabrique de l’hystérie guère surprenante si l’on fait l’effort de regarder dans le rétroviseur.

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La loi « anticasseurs », la perquisition chez Mediapart et l’hiver démocratique

Il est des périodes qui sont tout à la fois le témoin et la scène d’accélération prodigieuse des dynamiques. Pareilles à ces mélanges chimiques qui ont besoin de dépasser un certain stade pour que le précipité se forme, celles-ci sont reconnaissables à la succession très rapprochée de symboles de rupture. Il ne me parait pas exagéré de dire que nous vivons actuellement une période de ce type en France. Des propos tenus en demi-off par Emmanuel Macron à certains médias, où le monarque présidentiel fait montre d’un complotisme absolument absurde dans tous les sens du terme, au vote par une écrasante majorité de députés de la loi dite anticasseurs qui remet radicalement en cause le droit de manifester dans ce pays en passant par la tentative de perquisition de Mediapart au fumeux motif d’une protection de la vie privée ou celle de Manuel Bompard, tout ou presque concorde pour dire que la séquence que nous vivons est singulière.

Le propre de ce genre d’accélération des évènements est sans conteste leur caractère apocalyptique. Il faut ici entendre le sens premier et étymologique du terme apocalypse, terme qui dans la Grèce antique signifiait révélation. Il ne s’agit pas de dire que l’on découvre le visage autoritaire du locataire de l’Elysée – peut-être devrions nous l’appeler le complotiste de l’Elysée comme le fait Frédéric Lordon dans son dernier billet de blog, génial au demeurant – mais bien plus assurément expliquer que le voile semble s’être définitivement et de manière irrémédiable déchiré, que les quelques oripeaux derrière lequel se cachait la caste sont désormais jetés à terre et que le roi est désormais nu, donc autoritaire. Démontrer et critiquer cette extension du domaine autoritaire ne saurait suffire, il devient impérieux de se lever contre cet hiver démocratique.

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