La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

Lire la suite

Le cens caché en quelques lignes

S’il y a bien une constante dans la vie politicienne française, c’est le recours à la légitimation par le suffrage universel des gouvernants qui n’ont de cesse d’utiliser cet artifice quand bien même ils appliqueraient une politique allant à 180° de celle pour laquelle ils ont été élus. François Hollande fait bien évidemment figure d’exemple paroxystique de cette logique mais c’est bien plus largement le recours à l’argument selon lequel les élections régleraient tout qui est ici en cause. Le système institutionnel de la Vème République étant ce qu’il est, ces dernières sont effectivement le seul moment – hors exceptionnel referendum – où les citoyennes et citoyens sont appelés à s’exprimer, tout juste leur laisse-t-on le soin de choisir celles et ceux qui choisiront à leur place.

Cette vision de la vie institutionnelle et politique dans notre pays remonte à loin et l’on garde en mémoire les mots de l’abbé Sieyès pour qui « le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants » et qui était partisan d’un pouvoir exécutif très fort ainsi qu’en atteste sa participation active à l’organisation du coup d’Etat du 18 Brumaire. Dans cette histoire au long cours le suffrage censitaire – que la Constitution de l’an I prévoyait d’abolir si elle avait été appliquée – est l’un des outils principaux qui a permis jusqu’en 1848 et la proclamation de la IIème République de tenir à l’écart du vote la grande majorité de la population. Il serait, toutefois, bien peu rigoureux de croire que les pesanteurs d’un cens désormais caché n’existerait plus.

Lire la suite

L’ambivalence de la personnalisation à gauche

En ce premier mai, nous aurions dû être dans la rue pour célébrer la journée internationale des travailleurs – ce qui est, en France, appelée la fête du travail, une dénomination qu’a léguée le régime de Vichy à notre chère République – et tenter d’agréger ce que la gauche compte de forces vives pour mettre en branle un autre modèle. Malheureusement la rude crise sanitaire et le confinement rendent impossible cette fête populaire annuelle. Condamnés à se contenter de mobilisations virtuelles (ou au mieux à nos fenêtres), il est néanmoins nécessaire de commencer à réfléchir dès maintenant à ce qu’il se passera une fois cette angoissante période passée.

Depuis la mise en place du confinement, l’on voit effectivement fleurir les questionnements et les débats sur ce qu’il est désormais convenu d’appeler le monde d’après ou le jour d’après si l’on veut faire moins grandiloquent. S’il est bien heureux que des économistes, des sociologues, des philosophes, en bref des intellectuels de gauche se penchent sur cette question et abondent les débats de leurs réflexions – il faut à cet égard rendre un hommage appuyé à Mediapart et au Monde diplomatique qui participent grandement à ce foisonnement intellectuel – il serait dangereux de se croire arrivés comme on peut le lire ci et là. Le chemin sera certainement long et c’est dans cette optique qu’il ne me paraît pas superflu de revenir sur l’une des plus grandes ambivalences, si ce n’est la plus grande, qui parcourt les mouvements de gauche tout au fil de l’histoire politique moderne, celle concernant la question de la personnalisation et de l’incarnation.

Lire la suite