Vers la fin du capitalisme ?

Il y a deux ans, au moment de la campagne pour l’élection présidentielle, Benoît Hamon a décidé d’axer l’ensemble de sa campagne ou presque sur le bouleversement que représentent selon lui la robotisation et la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Ledit bouleversement est tout à la fois sociétal et économique, en cela qu’il représente, à n’en pas douter, l’un des défis les plus complexes qu’a eu à affronter la civilisation humaine depuis longtemps. Raillé pour sa proposition d’instauration d’une taxe robot, vilipendé tant à sa gauche qu’à sa droite lorsqu’il a évoqué l’instauration d’un revenu universel d’activité (il y aurait des milliers de lignes à écrire sur ce seul sujet), le candidat socialiste à l’élection présidentielle n’a guère été pris au sérieux sur ce sujet et son score famélique à l’issue du premier tour a justifié, selon certains, le fait de ranger au placard les problématiques qu’il avait évoquées.

Si je suis loin d’être en phase avec le positionnement politique global de Benoît Hamon, il me parait plus qu’intéressant de se plonger dans la grille de lecture qu’il a proposée par rapport à ces questions de robotisation et d’intelligence artificielle dans la mesure où elles me semblent être primordiales pour penser le futur et notamment le remodelage du système économique en place depuis des siècles, le capitalisme. Bien que relativement peu ambitieuses, les mesures proposées par le désormais président de Générations fournissent un point de départ intéressant pour réfléchir aux implications à venir de ce qu’il faut bien placer sous le vocable de révolution. Plus précisément, il me parait évident que le capitalisme est voué à disparaitre sous les coups de boutoir de cette révolution puisque celle-ci met à mal l’un de ses fondements, la dissociation entre la propriété du capital et du travail.

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La confusion antisionisme-antisémitisme en quelques lignes

Il y a quelques semaines, peu après l’agression subie par Alain Finkielkraut en marge d’une manifestation, Emmanuel Macron annonçait lors du diner du CRIF sa volonté de faire de l’antisionisme un délit. S’inscrivant ainsi dans la droite lignée de nombreux politiques ayant porté cette idée – Manuel Valls en tête – le locataire de l’Elysée tentait une nouvelle fois de surfer sur un fait divers pour donner l’image d’un homme d’action. Alors que la bande de Gaza est actuellement sous les feux de l’armée israélienne et que Benyamin Netanyahu est de plus en plus proche des idéologies les plus extrêmes, il y a de fortes chances que le débat surgisse à nouveau.

Le cirque autour de l’antisionisme transformé en antisémitisme est effectivement l’une des armes les plus utilisées par tous les défenseurs de la politique d’extrême-droite israélienne, notamment par l’AIPAC, le lobby israélien aux Etats-Unis que le site Orient XXI a bien contribué à déconstruire en diffusant un documentaire magistral sur le sujet. En tentant de criminaliser les idées politiques représentées par l’antisionisme, les zélés de la colonisation israélienne n’ont pas d’autre objectif que d’empêcher toute critique de la politique menée par Netanyahu et ses sbires, ce qui n’est pas sans engendrer de nombreux effets pervers.

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Nocivité du mécénat, le symptôme Notre-Dame-de-Paris

Il y a une dizaine de jours, sous les yeux à la fois médusés et effrayés d’un certain nombre de personnes – il n’y avait qu’à voir les quais de Paris envahis par les passants – en France et un peu partout en Europe, la cathédrale Notre-Dame prenait feu. Ce qui aurait pu n’être qu’une péripétie rapidement effacée par l’allocution alors prévue par Emmanuel Macron pour faire suite au grand débat s’est transformée en moment de grande dramaturgie quand la flèche de l’édifice s’est écroulée et que les sapeurs-pompiers de Paris ont exprimé leurs craintes quant à la possibilité d’un effondrement des deux beffrois de la cathédrale. Sautant sur l’occasion, le monarque présidentiel a surjoué la solennité et l’émotion, un peu comme si un attentat avait frappé le pays.

Dans les jours qui ont suivi, après que les sapeurs-pompiers ont réussi à circonscrire l’incendie et à limiter les dégâts – que les hommages leurs soient rendus – une course proprement indécente aux dons a vu le jour dans les cercles des grandes fortunes. Pinault, Arnault, Total, Bouygues, bien nombreux ont été les personnes ou entreprises les plus riches de ce pays à accourir pour participer aux différentes cagnottes mises en place pour financer la restauration de l’édifice. Atteignant rapidement plusieurs centaines de millions d’€, ces dons ont, me semble-t-il, agi comme une forme de franchissement de seuil, de la même sorte que ceux que Frédéric Lordon met en avant dans son excellent Les Affects de la politique. En se précipitant au chevet d’un édifice, certes historique et symbolique mais un édifice tout de même, toutes ces grandes fortunes n’ont fait que démontrer à quel point la problématique du mécénat et de son usage par les puissants était importante en cela qu’elle charrie de nombreuses questions centrales, allant de la question de l’imposition à celle du recul de l’Etat en passant par bien d’autres encore.

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La lutte contre les inégalités salariales en quelques lignes

Il y a quelques semaines, l’affaire de la Ligue du LOL a secoué le journalisme français. Bien que les victimes des membres de la fameuse ligue aient également été des hommes, le sexisme primaire régnant dans les attaques nous a rappelé que bien des mois après la vague #MeToo, beaucoup de choses restaient à faire sur le sujet de la discrimination relative au sexe. Ce sexisme n’est bien entendu pas l’apanage de la France et le patriarcat demeure bien en place partout sur la planète si l’on s’intéresse un peu à la question.

Il y a, bien entendu, la question des agressions sexuelles, des viols, du harcèlement qui demeurent prégnants et l’une des preuves du système patriarcal en place. Mais pour aller plus en profondeur et parler justement de ce système il convient, me semble-t-il, de s’attaquer à la matrice même de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans la société capitaliste, à savoir l’inégalité de salaires. Il est donc une impérieuse nécessité de lutter contre ces inégalités en se gardant bien de faire fausse route, chose que nous faisons malheureusement souvent. Ceci implique d’assumer le fait de défendre un changement systémique à l’échelle de la société.

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Les Décodeurs ou le symbole de la presse chienne de garde

Chaque année, plusieurs institutions choisissent leur mot de l’année. Si les mots choisis sont parfois des termes assez ésotériques qui n’évoquent pas grand chose à la majorité de la population, il arrive aussi que ces institutions décident de mettre en avant des termes qui, pour le coup, sont largement compréhensibles par le plus grand nombre. En 2017, le dictionnaire Collins a fait ce choix-là en décernant le titre de mot de l’année au terme fake news. Très largement utilisée par Donald Jr. Trump durant sa campagne présidentielle aux Etats-Unis, le terme de fake news s’est répandu comme une trainée de poudre depuis quelques années si bien que d’aucuns nous expliquent désormais que celles-ci représentent la principale menace qui pèse sur les démocraties dites libérales.

Il y a quelque chose d’assez ironique à voir la plupart des médias dominants en France reprendre ce terme pour parler des mensonges. Tout se passe en effet comme si dire fake news était à la fois plus moderne et plus pudique, une manière euphémique de parler de mensonges en somme. En France, cette importance nouvelle accordée aux fake news par de nombreux médias s’est traduite par l’apparition progressive du fact checking, cette pratique visant à vérifier tel ou tel propos. Si Le Monde a été un pionnier dans cette dynamique en créant dès 2014 sa rubrique des Décodeurs, de nombreux médias ont suivi cet exemple. Ce qui, au départ, était présenté comme un moyen de tordre le coup aux mensonges s’est pourtant rapidement révélé être un moyen nouveau de normaliser le monde de la presse en excommuniant ceux qui ne pensaient pas comme la doxa néolibérale l’exige. A cet égard, l’apparition du Décodex en 2017 fait figure de symbole puissant.

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L’austérité en quelques lignes

Depuis quelques années la question des politiques austéritaires s’est imposée comme l’un des débats centraux au sein de l’Union Européenne et plus précisément dans la zone euro. Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Irlande, nombreux ont été les pays à avoir été contraints par la Troïka (BCE – Commission Européenne – FMI) à appliquer des politiques austéritaires en baissant drastiquement les dépenses publiques afin d’obtenir de nouveaux prêts de la part de telle ou telle institution financière.

Si les pays membres de l’Union Européenne n’ont commencé à faire l’expérience de l’austérité qu’à la suite des crises de 2007-2008 puis de la zone euro, d’autres pays dans le monde les ont subies depuis bien longtemps. Il serait en effet bien malhonnête de présenter l’arrivée des politiques austéritaires sur le continent européen comme une nouveauté dans le monde. Pour autant, il me semble bien que l’exemple grec en particulier permet d’illustrer à merveille tant les impasses que le caractère autoritaire de ces politiques scélérates qui n’ont finalement pas d’autre but que de spoiler les citoyens pour offrir les Etats aux puissances d’argent.

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La mise en scène de la vie quotidienne, symbole de notre aliénation

Une fois n’est pas coutume, c’est par un détour par le foot que j’aimerais introduire le sujet du jour. Il y a quelques semaines, en effet, l’attaquant italien de l’Olympique de Marseille, Mario Balotelli, a inscrit un but dans un match opposant son équipe à l’AS Saint-Etienne. Jusqu’ici rien d’anormal mais au moment de célébrer ledit but, l’attaquant a dégainé son téléphone pour se prendre en selfie et diffuser la joie collective en direct sur Instagram. Faisant ainsi écho aux milliers de supporters qui s’empressent de sortir leur téléphone pour filmer une action importante, Mario Balotelli a introduit dans l’enceinte du terrain la réalité quotidienne de ce que l’on peut placer sous le vocable de vie par procuration – comprenez qu’au lieu de profiter de l’instant présent, l’on se dépêche de filmer ou photographier ledit instant.

L’on pourrait ne voir dans cet épiphénomène que la célébration loufoque d’un joueur connu pour son excentricité. Je crois cependant que son acte permet d’ouvrir les portes d’une réflexion plus globale sur la question de la surveillance sociale et de la forte tendance du capitalisme à vouloir imposer des normes pour mieux marquer les déviants. Sans doute que l’une des grandes forces de ce système économique est qu’il a réussi à s’imposer dans toutes les sphères de la société ou presque, s’immisçant dans quasiment chaque portion de nos vies si bien que loin de se contenter de régir le monde de l’entreprise, il tend à se répandre partout en drainant avec lui sa matrice de pensée qui n’est autre que celle de l’aliénation.

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