La Vème République en quelques lignes

Il y a quelques jours, revenant de son voyage en Israël pour commémorer le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, Emmanuel Macron a pesté en présence de journalistes à propos de ceux qui affirment que la France vit une accélération de l’autoritarisme. Frisant le degré zéro de l’argumentation – sorte de point Godwin des dirigeants plus ou moins autoritaires derrière une façade démocratique se lézardant – le locataire de l’Elysée a enjoint tous ses contempteurs à aller essayer la dictature avant d’émettre des critiques. Il va sans dire qu’une telle défense est d’un ridicule sans nom et n’est finalement que l’exact opposé de ceux qui affirment de manière exagérée que nous serions en dictature sans nuance aucune.

Je suis effectivement de ceux qui pensent que l’argument du moindre mal est toujours un sophisme, une ruse rhétorique. Si l’on en vient effectivement à dire « regardez nous sommes mieux qu’en Corée du Nord ou en Iran » c’est qu’il y a déjà un problème profond. En réalité, le monarque présidentiel tente, par cette outrance, d’imposer l’idée selon laquelle il y aurait une forme de binarité. En somme, si on le suit, l’on ne peut être qu’en démocratie ou en dictature un peu comme s’il n’y avait pas cinquante nuances d’autoritarisme et que notre pays n’était pas déjà bien avancé dans cette logique parmi les pays que l’on appelle « démocratiques ». Cet entre-deux dans lequel la France se trouve a largement été rendu possible par l’avènement de la Vème République qui porte en elle-même les germes de cet autoritarisme.

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De la violence dans les mouvements sociaux

Depuis quelques semaines, un certain nombre de médias dits dominants semblent avoir pris conscience du problème des violences policières qui se répètent manifestation après manifestation. Si l’affaire Benalla avait marqué un premier tournant, il parait assez clair aujourd’hui que les violences policières sont désormais clairement établies par toute une constellation de médias, Le Monde en tête, qui regardaient ailleurs depuis bien trop longtemps. Bien que cette inflexion ne constitue pas un changement radical – l’on attend toujours que lesdits médias aillent au bout de la réflexion et fassent le lien avec l’autoritarisme du pouvoir en place – il est indéniable que cela constitue une avancée. A ce titre, il faut rendre un hommage appuyé à David Dufresne qui a doctement recensé les violences policières depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes et dont le roman Dernière sommation semble avoir produit une forme d’effet de souffle.

Si cette inflexion est importante c’est au moins pour deux raisons. La première, la plus évidente, réside bien entendu dans le fait qu’il est primordial de raconter crument ce que fait la police de ce pays, qu’elle mutile et tue puisqu’il faut appeler les choses par leur nom. La seconde, moins évidente mais tout aussi importante, réside dans le nouvel équilibre médiatique ainsi atteint. Alors que par le passé seules les violences des manifestants étaient soulignées et grossies pour en faire les titres et les unes, traiter les violences policières, montrer que celles-ci mutilent et tuent quand ce qui est présenté comme des violences de la part de manifestants consiste à casser des vitrines permet une comparaison sans fard en montrant que certains mettent (au mieux) sur le même plan l’éborgnement d’un manifestant avec une vitrine ou un abribus cassés. Cette nouvelle démarche de la part des médias doit nous permettre d’ouvrir la question de la violence dans les mouvements sociaux, parce que celle-ci est primordiale.

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L’armée de réserve en quelques lignes

Depuis des semaines, la France est touchée par un mouvement social de grande ampleur s’opposant à la réforme des retraites conçue et défendue par Emmanuel Macron et sa majorité. Si l’issue de cette lutte est incertaine et a bien des chances de se matérialiser par une adoption de ladite réforme – les institutions de la Vème République étant ce qu’elles sont, il est effectivement possible au pouvoir de passer en force contre une majorité du corps social – il va sans dire que cette mobilisation laissera des traces. L’un des grands arguments utilisés par le pouvoir (et qui n’a pas vraiment marché) pour tenter de diviser le mouvement social aura été celui de la fameuse « clause du grand-père ».

En promettant à un certain nombre de corporations que la réforme ne s’appliquerait qu’aux nouveaux entrants dans le monde professionnel, le gouvernement n’a pas fait autre chose que de remettre au goût du jour le principe séculaire du diviser pour mieux régner. Dans cette optique, il me parait important de revenir sur le concept d’armée de réserve théorisé par Marx dans Le Capital, en cela qu’il est sans doute le paroxysme de cette logique de la division en la couplant à la menace perpétuelle qu’il fait planer sur les travailleurs. Dans un tel moment politique, se souvenir de ce genre de mécanisme à l’œuvre dans le capitalisme ne me semble pas superflu pour penser et articuler la lutte.

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L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

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Le travail détaché en quelques lignes

Voilà plus d’un an que la France est le théâtre de mouvements sociaux que l’on croyait condamnés aux livres d’histoire. En effet, depuis l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir, rien ne semblait pouvoir freiner sa marche néolibérale et autoritaire – avec la réforme du statut de cheminots comme symbole de cette toute puissance. Pourtant, l’émergence du mouvement des Gilets jaunes (même si, logiquement avec sa longévité, il tend à s’essouffler) et le lancement de la grève illimitée contre la réforme des retraites sont venus rappeler avec force à quel point la base sociale de ce pouvoir était minime. S’il serait présomptueux de dire que ces deux éléments ont fait reculer le monarque présidentiel, il est évident qu’ils ont enfoncé un coin dans l’impression de toute puissance du locataire de l’Elysée.

Ce qui, disons les choses clairement, est assez surprenant dans les deux mobilisations réside principalement dans l’absence de griefs à l’égard de l’Union Européenne ou plus largement d’un système néolibéral globalisé – ce qui en dit long sur l’exploit réalisé par Emmanuel Macron, celui de concentrer tous les griefs. Placé au cœur des revendications, la question du pouvoir d’achat est pourtant intimement liée à bien des prérogatives de l’UE si bien que ne pas en parler du tout revient, me semble-t-il, à passer à côté de tout un pan du problème. Parmi ces diverses prérogatives directement liées à la question du pouvoir d’achat, la question du travail détaché n’est pas la moindre.

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La radicalité en quelques lignes

A l’orée d’un mouvement social qui s’annonce massif, les sempiternels éléments de langage pour disqualifier la contestation sociale sont utilisés par le pouvoir et sa majorité. Présentées comme des archaïques ou des défenseurs des inégalités – oui aussi fou que cela puisse paraitre – les personnes qui vont se mobiliser jeudi prochain (et, espérons-le, les jours suivants) sont diabolisées par le gouvernement et sa majorité fantoche pour mieux éviter de parler du fond de la réforme à venir. Il n’est guère surprenant de voir cette stratégie à l’œuvre dans la mesure où c’est celle qui est utilisée depuis des décennies. Depuis l’émergence et l’élection d’Emmanuel Macron, cette stratégie est toutefois portée à incandescence.

Se présentant comme le rempart aux populistes et aux radicaux – dans un exercice de confusionnisme dont il est coutumier – le nouveau monarque présidentiel use de cet argument ad nauseam. Par-delà le confusionnisme ambiant qu’induit une telle stratégie, il est chaque jour plus important de clarifier les termes et notions utilisées. Si mal nommer un objet revient à ajouter au malheur du monde selon la si belle phrase d’Albert Camus, c’est peu dire que la confusion qui règne autour de la notion de radicalité ajoute au malheur du monde par wagons entier. Il me semble que l’utilisation de la notion de radicaux pour discréditer l’opposition révèle en réalité bien plus sur ceux qui utilisent cet argument que sur ceux qui en sont la cible.

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Ouvrir enfin le livre noir du capitalisme

Il y a quelques semaines le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin fut commémorée. L’anniversaire de ce qui a sans doute été l’évènement géopolitique le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a, sans surprise aucune, été l’occasion pour l’ensemble ou presque des éditorialistes dominants que compte ce pays – tous acquis à la doxa capitaliste et néolibérale – de célébrer à grands renforts de superlatifs la suprématie de l’économie de marché et, surtout, de fustiger toutes les alternatives au capitalisme. Effectivement, comme il est de coutume dès lors que ces personnes abordent la question de l’URSS, ils se sont emparés de l’occasion pour appeler une énième fois à ouvrir le livre noir du communisme, une manière de rappeler selon la célèbre formule thatchérienne qu’il ne saurait y avoir d’alternative au capitalisme néolibéral financiarisé.

Bien qu’éculé et utilisé de manière quasi sempiternelle, cet argument a une nouvelle fois fait florès pendant un mois (il n’y a qu’à voir la réception faite à l’article du Monde diplomatique traitant de la réunification à marche forcée de l’Allemagne). Evidemment, l’on pourrait voir dans cette séquence une preuve nouvelle, s’il en fallait, de la suprématie actuelle de ce modèle économique. Je crois pourtant que la logique qui sous-tend ce concert de perroquets révèle bien plus les fragilités actuelles du modèle capitaliste néolibéral. A l’heure où des révoltes éclatent un peu partout sur la planète et que la réponse du capitalisme est de montrer les crocs de plus en plus autoritaires, il est effectivement important pour les laudateurs de ce système de discréditer toutes les alternatives. C’est précisément pour cette raison qu’il est de plus en plus urgent d’ouvrir le livre noir du capitalisme, qui est tout autant sinon (de manière très probable) plus fourni que celui concernant l’URSS.

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