Appeler une victoire par son nom

Il y a quelques semaines le gouvernement annonçait, par la voix d’Edouard Philippe, l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Devenu depuis des décennies un symbole de la lutte contre les projets pharaoniques et de la protection des zones humides, cet emplacement polarisait l’attention, notamment depuis la création d’une zone à défendre, plus communément appelée ZAD, par les opposants les plus farouches à la construction dudit aéroport. Ne nous mentons pas et ne nous cachons pas derrière des faux-semblants, ce recul de l’Etat est une franche surprise. Durant la campagne présidentielle, en effet, l’alors candidat Emmanuel Macron avait affirmé qu’il ne se désengagerait pas de ce projet et que la consultation locale organisée en juin 2016 avait, pour lui, clos le débat. Les lignes de ce blog sont assez critiques à l’égard de l’exécutif pour ne pas reconnaître lorsque celui-ci prend une bonne décision, ce qui a été le cas avec ce recul.

Si ladite décision est surprenante c’est non seulement en raison des propos du locataire de l’Elysée durant la campagne présidentielle mais également de ceux de son ministre de l’Intérieur qui laissaient peu de place au doute quant à l’issue de cette affaire. La déception a d’ailleurs été très grande parmi les défenseurs de l’aéroport qui n’ont pas manqué de dénoncer une décision selon eux couarde et contraire à la démocratie – non non on ne rêve pas, les mêmes personnes qui tordent le cou aux aspirations démocratiques des peuples ont été les premières à en appeler à la démocratie contre la décision du gouvernement, les Tartuffe n’ont honte de rien. Je crois, pour ma part, qu’il ne faut pas hésiter à appeler ce recul de l’Etat par ce qu’il est, c’est-à-dire une victoire de ceux qui affirment qu’une autre société est possible. Bien évidemment la victoire n’est que partielle et ne saurait être un triomphe. C’est bien pour cela qu’il est primordial de ne pas se croire arrivés. Lire la suite

Lactalis et le système meurtrier    

 Voilà plusieurs mois que notre pays est frappé par un scandale sanitaire. 35 nourrissons ont en effet été malades après avoir bu du lait infantile produit par Lactalis, le géant laitier numéro un mondial. Ledit lait était contaminé par des salmonelles et les nourrissons ont dû être hospitalisés. Il est absolument dramatique de constater que la vie de personnes très vulnérables a été mis en jeu pour de sombres questions mercantiles – nous y reviendrons. Cette crise Lactalis a agi comme une véritable onde de choc sur le milieu laitier, de nombreux producteurs craignant un effet « vache folle » sur les produits laitiers et une forte baisse de leur consommation.

Cette crise, si elle concerne avant tout les questions sanitaires, permet de jeter une lumière crue et puissante sur le milieu du lait. Elle a effectivement mis en évidence les relations de dépendance qui existaient entre les producteurs laitiers et les grandes entreprises qui leur achètent leur production en même temps qu’elle souligne la situation catastrophique et dramatique dans laquelle se trouve la filière. Plus largement, ce qu’il convient désormais d’appeler le scandale Lactalis devrait nous permettre d’entamer un vrai débat de fond sur le modèle agricole que nous souhaitons. Celui qui est actuellement en place ne saurait, en effet, perdurer très longtemps. Lire la suite

La terrifiante loi « fake news »

Lors de ses vœux à la presse le 3 janvier dernier, Emmanuel Macron a fait une annonce qui n’a laissé personne indifférent dans le milieu des médias et bien au-delà. Le locataire de l’Elysée a effectivement affirmé vouloir légiférer pour lutter contre ce qu’on appelle désormais les « fake news ». Monsieur Macron a effectivement expliqué que la prolifération de ces fausses nouvelles sur internet était un danger pour la vie démocratique et qu’il incombait à l’Etat de lutter contre ce fléau. Dans le même temps, aux Etats-Unis, Donald Trump – qui a finalement plus de similitudes avec Emmanuel Macron que l’on veut nous bien le faire croire, de sa politique fiscale à l’intérêt porté aux « fake news » en passant par une certaine idée césarienne du pouvoir – organisait une cérémonie au cours de laquelle il blâmait les médias qui, selon lui, avaient le plus menti au cours de l’année précédente.

Au cours de son allocution de près d’une demie heure, le successeur de François Hollande s’est attaqué dans une allusion à peine voilée aux médias russes Russia Today et Sputnik lorsqu’il a expliqué que le CSA pourrait à l’avenir « lutter contre toute tentative de déstabilisation par des services de télévision contrôlés ou influencés par des Etats étrangers ». Pourtant, dans le même temps, Emmanuel Macron a prôné une « saine distance entre le pouvoir et les médias » dans une forme de double discours dont nous avons désormais l’habitude. Il est en effet assez incohérent, et osons le dire à la limite du foutage de gueule, d’affirmer cela en expliquant vouloir légiférer sur le contenu desdits médias. Lire la suite

Les Toujours Charlie ou la bataille culturelle qui ne dit pas son nom

En début d’année, au prétexte de rendre hommage à Charlie Hebdo et de commémorer le troisième anniversaire du terrible attentat qui a décimé la rédaction du journal le 7 janvier 2015 était organisée une journée « Toujours Charlie ». Ladite journée était organisée par le Printemps Républicain, le Comité Laïcité République et la Licra et a rassemblé une multitude de personnes de cette sphère réactionnaire qui se prétend de gauche et dont Manuel Valls est la figure de proue. Aux Folies Bergères c’est donc à une litanie de définition de ce qu’était être Charlie à laquelle nous avons assisté.

Bien vite néanmoins, l’objet des discussions a dérivé et ce grand barnum a révélé sa réelle raison d’être. L’hommage à Charlie Hebdo n’était en effet qu’un prétexte pour faire avancer des idées. Cette constatation n’est, hélas, pas nouvelle puisque l’ensemble de cette sphère réactionnaire et laïcarde qui a vu le jour à la suite des attentats passe son temps, Valls en tête, à instrumentaliser tout et n’importe quoi pour faire avancer ses idées nauséabondes. Il serait plus que temps de démasquer et dénoncer une fois pour toute cette imposture qui se cache derrière les oripeaux d’une lutte pour la liberté d’expression alors même que son but est de réduire au silence tous ceux qui ne pensent pas comme elle.

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Jul, Kant et le mépris de classe

A la fin de l’année dernière, le rappeur marseillais Jul a donné un concert au Dôme, la principale salle de spectacle de la Cité phocéenne. Ce qui, pour d’autres artistes, constitue un évènement banal dans une carrière est, dans le cas de Jul, un véritable phénomène. Celui-ci ne donne en effet que très peu de concert et se produit très rarement sur scène – il a avoué que le stress qu’il ressentait avant de telles prestations était monumental. Fidèle à son habitude, il a rendu cet évènement spécial et, loin de se produire sur fond d’effets spéciaux spectaculaires, est apparu sur scène en train de jongler avec un ballon de football, chose toute aussi incongrue que révélatrice du personnage Jul.

Surgi sur la scène du rap français depuis quelques années, l’artiste ne cesse de détonner et de dépasser une à une les barrières qui se sont dressées sur son chemin. Il a récemment expliqué qu’après la sortie de son album en décembre 2017, il prendrait une pause et s’éloignerait quelque peu du monde de la musique. Il faut dire que depuis quelques années il a enchainé les sorties d’album dans un rythme de travail proche du stakhanovisme. Le côté atypique de Jul, son succès aussi, font qu’il est souvent l’objet de critiques très acerbes. Les personnes n’appréciant pas ce qu’il produit ressentent effectivement très souvent le besoin de cracher leur fiel et de critiquer, bien au-delà du simple rappeur, ceux qui l’écoutent, l’apprécient et disent se reconnaitre dans ses textes. Aussi le cas Jul nous permet-il à mon sens de mettre en exergue la manière dont un certain mépris de classe s’organise dans notre pays par le truchement du dénigrement systématique des cultures populaires. Avant d’aborder frontalement cette question, un détour par la philosophie me semble toutefois nécessaire. Lire la suite

L’heure des vacances

Voilà donc l’année 2017 qui touche à sa fin. Comme de coutume la fin d’année sonne le moment des bilans et des projections sur l’année à venir. Cette année d’élections – présidentielle puis législative – fut dense et, disons-le, parfois usante mentalement avec la perpétuation d’un système néolibéral autoritaire qui est littéralement à vomir. Commencée par les lettres à un ami insoumis, elle s’achève pour mon blog avec une tentative d’analyse du résultat des élections catalanes. J’ai essayé au fil des 124 papiers publiés dans l’année de défendre des idées qui me sont chères mais, je l’espère, sans arrogance ni mauvaise foi. Merci à ceux qui me lisent régulièrement, qu’ils soient d’accord ou pas d’ailleurs (c’est aussi pour poser des questions et donc générer des débats que j’écris) avec les modestes lignes que je rédige. Après une année bien remplie je ressens le désir de faire une petite pause et d’aérer mon esprit pour revenir rechargé à bloc pour une année 2018 qui sera évidemment faites de luttes et d’espoirs. Je m’en vais découvrir l’Asie du Sud-Est et espère en revenir fin janvier en pleine forme pour continuer à faire ce que je fais depuis deux ans et demi maintenant. Portez-vous bien et à bientôt, la lutte ne fait que commencer.

Les leçons des élections catalanes

Dans un contexte très particulier, les Catalans étaient appelés aux urnes tout au fil de la journée d’hier. Après le référendum du 1er octobre, organisé par les indépendantistes au pouvoir en Catalogne et jugé illégal par Madrid, qui avait vu plus de deux millions de personnes se déplacer pour voter en dépit de la répression de la Guardia Civil et la mise sous tutelle de la région catalane par Madrid avec l’utilisation de l’article 155 de la Constitution espagnole, l’un des enjeux de ce scrutin était de savoir quelle serait la participation. Dans une campagne qui s’est uniquement polarisée sur la question de l’indépendantisme ou de l’unionisme, ces élections étaient quasiment une sorte de référendum sur l’indépendance.

L’autre des grands enjeux de ces élections était également de savoir quel parti arriverait en tête et surtout qui parmi le bloc indépendantiste recueillerait le plus de suffrages entre les partis de Carles Puigdemont, ancien président de la région et actuellement en exil à Bruxelles, et d’Oriol Junqueras, actuellement en prison près de Madrid. Face à ces multiples enjeux, les Catalans ont répondu en masse et la participation a bondi de 7% par rapport aux élections de 2015 en s’établissant à près de 82%. Le camp indépendantiste, en réussissant à conserver sa majorité absolue au Parlement catalan, a remporté une grande victoire en même temps que Mariano Rajoy – dont le parti s’est écroulé – a connu une véritable bérézina. Toutefois, il me semble que les leçons à tirer de ce scrutin dépasse allègrement le cadre espagnol et a fortiori catalan. Lire la suite