L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (3/3): apocalypses et catastrophes

La perspective renversée

Burkini, voile et signe religieux ou autant d’éléments qui prouveraient selon certains un refus d’intégration de la part des Français de confession musulmane. La résurgence du fait religieux surprend évidemment dans notre pays marqué par une sécularisation longue de plusieurs décennies, sécularisation prophétisée par Nietzsche et son célèbre « Dieu est mort ». Ce qui semble le plus dérouter observateurs, politiciens et citoyens lambda est sans aucun doute le fait que ce « retour du religieux » soit en partie portée par les jeunes générations. D’aucuns ne saisissent pas pourquoi les deuxième, troisième voire quatrième générations n’ont pas embrassé la logique de discrétion et de sécularisation. Aussi ces observateurs considèrent-ils l’absence de gêne vis-à-vis du fait religieux comme un refus d’intégration de ces jeunes générations dans la société. Ce propos est largement répandu dans les sphères médiatiques, politiques ou sur les réseaux sociaux. Et pourtant, il me semble que l’on pourrait élaborer une autre hypothèse qui consisterait à renverser cette perspective. Cette hypothèse, que je vais tenter d’expliciter ci-après, revient à dire que la religiosité affichée par les jeunes générations, loin d’être une marque de refus d’intégration, montre au contraire une intégration pleine et entière dans notre pays et notre société. En somme, il s’agit de retourner la perspective. Lire la suite

L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (2/3): les principes dévoyés

Au nom du vivre ensemble

Mardi dernier, Marwen Muhammad, le porte-parole du CCIF était l’invité de RTL aux alentours de 13 heures pour réagir à la polémique autour du burkini et dialoguer avec des auditeurs de la station de radio. J’écoutais son intervention d’une oreille distraite lorsque tout à coup l’un des auditeurs (dont j’ai oublié le nom) m’a sorti de ma torpeur estivale. Il affirmait en substance qu’il était opposé au burkini parce que celui-ci était une provocation et qu’en ces temps troublés celle-ci était mal venue. Ce n’est toutefois pas cette partie de son propos qui m’a fait sortir de ma torpeur mais bien plus la conclusion de celui-ci répétée plusieurs fois telle une antienne qui a vocation à devenir vraie parce qu’on la martèle. Si cet auditeur était contre le burkini, c’était au nom du vivre ensemble que ledit maillot mettait à mal. J’ai donc tendu l’oreille avec plus d’attention pour l’entendre conclure une deuxième intervention par les mêmes propos, au nom du vivre ensemble le burkini est à proscrire. Passons sur la question du burkini en tant que tel et concentrons-nous plutôt sur le vivre ensemble ainsi défendu par l’auditeur. Il me semble assez clair qu’une telle définition du vivre ensemble n’aurait rien à envier au fameux novlangue crée par Georges Orwell dans 1984.

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L’islam et les musulmans, chronique d’une hystérie française (1/3): soyez discrets, déshabillez-vous

[EDIT]

Le procureur en charge de la rixe de Sisco a affirmé que ladite rixe n’avait aucun fondement religieux a priori et relevait bien plus de la « logique de caïdat » avec tentative de privatisation de la plage. Toutefois cela n’enlève rien au fait que le maire de Sisco s’est précipité pour interdire le burkini, preuve à mes yeux de l’hystérie inquiétante qui touche notre pays actuellement.

En cette période olympique, il est des disciplines où nos politiciens excellent et méritent sans contestation possible la médaille d’or : le maniement de l’outrance et de l’invective ou l’instrumentalisation de l’islam à de sombres fins politiciennes et électorales. C’est bien simple, depuis presque deux mois il n’est pas un jour sans polémique autour de tel ou tel sujet se rapportant directement ou indirectement à l’islam et aux musulmans français. Il faut reconnaître à nos belles âmes le mérite de la constance et de l’inventivité tant elles parviennent jour après jour à se renouveler et à aller toujours plus loin dans l’invective, la polémique de bas étage et, in fine, dans l’accroissement de la division. Toutefois, pour être totalement juste, il faut reconnaître que ceux-ci prospèrent sur un terreau déjà bien présent et alimenté au quotidien par leurs multiples pitreries absolument indigne du moment singulier que traverse notre pays.

Du citoyen lambda au responsable politique, de la petite commune corse de Sisco à Cannes la clinquante, de la plage publique à un parc aquatique privé, notre pays est peu à peu gagné par l’hystérie et nos irresponsables responsables politiques ne font rien pour apaiser les choses, bien au contraire. Matin, midi et soir nous voyons se succéder les petites phrases et les grandes accusations, les propos rances et les tenues de camouflage qui les entourent ou encore les propos orduriers et les propositions les plus liberticides. Sous couvert de lutter contre un ennemi – Daech – c’est toute une communauté qui se retrouve stigmatisée et livrée à la vindicte populaire. Entendons-nous bien, il faut évidemment lutter contre Daech de la manière la plus implacable qui soit. Toutefois, à mes yeux, agir comme nous le faisons en France et hystériser le débat public n’est pas, c’est un euphémisme, le moyen le plus pertinent ou le plus efficace de lutter contre lui mais bien au contraire le moyen le plus sûr de le renforcer par nos divisions qui, si rien n’est fait, ne tarderont pas à se transformer en fractures irrémédiables. Lire la suite