Les théories du complot en quelques lignes

Bâteaux de pêche hollandais dans la tempête – J.M.W Turner

À la faveur de la crise sanitaire liée au Covid-19, de nombreuses théories du complot ont vu le jour. En France notamment, où le surgissement médiatique de Didier Raoult couplé à l’état avancé de décomposition de la crédibilité du pouvoir en place a joué à plein régime, nous avons pu voir ci et là des théories alambiquées se répandre. S’il ne s’agit pas ici de centrer l’analyse sur le nouveau coronavirus, la séquence que nous vivons depuis plusieurs mois est propice à l’étude de ce phénomène. Bien évidemment, l’existence de théories complotistes n’est pas née avec la crise sanitaire et de telles théories sont présentes depuis longtemps. Toutefois, la montée en puissance des réseaux sociaux et, surtout, la perte quasi-totale de crédit des gouvernements partout sur la planète ont participé à un accroissement de celles-ci.

Avant d’aller plus loin dans le développement, il importe, me semble-t-il, de définir ce que l’on entend par complot. Si l’on s’en tient aux deux définitions données par le CNRTL, les complots ont en commun d’être secrètement élaborés entre plusieurs personnes, ce qui laisse une interprétation assez large. Il y a quelques mois, un Manière de voir était consacré aux complots et au sein du magazine se logeait une phrase très pertinente. Elle expliquait qu’en matière de complots, il y a deux écueils : celui d’en voir partout et celui d’en voir nulle part. La profusion des théories du complot depuis quelques années est bien plus un symptôme de l’état de décomposition politique qu’autre chose à mes yeux. Si rien n’est fait pour déconstruire cette dynamique, elle pourrait s’avérer à la fois dangereuse et nous écarter de la seule lutte qui vaille, celle contre les superstructures qui régissent la société.

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Le travail en quelques lignes

Le semeur – Vincent Van Gogh

Déjà présent durant le confinement, le discours sur la nécessité de remettre les Français au travail a encore gagné en puissance depuis la fin de celui-ci. Tant au gouvernement qu’au MEDEF – mais faut-il encore séparer les deux entités ? – ces mots reviennent comme des annonces lancinantes : pour relancer l’économie il va falloir faire des efforts et donc travailler plus encore qu’avant. Par-delà l’occasion que veulent saisir les possédants et les néolibéraux de mettre une nouvelle fois au pas la grande majorité de la société, il faut je crois s’interroger sur cette notion de travail que répètent presque machinalement tous les pouvoirs de droite ou de gauche de droite qui se succèdent à la tête du pays depuis des décennies.

Derrière la volonté vorace d’augmenter (ou de préserver dans la situation actuelle) les profits des plus puissants de la société, cette manière de faire coïncider la notion de travail avec sa seule expression capitaliste et marchande n’est pas le dernier des outils employés par le bloc bourgeois au pouvoir pour dominer le reste de la société. La question du travail est effectivement l’une des questions centrales dans l’organisation de la société et donc de la répartition du pouvoir dans cette dernière.

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La Sécurité sociale en quelques lignes

Le serment des Horaces – Jacques Louis David

Dans l’immense crise sanitaire qui a frappé la planète, certains pays s’en sont mieux sortis que d’autres. L’on pense spontanément à certains pays asiatiques comme la Corée du Sud ou Taïwan qui, sans avoir à pratiquer un confinement strict, ont réussi à limiter le nombre de victimes. Au sein du Vieux-Continent, le pays qui a reçu le plus de lauriers est assurément l’Allemagne qui, même si la stratégie a pu être contestée par ses habitants, a réussi à relativement bien juguler l’épidémie sans appliquer un confinement aussi strict qu’en France, en Espagne ou en Italie. À l’autre extrême, les Etats-Unis ou le Royaume-Uni font figure de mauvais élèves.

Si la gestion de la crise fut loin d’être optimale en France – multiples cafouillages, notamment sur la question des masques, injonctions contradictoires, etc. – le bilan n’a pas été encore plus dramatique que ce qu’il a été et nous le devons certainement au dévouement des personnels soignants et à la Sécurité sociale qui, dans notre pays, permet à chacun de se faire soigner sans qu’on lui demande sa carte bleue avant de rentrer à l’hôpital. Derrière les discours creux (et hypocrites) d’Emmanuel Macron sur les secteurs qui doivent être situés hors du marché, il faut je crois creuser la portée révolutionnaire et socialiste de la Sécurité sociale à la lumière du drame sanitaire que nous avons vécu dernièrement.

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L’action citoyenne pour éviter le pire ?

En emportant une large majorité absolue lors des élections législatives de 2017, la République en Marche prétendait avoir fait entrer la société civile à l’Assemblée Nationale. Par-delà le parti d’Emmanuel Macron, le recours à ce concept fumeux qu’est la société civile est désormais devenue monnaie courante dans la sphère partisane. Face au bouleversement politique et sociétal que représente la défiance grandissante à l’égard des partis dits de gouvernement un peu partout sur la planète, l’appel à immerger lesdits partis dans la société revient avec plus de force sans que l’on sache parfois très bien de quoi il en retourne exactement.

Le cas de LREM est à ce titre éloquent puisqu’il fait figure d’exemple quasi-paroxystique d’une des manières d’instrumentaliser cette question de la société civile pour faire que rien ou presque ne change dans les rapports de force politiques. En faisant entrer des nouvelles têtes au Parlement, le parti présidentiel n’a évidemment pas intégré la société dans sa diversité mais uniquement la fraction des cadres et des classes supérieures. Plus largement, l’intérêt de l’action citoyenne réside principalement dans le fait que celle-ci déborde du cadre parlementaire et qu’il se pourrait bien que ça soit par ce biais là que les choses évoluent rapidement, tant les mobilisations citoyennes de ces dernières années semblent être d’une nature nouvelle et s’inscrire dans une période d’effondrement (ou tout du moins de remise en cause) du système représentatif.

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La planification en quelques lignes

Depuis hier, la France est entrée dans la phase du déconfinement après presque deux mois de confinement. Si cela ne signifie bien entendu pas que l’épidémie est terminée et derrière nous, cette nouvelle phase pose avec une acuité plus grande encore la question du modèle économique et de société que nous souhaitons mettre en œuvre, le fameux « monde d’après ». Par-delà les tribunes et les professions de foi creuses qui se multiplient, il s’agit d’être conséquent et d’essayer d’esquisser ce que pourrait être un infléchissement ou un changement de modèle. Dans cette optique, la question de la planification pourrait s’avérer centrale, notamment dans ce qu’elle nous révèle de l’hypocrisie de la classe dirigeante.

Très rapidement en effet, dès lors que surgit la question de la planification (économique, écologique, sociale, etc.) dans le débat public, les classes dirigeantes et possédantes s’empressent de pousser des cris d’orfraie absolument horrifiés et de convoquer le-communisme-et-ses-centaines-de-millions-de-morts, l’équivalent du point Godwin pour eux. Il me semble pourtant que la critique de la planification qui est faite par ces personnes ne concernent pas la question de la planification en elle-même mais bien plus des acteurs qui doivent la mettre en place. En d’autres termes, il s’agit bien moins d’un débat sur la planification que sur le pouvoir.

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L’assistanat en quelques lignes

Depuis le début du confinement et la mise à l’arrêt quasi-totale de l’économie marchande, un refrain revient régulièrement tant dans la bouche du Medef que d’un grand nombre de responsables politiques : une fois la crise sanitaire passée, les Français sont appelés à faire un effort pour soutenir l’économie et permettre son redémarrage. Ledit effort consiste principalement, pour les défenseurs de cette vision, à renoncer à des jours de congés ou à accepter de travailler plus pour le même salaire – ce qui revient à une baisse de salaire horaire. Ces propos qui reviennent comme une antienne avec de plus en plus de vigueur (et qui ont toutes les chances de se renforcer à mesure que nous approcherons du 11 mai) sont un nouveau moyen d’élever le travail subordonné au rang d’idole.

Effectivement, derrière l’appel fait aux travailleurs à faire des efforts se niche en réalité toute une vision du monde en même temps qu’une politique économique très clairement favorable aux puissants à qui il n’est rien demandé ou presque. Cette logique s’est matérialisée de bien des manières ces dernières années mais il est un des sujets qu’elle a transformé en sorte de porte-voix, celui de l’assistanat. Si la stigmatisation et l’utilisation de cette notion pour mieux dominer est ancienne, la véritable rupture se situe très certainement avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui durant toute sa campagne en 2007 n’a eu de cesse de fustiger les « assistés ». Depuis lors, le sujet revient de manière récurrente et la classe possédante et dominante s’en est saisie pour mieux stigmatiser et divertir.

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L’articulation production-redistribution en quelques lignes

S’il y a bien un processus argumentaire qui rassemble presque l’ensemble des laudateurs du système économique actuel, c’est bien celui articulant la production et la redistribution. Pour être plus précis, cette carte est souvent la dernière brandie par les capitalistes dès lors que le débat commence à porter sur la question de la redistribution des richesses. Après avoir critiqué vigoureusement toute défense de ladite redistribution, l’étape suivante est souvent celle qui explique qu’avant de pouvoir redistribuer, il faut produire – la métaphore souvent utilisée étant celle du gâteau qui doit être gros pour être partagé. Une telle position vise bien évidemment à faire passer pour une concession ce qui n’est en réalité que la défense de l’ordre déjà établi – toute ressemblance avec un retrait « provisoire » d’un quelconque âge pivot n’a évidemment rien de fortuit.

Le plus dramatique dans la défense de cette articulation production-redistribution est sans conteste que le simplisme de l’argumentaire tend à convaincre par moments des personnes qui n’ont absolument aucun intérêt à défendre un tel système. Il devient donc urgent de déconstruire cet argument qui a tout d’une fable. Outre la philosophie souffrance/récompense que suggère une telle méthode, agiter cet argumentaire revient précisément à déporter le débat pour qu’il ne traite plus la question de la production et de la propriété des moyens de production.

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Ouvrir enfin le livre noir du capitalisme

Il y a quelques semaines le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin fut commémorée. L’anniversaire de ce qui a sans doute été l’évènement géopolitique le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a, sans surprise aucune, été l’occasion pour l’ensemble ou presque des éditorialistes dominants que compte ce pays – tous acquis à la doxa capitaliste et néolibérale – de célébrer à grands renforts de superlatifs la suprématie de l’économie de marché et, surtout, de fustiger toutes les alternatives au capitalisme. Effectivement, comme il est de coutume dès lors que ces personnes abordent la question de l’URSS, ils se sont emparés de l’occasion pour appeler une énième fois à ouvrir le livre noir du communisme, une manière de rappeler selon la célèbre formule thatchérienne qu’il ne saurait y avoir d’alternative au capitalisme néolibéral financiarisé.

Bien qu’éculé et utilisé de manière quasi sempiternelle, cet argument a une nouvelle fois fait florès pendant un mois (il n’y a qu’à voir la réception faite à l’article du Monde diplomatique traitant de la réunification à marche forcée de l’Allemagne). Evidemment, l’on pourrait voir dans cette séquence une preuve nouvelle, s’il en fallait, de la suprématie actuelle de ce modèle économique. Je crois pourtant que la logique qui sous-tend ce concert de perroquets révèle bien plus les fragilités actuelles du modèle capitaliste néolibéral. A l’heure où des révoltes éclatent un peu partout sur la planète et que la réponse du capitalisme est de montrer les crocs de plus en plus autoritaires, il est effectivement important pour les laudateurs de ce système de discréditer toutes les alternatives. C’est précisément pour cette raison qu’il est de plus en plus urgent d’ouvrir le livre noir du capitalisme, qui est tout autant sinon (de manière très probable) plus fourni que celui concernant l’URSS.

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Les populismes en quelques lignes

A quelques jours d’une mobilisation sociale qui s’annonce extrêmement suivie et à quelques mois d’élections municipales qui ont toutes les chances de se révéler très difficiles pour le pouvoir en place, il y a de fortes chances que La République en Marche et toute la galaxie qui gravite autour d’elle use et abuse à nouveau de l’argument affirmant qu’Emmanuel Macron et ses affidés sont les remparts contre les populismes et contre ceux qui ne veulent pas avancer. C’est effectivement en grande partie l’argumentaire qui avait été utilisé en 2017 pour tenter de se distinguer des autres forces politiques, à savoir se présenter comme le mouvement modéré, tempéré au contraire de ses adversaires alors même que le monarque présidentiel ne représente rien d’autre que l’extrême-centre qui n’est pas le moins forcené des extrémismes.

Il faut dire que la caste au pouvoir peut profiter de l’intérêt que suscite le concept de populisme en même temps que la grande confusion qui règne autour de ladite notion pour amalgamer tout et n’importe quoi. Il n’est effectivement pas rare de voir la carte populisme être brandie pour discréditer tous les mouvements qui s’opposent au pouvoir en place un peu comme si tous les populismes se valaient, c’est clairement l’option argumentaire choisi par la camarilla au pouvoir pour ne pas avoir à discuter du fond. D’une certaine manière, le terme de populisme est devenu une sorte de nouveau point Godwin que l’on utilise pour mettre un terme à la discussion en présentant son interlocuteur sous les traits d’un affreux réactionnaire qui ne veut pas avancer. Il devient, je crois, plus que temps d’avoir une approche rigoureuse de ce concept.

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L’importance du langage en quelques lignes

Voilà quelques semaines que pas un jour ne passe sans qu’une déclaration choc ne voit le jour sur les plateaux télé – en particulier sur ceux des chaines d’infos en continu. Il serait évidemment injuste d’incomber la responsabilité de cet état de fait à ces seules chaines tant Emmanuel Macron et son gouvernement pratique cette stratégie où l’outrance le dispute à l’indécence mais il est totalement évident que ces chaines d’infos ont un poids très important dans cette grande confusion qui sied bien à la caste en place pour continuer son travail de sape contre le système social français. Il est certes important de ne pas céder à cette course à l’échalotte que mènent Macron et ses affidés – parce que faire l’inverse reviendrait à oublier que l’attaque qu’ils mènent est globale – mais il me parait important de ne pas laisser le contrôle du langage à ce bloc bourgeois.

L’appauvrissement et la simplification langagière que nous voyons se mettre en place depuis des décennies et qui s’accélère depuis l’accession de Monsieur Macron à l’Elysée fait, à mes yeux, pleinement partie de la stratégie de mise à mal du modèle social français. Tout le positionnement de Macron, depuis son émergence, est de construire une opposition binaire et manichéenne entre les supposés progressistes dont il serait le chef de file et les extrémistes. Dans cette optique, la construction linguistique n’est pas le dernier des outils. L’on pourrait considérer que cette lutte pour le langage est dérisoire, je pense au contraire qu’elle est essentielle et que la désertion de ce combat a signé la première défaite, celle qui a entrainé toutes les autres, de tous ceux qui veulent proposer une alternative au système en place.

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