Parcoursup ou la sélection qui ne veut pas dire son nom

Cet été, un certain nombre de bacheliers se sont retrouvés sans affectation à l’issue de la procédure d’admission dans l’enseignement supérieur. Loin de réfléchir de manière systémique et globale, les dirigeants de notre pays se sont contentés d’incriminer en chœur Admission Post Bac (ou APB) – la plateforme numérique où les lycéens font leurs vœux – ainsi que l’algorithme qui lui est lié. Dans l’urgence, Frédérique Vidal et l’ensemble du gouvernement ont préparé une réforme qui, sous couvert de corriger les erreurs d’APB, s’attaque frontalement selon moi à la conception de l’Université de notre pays. En introduisant la sélection, sans le dire bien évidemment, Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité rompent avec une vision de l’Université et s’attaquent précisément à son caractère universel.

Comble du cynisme de ce gouvernement et de cette majorité, c’est au nom de la justice et du mérite que ceux-ci disent porter cette réforme. Il y a assurément, nous y reviendrons, quelque chose de profondément orwellien dans la manière de gouverner d’Emmanuel Macron. De la même manière que Big Brother annonçait que la guerre était la paix, les laudateurs d’En Marche nous expliquent que les prérequis ce n’est pas la sélection. Pareils aux cochons dans La Ferme des animaux, les voilà qui affirment, parfois même sans s’en rendre compte, que tous sont égaux mais que certains, les leurs, le sont quand même plus que d’autres. Voilà le projet funeste de Macron pour l’Université, il est tout aussi simple dans sa logique que dévastateur dans ses implications puisqu’il ne s’agit ni plus ni moins que de calquer le modèle des universités sur celui des Grandes Ecoles. Lire la suite

Enseignement supérieur, cette si profonde crise

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. C’est cela qu’il ne faut pas oublier ». Cette définition de l’absurde, nous la devons à Albert Camus qui l’a énoncée dans Le Mythe de Sisyphe. « « Je suis donc fondé à dire, continue le philosophe dans le même livre, que le sentiment de l’absurdité ne naît pas du simple examen d’un fait ou d’une impression mais qu’il jaillit de la comparaison entre un état de fait et une certaine réalité, entre une action et le monde qui la dépasse. L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés. Il naît de leur confrontation ». L’absurde camusien est donc avant tout le fruit d’une comparaison entre deux états de fait.

Ce sentiment de l’absurde au sens camusien s’applique, il me semble, pleinement à la question de l’enseignement supérieur. Cet été, en effet, nous avons pu assister à un puissant moment d’absurde dans ce domaine. Alors que le gouvernement annonçait une baisse du budget dans l’enseignement supérieur de 331 Millions d’euros, des centaines de néo-bacheliers n’étaient admis à aucune formation pour débuter leur vie dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui encore, nombreux sont les normalement étudiants à n’avoir aucune formation et à être obligés d’attendre octobre voire novembre pour pouvoir s’inscrire. Mis sur le dos d’Admission Post Bac – l’algorithme chargé d’affecter les bacheliers dans les différentes filières de l’enseignement supérieur – ce chaos au sens étymologique du terme est, à mes yeux, bien plus le révélateur d’une profonde crise dans l’enseignement supérieur. Une crise qui ne cesse de s’aggraver sans que les pouvoirs publics ne tentent de l’enrayer, bien au contraire. Lire la suite