Après le renoncement ?

« Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle ». En une phrase et treize petits mots, François Hollande a envoyé valser toutes les certitudes et prévisions pour la campagne présidentielle qui s’annonce. Alors évidemment, depuis l’annonce de jeudi dernier nombreux sont ceux qui tentent de nous expliquer que c’est totalement logique et qu’une telle décision était attendue (nous avons vu le même phénomène poindre au moment du Brexit ou lors de l’élection de Trump). La vérité, c’est qu’en cette soirée de décembre aux alentours de 20h10 nous avons vécu un moment d’histoire en direct. C’est en effet la première fois qu’un Président de la Vème République en fonction abdique, renonce à briguer un second mandat. Les plus grincheux diront que Pompidou avait déjà créé un précédent mais c’est la mort qui l’en avait empêché.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la décision de François Hollande est courageuse. Alors qu’il cristallise le rejet des Français, sa décision n’est pas courageuse, elle est lucide. Ce n’est pas pour autant une raison de minimiser la portée historique d’une telle attitude de la part du Président en exercice. Il me semble, en effet, que nous avons vécu l’un de ces moments qui marquent une rupture dans l’Histoire (ici politique) d’une nation. Pour reprendre le titre d’une chronique de Hubert Huertas sur Mediapart, ce n’est pas rien un président qui ne s’accroche pas. La décision du Président Hollande a sans doute été solitaire. Fidèle à sa réputation il n’a fait part de son choix qu’à quelques personnes avant de l’annoncer aux Français. Pourtant, il me semble que les enseignements et les conséquences de sa décision dépassent largement la simple personne de François Hollande. Alors que vivra-t-on après le renoncement ? Peut-être la décomposition. Lire la suite

François Hollande, de la synthèse à l’indécision

«Vladimir Poutine est disposé à venir à Paris lorsque le président Hollande se sentira à l’aise».  En une phrase, en dix-sept petits mots, en une déclaration concise, le porte-parole du Kremlin a renvoyé notre président de la République à ses contradictions et son louvoiement permanent. Ne nous y trompons pas, la position de Vladimir Poutine constitue un camouflet diplomatique aussi sévère que cruel pour François Hollande. Cette phrase lapidaire est en effet venue après cinq jours de tergiversations au cours desquels le président s’interrogeait, parfois à haute voix comme sur RMC, sur la pertinence de recevoir le président russe à Paris. La visite avait été préparée en amont par un déplacement de Jean-Marc Ayrault à Moscou et l’enjeu était grand puisqu’il s’agissait tout simplement d’entamer un dialogue de puissance à puissance à propos du martyre d’Alep.

Las des contritions et autres contorsions faites par le président français, Vladimir Poutine a tranché pour lui. Réclamant une rencontre sans la réclamer réellement, François Hollande a, une fois de plus, tergiversé devant le nœud gordien, nœud que Vladimir Poutine a finalement tranché évitant ainsi à notre président d’avoir à le faire. François Hollande s’est finalement retrouvé dans la même position que l’âne assoiffé et affamé devant les seaux d’eau et d’avoine mais incapable de trancher. Cette hésitation diplomatique pourrait très bien s’arrêter là mais il me semble au contraire que dans ce moment critique (au sens grec du terme, moment de choix), François Hollande a mis en lumière tout ce qu’a été son quinquennat fait de louvoiement, de reniements et de contritions. Loin d’être un cas isolé, cette vraie fausse invitation à Vladimir Poutine révèle, à mon sens, ce qui a marqué toute la mandature Hollande : l’indécision. Lire la suite

La primaire PS ou le dernier pari de François Hollande

Marie-Noëlle Lienemann Benoît Hamon, Gérard Filoche et Arnaud Montebourg ; ils sont déjà quatre candidats à la primaire de la gauche – un doute subsiste encore pour Montebourg qui a annoncé être candidat à l’élection présidentielle sans préciser s’il passera par la case primaire. Ces quatre candidatures sont toutes issues de ce que l’on appelle « l’aile gauche » du PS quand bien même il y aurait des différences significatives entre ces différents candidats. Chacun d’entre eux est en effet relié aux autres par un même dénominateur commun : la volonté de ramener le parti plus à gauche en étant son candidat ou tout du moins en influant sur le futur candidat.

Ne soyons pas naïfs. Si Arnaud Montebourg, eu égard à sa personnalité, sa participation aux primaires de 2011 et ses ambitions bien ancrées postulent, il me semble, vraiment pour être candidat – ce que tend à prouver sa tentation de partir à l’abordage sans passer par la primaire – les trois autres candidats déclarés semblent tout au plus avoir pour ambition de faire avancer quelques idées. Tout au plus Benoît Hamon lance-t-il peut-être une offensive en vue de l’après 2017 dans l’optique de prendre le parti. S’il faut bien reconnaître une chose à François Hollande c’est son grand sens politicien lorsqu’il fut premier secrétaire du PS durant onze années. Le voilà qui semble s’être remis dans ce rôle avec l’organisation de la primaire, primaire qui s’apparente à un coup de poker. Lire la suite

Hollande et Valls ou la politique de la terre brulée

Mercredi dernier, le couperet est finalement tombé. Christiane Taubira a quitté son poste de Garde des Sceaux, emportant avec elle le peu de gauche qu’il restait encore dans ce gouvernement. Pour beaucoup d’observateurs, l’ancienne vice-présidente du Parti Radical de Gauche constituait la dernière « caution de gauche » du président dans un gouvernement qui a renié les promesses de 2012 les unes après les autres optant pour une approche de plus en plus libérale et autoritaire, insufflée en grande partie par Manuel Valls. Ce dernier a entretenu, depuis 2012, une relation tumultueuse avec la désormais ex-Garde des Sceaux. Depuis son arrivée à Matignon, il n’a, en effet, eu de cesse de réclamer à François Hollande l’éviction d’une Christiane Taubira qui ne se gênait pas pour faire entendre sa voix, presque toujours discordante avec l’action du gouvernement.

Le Premier ministre ne s’est, d’ailleurs, pas privé d’un dernier tacle à l’encontre de Madame Taubira. « Résister ce n’est pas fuir ses responsabilités » a-t-il rétorqué au tweet de son ex-collègue dans lequel elle affirmait : « Résister c’est parfois rester. Résister c’est parfois partir ». Dernière passe d’armes entre un Premier ministre socialiste-libéral – comme il s’est lui-même défini – et une femme de convictions, ou tout du moins une femme qui se dit fidèle à ses convictions. Je laisse chacun se faire son opinion sur la question. Aujourd’hui débute le débat sur la réforme constitutionnelle et sur la prolongation de l’état d’urgence. Le mariage pour tous aurait pu être le symbole sociétal de ce quinquennat – comme l’abolition de la peine de mort en a pu l’être en son temps – mais il n’en sera rien. Cette mandature restera marquée au fer rouge, tel le bagnard Jean Valjean, par le débat sur la déchéance de nationalité et sur la limitation des libertés individuelles. Lire la suite