La baisse des APL et le visage hideux

Il y a quelques jours, le gouvernement a annoncé son intention de baisser de 5€ l’ensemble des aides au logement dans notre pays. Emmanuel Macron a certes tenté depuis de piteusement faire croire qu’il n’était au courant de rien mais personne n’est dupe de ce jeu de Tartuffe auquel nous assistons. Le nouveau locataire de l’Elysée a effectivement déjà affirmé par le passé être favorable à une baisse drastique des prestations d’aide au logement. Cette baisse de 5€ va toucher près de 6,5 Millions de foyers. Si la focale a été mise sur les étudiants, ceux-ci ne représentent en réalité qu’une part très minoritaire (800 000 personnes) des bénéficiaires des aides au logement – comprenant APL, ALF et ALS.

Cette décision est, il me semble, symbolique du début de présidence de Monsieur Macron. Qu’est-ce qu’un symbole en effet sinon quelque chose qui renvoie à autre chose qu’à elle-même, à un phénomène plus large qui la dépasse ? Décider de baisser les allocations logements c’est faire le choix de s’attaquer aux plus précaires, aux plus pauvres, aux plus dominés de notre société. C’est en effet dans les deux premiers déciles de la population que nous trouvons la part majoritaire des bénéficiaires de ses aides. Toutefois, pour être juste il faut reconnaître que ce n’est pas simplement cette décision qui est symbolique du moment Macron mais également les réactions odieuses que nous avons pu entendre à la suite de cette décision.

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Le festival de Cannes ou le symbole de l’absurde contemporain

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. C’est cela qu’il ne faut pas oublier ». Cette définition de l’absurde, nous la devons à Albert Camus qui l’a énoncée dans Le Mythe de Sisyphe. « « Je suis donc fondé à dire, continue le philosophe dans le même livre, que le sentiment de l’absurdité ne naît pas du simple examen d’un fait ou d’une impression mais qu’il jaillit de la comparaison entre un état de fait et une certaine réalité, entre une action et le monde qui la dépasse. L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés. Il naît de leur confrontation ». L’absurde camusien est donc avant tout le fruit d’une comparaison entre deux états de fait.

Il y a quelques semaines, le Festival de Cannes a fermé ses portes en se clôturant sur la traditionnelle remise de prix. Le festival qui se tient sur la Croisette, sans aucun doute l’un des plus prestigieux du monde, répond selon moi au critère de l’absurde tel que l’a défini Camus. Je crois profondément, en effet, que nous vivons à l’heure actuelle à l’échelle de la planète un moment d’absurde camusien tant les appels prononcés par une grande majorité de la population rencontre un silence déraisonnable des puissants de notre monde. Si le Festival de Cannes représente, selon moi, un symbole de l’absurde qui semble régir notre monde c’est qu’il est à la fois la figure du silence déraisonnable en même temps qu’il rassemble bien des éléments qui polarisent ce moment absurde, ce Zeitgeist qui parcourt la planète. Lire la suite

La lutte contre la pauvreté, dernier piège du néolibéralisme

La semaine dernière, François Fillon s’est rendu dans un centre Emmaüs pour affirmer que la lutte contre la pauvreté était l’une de ses priorités, profitant de l’occasion pour tenter de démontrer que son programme n’était pas si violent que ça socialement. Parallèlement, dans le congrès mortuaire du Parti Socialiste que l’on appelle primaire de la Belle Alliance Populaire, la mise en place d’un revenu universel continuait à se placer au cœur du débat – il ne sera question du revenu universel que très partiellement au cours de ce papier, je considère en effet qu’une telle notion mérite un billet à part entière. Benoît Hamon a notamment été attaqué par les trois autres participants socialistes à la primaire qui lui ont intenté un procès en utopie.

Que ce soit le candidat désigné par Les Républicains ou les protagonistes de la primaire du Parti Socialiste, la semaine dernière s’est donc placée sous le signe de la lutte contre la pauvreté, qui serait désormais la valeur la mieux partagée sur l’échiquier politique français. Au-delà du ridicule d’une telle proposition, il faut, je crois, s’attarder sur cette question de lutte contre la pauvreté. Celle-ci révèle, à mes yeux, à la fois une forme de dérive et un dévoiement de la justice sociale. C’est précisément en ce sens que la lutte contre la pauvreté me paraît être le dernier piège que nous tend le néolibéralisme – dernier dans le sens le plus récent et non pas ultime. Ce piège tendu par le capitalisme néolibéral financiarisé est repris sur quasiment l’ensemble de l’échiquier politique, ce qui montre bien l’efficacité d’une telle démarche. Lire la suite

En haut on lit Marx, en bas on le subit

Dans la nuit de samedi à dimanche, un individu a une nouvelle fois tenté de mettre le feu au centre d’hébergement pour SDF situé dans le XVIème arrondissement de Paris. Dans la mesure où ledit centre accueillait déjà une cinquantaine de personne, il ne me semble pas exagéré de parler de tentative de meurtre. Un tel acte, qui vient s’ajouter aux autres tentatives d’incendie ou à la réunion houleuse qui s’était déroulée à Paris Dauphine, nous rappelle où le communautarisme et la violence sont les plus forts malgré tout ce qu’on essaye de nous faire croire. En somme, il n’y a rien de guère surprenant dans ce communautarisme du XVIème arrondissement de Paris, il répond pleinement aux théories de Marx sur la conscience de classe.

A l’heure où le Parti Socialiste n’a plus de socialiste que le nom et mène une politique franchement libérale et où les candidats à la primaire de droite et du centre rivalisent pour marcher dans les pas de Margaret Thatcher, certains pensent sans doute qu’il est dépassé de parler et de défendre les théories marxistes. N’ayons pas peur des mots, d’aucuns affirmeront même qu’une telle position est ringarde. Pourtant, il me semble que les développements du penseur et économiste allemand peuvent contribuer à expliquer grandement ce qui parcourt nos sociétés où les inégalités progressent. Fidèle à son habitude, le capitalisme néolibéral a intégré les conclusions de Marx pour mieux les utiliser contre ceux qui auraient intérêt à ce que le système change radicalement. Là est sans doute la plus grande de ses forces, d’avaler les pensées alternatives pour se renforcer en les dénaturant. Lire la suite