Baisse des contrats aidés et conséquences dramatiques

Hier après-midi, le gouvernement a présenté son projet de budget pour l’année 2018. Comme nous le savions déjà le nombre de contrats aidés dans le pays va fortement diminuer l’année prochaine. Considérés comme « couteux » et « peu efficaces » dans la logique du retour à l’emploi par le gouvernement, leur nombre va donc passer de 320 000 à 200 000 soit une baisse de 37,5%. Faisant fi de toutes les analyses de leur utilité sociale et des réclamations des collectivités locales sur cette question, Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont donc décidé de n’en faire qu’à leur tête, tout acquis qu’ils sont au mantra de la baisse des dépenses publiques.

Le gouvernement a effectivement expliqué que cette baisse drastique du nombre de contrats aidés – qui sont des contrats subventionnés dans les secteurs marchands et non marchands (principalement) qui sont censés faciliter l’insertion dans le monde professionnel ; dans le secteur non marchand, ils concernent notamment le secteur hospitalier et l’Éducation nationale – par leur coût élevé. Nous le savons depuis l’arrivée conjointe de Bruno Lemaire et Gérald Darmanin à Bercy, la logique portée par ce gouvernement est une logique austéritaire. Les contrats aidés font donc partie des éléments sacrifiés sur l’autel de cette austérité, qui est censée permettre une plus grande intégration européenne si l’on en croit Monsieur Macron. Lire la suite

Bernard Ravet ou la fable marseillaise

A chaque rentrée scolaire c’est toujours le même sempiternel bal des publications de livres ayant un rapport avec l’école au sens large. Chaque année, l’une de ses publications obtient les faveurs des médias et des politiciens. Si l’année dernière avait été marquée par une réflexion autour de l’utilisation des neurosciences à l’école et de leurs supposés bienfaits dans Les Lois naturelles de l’enfant de Céline Alvarez, cette rentrée est marquée par la surexposition médiatique d’un brûlot écrit par Bernard Ravet, un ancien principal de collèges marseillais. Dans Principal de collège ou imam de la République, cet homme s’applique méthodiquement à fustiger la progression supposée de l’islamisme au sein de l’éducation nationale en général et dans le 3ème arrondissement de Marseille en particulier.

Quiconque a l’habitude de parcourir mes divagations sur ce blog sait que la question de l’école est centrale pour moi. C’est donc tout naturellement que ce livre et cette prise de position au vitriol m’intéressent. Toutefois, et c’est l’originalité de ce livre pour moi, l’ouvrage de Monsieur Ravet me touche particulièrement dans la mesure où celui-ci évoque non seulement Marseille mais précisément l’arrondissement où j’ai grandi et qui abrite le collège où j’ai étudié. Etant donné l’absence de mise en perspective ou même de contradicteur sur l’ensemble des plateaux télé où est invité ce monsieur, il me paraît important de rétablir quelques vérités loin de la thèse orientée et se fondant sur des années de vie dans cet arrondissement. Lire la suite

Enseignement supérieur, cette si profonde crise

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. C’est cela qu’il ne faut pas oublier ». Cette définition de l’absurde, nous la devons à Albert Camus qui l’a énoncée dans Le Mythe de Sisyphe. « « Je suis donc fondé à dire, continue le philosophe dans le même livre, que le sentiment de l’absurdité ne naît pas du simple examen d’un fait ou d’une impression mais qu’il jaillit de la comparaison entre un état de fait et une certaine réalité, entre une action et le monde qui la dépasse. L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés. Il naît de leur confrontation ». L’absurde camusien est donc avant tout le fruit d’une comparaison entre deux états de fait.

Ce sentiment de l’absurde au sens camusien s’applique, il me semble, pleinement à la question de l’enseignement supérieur. Cet été, en effet, nous avons pu assister à un puissant moment d’absurde dans ce domaine. Alors que le gouvernement annonçait une baisse du budget dans l’enseignement supérieur de 331 Millions d’euros, des centaines de néo-bacheliers n’étaient admis à aucune formation pour débuter leur vie dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui encore, nombreux sont les normalement étudiants à n’avoir aucune formation et à être obligés d’attendre octobre voire novembre pour pouvoir s’inscrire. Mis sur le dos d’Admission Post Bac – l’algorithme chargé d’affecter les bacheliers dans les différentes filières de l’enseignement supérieur – ce chaos au sens étymologique du terme est, à mes yeux, bien plus le révélateur d’une profonde crise dans l’enseignement supérieur. Une crise qui ne cesse de s’aggraver sans que les pouvoirs publics ne tentent de l’enrayer, bien au contraire. Lire la suite

La baisse des APL et le visage hideux

Il y a quelques jours, le gouvernement a annoncé son intention de baisser de 5€ l’ensemble des aides au logement dans notre pays. Emmanuel Macron a certes tenté depuis de piteusement faire croire qu’il n’était au courant de rien mais personne n’est dupe de ce jeu de Tartuffe auquel nous assistons. Le nouveau locataire de l’Elysée a effectivement déjà affirmé par le passé être favorable à une baisse drastique des prestations d’aide au logement. Cette baisse de 5€ va toucher près de 6,5 Millions de foyers. Si la focale a été mise sur les étudiants, ceux-ci ne représentent en réalité qu’une part très minoritaire (800 000 personnes) des bénéficiaires des aides au logement – comprenant APL, ALF et ALS.

Cette décision est, il me semble, symbolique du début de présidence de Monsieur Macron. Qu’est-ce qu’un symbole en effet sinon quelque chose qui renvoie à autre chose qu’à elle-même, à un phénomène plus large qui la dépasse ? Décider de baisser les allocations logements c’est faire le choix de s’attaquer aux plus précaires, aux plus pauvres, aux plus dominés de notre société. C’est en effet dans les deux premiers déciles de la population que nous trouvons la part majoritaire des bénéficiaires de ses aides. Toutefois, pour être juste il faut reconnaître que ce n’est pas simplement cette décision qui est symbolique du moment Macron mais également les réactions odieuses que nous avons pu entendre à la suite de cette décision.

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Le festival de Cannes ou le symbole de l’absurde contemporain

« L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. C’est cela qu’il ne faut pas oublier ». Cette définition de l’absurde, nous la devons à Albert Camus qui l’a énoncée dans Le Mythe de Sisyphe. « « Je suis donc fondé à dire, continue le philosophe dans le même livre, que le sentiment de l’absurdité ne naît pas du simple examen d’un fait ou d’une impression mais qu’il jaillit de la comparaison entre un état de fait et une certaine réalité, entre une action et le monde qui la dépasse. L’absurde est essentiellement un divorce. Il n’est ni dans l’un ni dans l’autre des éléments comparés. Il naît de leur confrontation ». L’absurde camusien est donc avant tout le fruit d’une comparaison entre deux états de fait.

Il y a quelques semaines, le Festival de Cannes a fermé ses portes en se clôturant sur la traditionnelle remise de prix. Le festival qui se tient sur la Croisette, sans aucun doute l’un des plus prestigieux du monde, répond selon moi au critère de l’absurde tel que l’a défini Camus. Je crois profondément, en effet, que nous vivons à l’heure actuelle à l’échelle de la planète un moment d’absurde camusien tant les appels prononcés par une grande majorité de la population rencontre un silence déraisonnable des puissants de notre monde. Si le Festival de Cannes représente, selon moi, un symbole de l’absurde qui semble régir notre monde c’est qu’il est à la fois la figure du silence déraisonnable en même temps qu’il rassemble bien des éléments qui polarisent ce moment absurde, ce Zeitgeist qui parcourt la planète. Lire la suite

La lutte contre la pauvreté, dernier piège du néolibéralisme

La semaine dernière, François Fillon s’est rendu dans un centre Emmaüs pour affirmer que la lutte contre la pauvreté était l’une de ses priorités, profitant de l’occasion pour tenter de démontrer que son programme n’était pas si violent que ça socialement. Parallèlement, dans le congrès mortuaire du Parti Socialiste que l’on appelle primaire de la Belle Alliance Populaire, la mise en place d’un revenu universel continuait à se placer au cœur du débat – il ne sera question du revenu universel que très partiellement au cours de ce papier, je considère en effet qu’une telle notion mérite un billet à part entière. Benoît Hamon a notamment été attaqué par les trois autres participants socialistes à la primaire qui lui ont intenté un procès en utopie.

Que ce soit le candidat désigné par Les Républicains ou les protagonistes de la primaire du Parti Socialiste, la semaine dernière s’est donc placée sous le signe de la lutte contre la pauvreté, qui serait désormais la valeur la mieux partagée sur l’échiquier politique français. Au-delà du ridicule d’une telle proposition, il faut, je crois, s’attarder sur cette question de lutte contre la pauvreté. Celle-ci révèle, à mes yeux, à la fois une forme de dérive et un dévoiement de la justice sociale. C’est précisément en ce sens que la lutte contre la pauvreté me paraît être le dernier piège que nous tend le néolibéralisme – dernier dans le sens le plus récent et non pas ultime. Ce piège tendu par le capitalisme néolibéral financiarisé est repris sur quasiment l’ensemble de l’échiquier politique, ce qui montre bien l’efficacité d’une telle démarche. Lire la suite

En haut on lit Marx, en bas on le subit

Dans la nuit de samedi à dimanche, un individu a une nouvelle fois tenté de mettre le feu au centre d’hébergement pour SDF situé dans le XVIème arrondissement de Paris. Dans la mesure où ledit centre accueillait déjà une cinquantaine de personne, il ne me semble pas exagéré de parler de tentative de meurtre. Un tel acte, qui vient s’ajouter aux autres tentatives d’incendie ou à la réunion houleuse qui s’était déroulée à Paris Dauphine, nous rappelle où le communautarisme et la violence sont les plus forts malgré tout ce qu’on essaye de nous faire croire. En somme, il n’y a rien de guère surprenant dans ce communautarisme du XVIème arrondissement de Paris, il répond pleinement aux théories de Marx sur la conscience de classe.

A l’heure où le Parti Socialiste n’a plus de socialiste que le nom et mène une politique franchement libérale et où les candidats à la primaire de droite et du centre rivalisent pour marcher dans les pas de Margaret Thatcher, certains pensent sans doute qu’il est dépassé de parler et de défendre les théories marxistes. N’ayons pas peur des mots, d’aucuns affirmeront même qu’une telle position est ringarde. Pourtant, il me semble que les développements du penseur et économiste allemand peuvent contribuer à expliquer grandement ce qui parcourt nos sociétés où les inégalités progressent. Fidèle à son habitude, le capitalisme néolibéral a intégré les conclusions de Marx pour mieux les utiliser contre ceux qui auraient intérêt à ce que le système change radicalement. Là est sans doute la plus grande de ses forces, d’avaler les pensées alternatives pour se renforcer en les dénaturant. Lire la suite