Israël, la grande clarification

Hier se tenait à la Knesset – le parlement israélien – une session extraordinaire, convoquée par cinquante-deux députés, à propos de la loi sur l’Etat nation juif. Pour bien signifier son dédain suprême et son absence totale de volonté de revenir sur ce texte controversé voté le 19 juillet dernier, Benyamin Netanyahu n’a même pas daigné se déplacer jusqu’au parlement. En dépit de l’opposition farouche des minorités du pays, en dépit du caractère foncièrement raciste de cette loi reconnu par la grande majorité des observateurs, le premier ministre israélien, tout acquis à sa politique de la terre brûlée fait la sourde oreille et entend bien faire montre de toute sa poigne – et de tout son extrémisme au passage – en ne cédant pas d’un iota à la protestation contre une loi marquant tout à la fois une rupture et un approfondissement de logiques qui lui préexistaient.

En position de toute puissance depuis l’arrivée de Donald Trump à la maison blanche et la prise de pouvoir de Mohamed Ben Salmane en Arabie Saoudite, Monsieur Netanyahu entend bien profiter de cette politique raciste et identitaire pour souder une majorité d’Israéliens derrière lui alors même qu’il est au cœur d’une tempête politico-judiciaire depuis maintenant plusieurs mois. Tenants d’une ligne très droitière depuis maintenant de nombreuses années, alliés au Foyer Juif de Naftali Bennett (qui dispose du ministère de l’Education), Netanyahu et son Likoud viennent de franchir l’un de ses seuils qui peuvent entrainer des changements d’ampleur. Les opposants intérieurs du pays ont beau jeu de fustiger la loi sur l’Etat-nation juif mais la réalité des choses est que, pour une bonne part d’entre eux, ils ont largement contribué à l’instauration du climat permettant d’aboutir à ladite loi. Lire la suite

Israël, Etat voyou par excellence

Il y a une dizaine de jours, Benjamin Netanyahu s’est félicité d’être « le premier ministre qui construit la première ville en Judée-Samarie » – c’est-à-dire en Cisjordanie. Dans son excellent livre, Les Affects de la politique, Frédéric Lordon explique que c’est le franchissement de seuils invisibles qui précipitent des changements d’ampleur. Il me semble que le lancement de la construction de cette ville dont s’est gargarisé le premier ministre israélien fait partie de ce genre de franchissement de seuil. Cette annonce marque en effet une rupture puisque la construction de colonies juives par le gouvernement israélien était gelée depuis les accords d’Oslo de 1993 – ce qui, nous y reviendrons, n’a pas empêché la colonisation de s’étendre entre la signature de ces accords et aujourd’hui.

Ce nouvel affront pour les Palestiniens s’inscrit dans une droitisation croissante du gouvernement de l’Etat hébreux depuis des années, droitisation qui a abouti au renforcement sans précédent du « parti des colons » symbolisé par Naftali Bennett actuel ministre de l’Education et figure de proue du Foyer Juif (un parti nationaliste israélien). Cette décision de Netanyahu, si elle marque une rupture certaine, s’inscrit pourtant dans la droite lignée de la persécution subie par les Palestiniens. L’objectif inavouable du gouvernement actuel et de Benyamin Netanyahu est assurément de pousser la colonisation si loin que toute création d’un Etat palestinien soit rendue impossible. Par ailleurs, cette stratégie s’inscrit pleinement dans une position de dominateur exacerbé qui, et je pèse mes mots, a fait entrer depuis longtemps l’Etat hébreux dans la triste liste des Etats voyous. Lire la suite

Le mirage autrichien

Le couperet est donc passé tout près. Le coup de chaud qui s’est emparé de la majorité de l’Europe a duré jusqu’au milieu de l’après-midi de lundi. A en croire les médias et les dirigeants européens, nous avons évité le crash de justesse. Le candidat du FPÖ a en effet été battu par le candidat des Verts lors du deuxième tour d’un scrutin si serré qu’il a fallu attendre le dépouillement total des bulletins pour proclamer la victoire. Alexander Van der Bellen s’impose d’un peu plus de 30 000 voix face à Norbert Hofer et voilà l’Europe qui crie à la victoire symbolisée par le rejet de l’extrême-droite.

« Coup d’arrêt » pour le Front National selon Pascal Durand, « la preuve qu’une alternative est possible » pour certains dirigeants écologistes ou encore « un grand soulagement » pour Manuel Valls voilà comment a été accueillie la victoire du candidat des Verts en Autriche. Si l’on peut comprendre le soulagement – bien qu’il me semble cavalier de parler de grand soulagement – les différents messages de réjouissances ont de quoi interloquer. Alors que l’extrême-droite autrichienne vient de rassembler 49,7% des suffrages, nos anti-Cassandre nous disent que c’est une grande victoire pour les modérés et une franche défaite pour l’extrême-droite. Des Pangloss pullulent un peu partout depuis la proclamation des résultats, eux qui viennent nous expliquer que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Lire la suite

Tel Aviv sur Seine ou le règne du manichéisme

« Soutien total à l’initiative de la Ville de Paris et à Tel Aviv sur Seine. Halte au déferlement de bêtise ». En 106 petits caractères, voilà comment Manuel Valls a réagi à la polémique à propos de Tel Aviv sur Seine. Une réaction digne d’un Premier ministre pour vous ? Pas pour moi en tous cas. Que Manuel Valls apporte son soutien à l’initiative de la ville de Paris est une chose normale. Volant au secours du Parti Socialiste parisien qui voit sa majorité au conseil municipal fracturée en raison de cet évènement, le Premier ministre est pleinement dans son rôle. Toutefois, la manière dont il l’a fait est plus que critiquable. Assimiler toutes les personnes qui contestent l’organisation d’un tel évènement à des abrutis n’est pas acceptable et constitue une nouvelle preuve de mépris envers le peuple.

Si la discussion et le dialogue sont éminemment importants dans cette problématique, le recours aux invectives et aux petites phrases frôlent l’inconscience. On peut reprocher à Anne Hidalgo d’avoir organisé cet évènement mais on ne peut pas lui reprocher de n’avoir pas cherché à expliquer les raisons de celui-ci. En publiant une tribune dans Le Monde, elle a en effet tenté d’expliquer par le dialogue pourquoi elle défendait Tel Aviv sur Seine. Quoi que l’on pense de sa position, elle a fait ce premier pas vers l’autre qui me semble primordial parce que pour être en désaccord, encore faut-il être d’accord pour discuter. Ce reproche que j’adresse à certains défenseurs de Tel Aviv sur Seine, je l’adresse également à certains contempteurs de cet évènement. A trop généraliser et essentialiser, on en arrive à un manichéisme inquiétant qui ne peut être vecteur que de divisions et de violences. Lire la suite

De l’hypocrisie à propos d’Israël

Ali Saad Dawabsha, le bébé tué vendredi par des colons israéliens, n’est pas la première et ne sera sans doute pas la dernière victime de la colonisation que mène sciemment l’Etat d’Israël en Cisjordanie. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a évidemment condamné fermement cet acte qu’il a qualifié de «terroriste». Mais l’hypocrisie est bien grande dans la bouche d’un Premier ministre à la tête d’un gouvernement de droite et d’extrême-droite qui prône, officiellement, l’expansion ininterrompue des implantations juives en territoire palestinien. C’est sur ce programme que Nétanyahou a été réélu. Vouloir dissocier complétement la politique de colonisation des actes horribles qu’elle engendre est faire preuve d’une mauvaise foi inouïe.

D’une certaine manière, les colons qui passent à l’acte se situent dans la stricte continuité des discours du gouvernement. Armés, ces colons disent agir au titre de la « vengeance » ou du « prix à payer » – façon de dénoncer les obstacles qu’ils peuvent rencontrer, de la part des Palestiniens ou des autorités israéliennes, dans l’extension de la colonisation. Leurs méfaits restent, le plus souvent, impunis. Ils disposent de relais au plus haut niveau de l’Etat. Ils obéissent à une idéologie qui est, après tout, celle que véhicule la majorité gouvernementale. Quand le gouvernement utilise des mots, ces zélés utilisent des cocktails Molotov et des kalachnikovs. Voilà la réalité de la situation et la mauvaise foi développée par les sionistes n’y changera rien. Lire la suite