Les législatives à venir ou le grand flou artistique

Depuis le lancement de son mouvement En Marche – et a fortiori depuis le lancement de la campagne présidentielle – Emmanuel Macron a répété à qui voulait l’entendre qu’il souhaitait renouveler profondément les pratiques politiques en dépassant le clivage gauche droite. Je l’ai déjà écrit à de nombreuses reprises, la volonté du nouveau Président, volonté que je trouve éminemment dangereuse, est de substituer le clivage moral au clivage politique. Aussi s’évertue-t-il à expliquer qu’il s’agit d’une lutte entre deux camps : celui des progressistes et celui des conservateurs. Il va sans dire qu’un tel positionnement relève d’un manichéisme primaire et d’un simplisme binaire mais aussi que la corrélation directe de cette volonté d’imposer un tel clivage est de propulser le FN en opposition – ce qui donnerait une forme de permis à vie pour le pouvoir.

Le corollaire de cette volonté de supprimer le clivage politique pour le transformer en clivage moral est assurément la volonté de dépolitiser les grandes questions de notre temps. Par dépolitisation il faut entendre le fait qu’il ne devrait plus y avoir de débat sur les orientations politiques, économiques, sociales que prend notre pays puisque nous serions désormais régis par une supposée raison infaillible, un supposé pragmatisme fabuleux mais qui n’est en réalité que la quintessence du capitalisme néolibéral financiarisé. Les conséquences de l’élection de Macron lors de l’élection présidentielle n’ont pas attendu pour se faire sentir si bien que le grand flou qu’il a porté tout au fil de la campagne se retrouve de manière plus prégnante encore lors de cette campagne législative. Lire la suite

Le programme économique et social d’Emmanuel Macron, grand absent de la campagne législative

Au moment de la nomination du premier gouvernement d’Edouard Philippe les médias sont passés sans s’appesantir sur le nouveau duo aux manettes à Bercy. Pourtant, la nomination de Bruno Le Maire au Ministère de l’Economie et celle de Gérald Darmanin à celui de l’Action et des Comptes publics (les deux ministres sont les seuls à avoir été débauchés par Emmanuel Macron au sein de Les Républicains en plus du Premier ministre) est loin d’être anodine. Elle en dit, en effet, beaucoup sur l’orientation économique que souhaite donner le nouveau Président à son quinquennat. Bruno Le Maire et Gérald Darmanin sont effectivement des fervents défenseurs de l’austérité, ce qui laisse présager d’un quinquennat douloureux dans l’hypothèse où Emmanuel Macron obtiendrait une majorité le 18 juin prochain.

De la même manière, la presse est passée un peu vite sur la nomination de Murielle Pénicaud en tant que Ministre du Travail et donc en tant que future chef d’orchestre de la loi sur le Code du travail alors même que cette seule nomination en dit long au vu du parcours professionnelle de la nouvelle locatrice de la Rue de Grenelle. Au-delà de cette question de personnes, depuis l’élection d’Emmanuel Macron et le lancement de la campagne législative nous n’avons presque pas entendu parler du fond de son programme économique et social. De manière très cynique et très politique, le nouveau président s’applique méthodiquement à ne pas aborder ces questions éminemment risquées pour lui, se complaisant dans une tournée diplomatique. Je crois pourtant qu’il est important d’aborder ces questions-là tant le programme proposé est un véritable dynamiteur social. J’aborderai dans ce billet deux sujets principaux tant ils me semblent fondamentaux : la réforme du Code du travail et la question des cotisations sociales. Lire la suite

Et maintenant à gauche on fait quoi ?

Dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a échoué à se qualifier pour le second tour de l’élection présidentielle. Avec 618 608 voix de moins que Marine Le Pen, il n’est pas passé loin. En cela, la déception est légitime puisque la qualification est passée près. Après des mois de campagne de terrain qui ont permis ce résultat fantastique, la tentation est grande de se laisser aller au ressentiment et au spleen. Mais, passée cette légitime déception, il va nous falloir, à toute la gauche, travailler d’arrache-pied pour lutter contre les forces centrifuges qui semblent poindre depuis quelques jours en même temps qu’il va falloir entamer un profond travail de convergence si nous voulons que ce beau résultat de dimanche soir ne soit pas sans lendemain.

Ne nous mentons pas, cet entre-deux tours, déjà bien entamé, recèle d’un vrai potentiel de division parmi nos rangs. Injonction au vote Macron, débat parfois très viril sur l’attitude à adopter, ressentiment entre électeurs de Mélenchon et de Hamon, il y a bien des éléments qui pourraient venir semer la discorde entre nous. Je crois précisément – et je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises – que c’est dans ces moments-là que nous devons nous garder de toute impulsivité et conserver tête froide et lucidité. Ne tombons pas dans le piège où ils rêvent de nous faire tomber en faisant péricliter le mouvement qui s’est créé et la bataille culturelle qui s’est réenclenchée. Evitons cette aporie ou alors nous serons perdus. Lire la suite