La radicalité en quelques lignes

A l’orée d’un mouvement social qui s’annonce massif, les sempiternels éléments de langage pour disqualifier la contestation sociale sont utilisés par le pouvoir et sa majorité. Présentées comme des archaïques ou des défenseurs des inégalités – oui aussi fou que cela puisse paraitre – les personnes qui vont se mobiliser jeudi prochain (et, espérons-le, les jours suivants) sont diabolisées par le gouvernement et sa majorité fantoche pour mieux éviter de parler du fond de la réforme à venir. Il n’est guère surprenant de voir cette stratégie à l’œuvre dans la mesure où c’est celle qui est utilisée depuis des décennies. Depuis l’émergence et l’élection d’Emmanuel Macron, cette stratégie est toutefois portée à incandescence.

Se présentant comme le rempart aux populistes et aux radicaux – dans un exercice de confusionnisme dont il est coutumier – le nouveau monarque présidentiel use de cet argument ad nauseam. Par-delà le confusionnisme ambiant qu’induit une telle stratégie, il est chaque jour plus important de clarifier les termes et notions utilisées. Si mal nommer un objet revient à ajouter au malheur du monde selon la si belle phrase d’Albert Camus, c’est peu dire que la confusion qui règne autour de la notion de radicalité ajoute au malheur du monde par wagons entier. Il me semble que l’utilisation de la notion de radicaux pour discréditer l’opposition révèle en réalité bien plus sur ceux qui utilisent cet argument que sur ceux qui en sont la cible.

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Les incidents d’Ajaccio, symboles des problématiques françaises

Voilà plusieurs jours désormais que des incidents ont éclaté à Ajaccio, dans le quartier populaire des Jardins de l’Empereur plus précisément. Des manifestations de soutien aux forces de l’ordre et aux pompiers qui dégénèrent et voilà la question corse qui ressurgit dans les médias nationaux. Il est vrai que la Corse avait déjà repris bonne place dans les bulletins d’informations depuis l’élection de Jean-Guy Talamoni, dirigeant nationaliste, à la tête de l’Assemblée de Corse. Ces incidents, condamnés par quasiment toute la classe politique, ont réinstauré la réputation des Corses qui seraient racistes, et nationalistes, par essence  selon certains.

Ces incidents, qui ont débuté après le guet-apens tendu à des pompiers – qui ont un statut tout particulier en Corse – et des policiers par des jeunes délinquants des Jardins de l’Empereur, sont accueillis de manière ambivalente : d’une part on se hâte de préciser qu’il s’agit d’une spécificité corse, que le statut des pompiers y est différent et que les réactions sont celles-ci en raison du fort nationalisme implanté sur l’île de Beauté et d’autre part, on ne peut s’empêcher de voir dans ces deux incidents – l’agression des pompiers et la réponse xénophobe et violente – les symboles de toutes les problématiques françaises actuelles entre ghettoïsation violente d’un côté et résurgence de la question identitaire également violente de l’autre. Si l’on voulait jouer les Cassandre, on pourrait même aller jusqu’à y voir une répétition générale de ce qui pourrait advenir en métropole à l’avenir. Lire la suite

Non Monsieur Boutih, ma génération n’est pas « radicale »

Paru en plein milieu de la crise grecque, le rapport de Malek Boutih sur les phénomènes de radicalisation et notamment du jihadisme est passé relativement inaperçu. Et pourtant, quelle charge contre la jeunesse ! Son rapport intitulé sobrement « Génération Radicale » nous donne une image caricaturale de la jeunesse. Les jeunes seraient en soif de reconnaissance, radicalisés et banaliseraient la violence à en croire les conclusions dudit rapport. En outre, toujours selon ce rapport la jeunesse serait «frustrée» et «prête à basculer» dans le radicalisme religieux.

Cette violente charge contre la jeunesse va même plus loin puisque le rapport oppose aux jeunes « qui rêvent de réussite rapide et clinquante» les adultes dont « la bien-pensance  enjoint les jeunes à l’abnégation et à la modération ». Après la lutte des classes, voici venu le temps de la lutte des générations si l’on lit entre les lignes de ce rapport. Néanmoins, ce rapport est truffé de caricatures sur la jeunesse. S’il aborde un problème important, il ne propose ni le bon constat ni les bonnes causes et encore moins les bonnes réponses pour endiguer le mal-être d’une certaine partie de la jeunesse. Lire la suite