La tyrannie des statistiques

« Les statistiques, c’est comme le bikini. Ce qu’elles révèlent est suggestif. Ce qu’elles dissimulent est essentiel». En affirmant ceci, Aaron Levenstein est très proche de la vérité. A se borner aux chiffres et aux statistiques, on finit par passer à côté de l’essentiel à savoir le caractère profondément humain des éléments que l’on résume à de simples chiffres. En outre, ces derniers peuvent être malmenés. On peut faire dire tout et son contraire à une statistique comme l’avait si bien noté Alfred Sauvy : «Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire».
Si je parle de tyrannie des statistiques, c’est parce que celles-ci possèdent tous les attributs du tyran. Dans la Grèce Antique, un tyran désigne un individu disposant d’un pouvoir absolu, après s’en être emparé de façon illégitime. Et comment nier que les statistiques ont aujourd’hui un pouvoir absolu et illégitime ? Le fact-checking si cher à Aymeric Caron a accouché d’un journalisme de chiffres qui met complétement de côté toute réflexion et toute mise en perspective. A force de vouloir regarder de près les éléments, la vision devient myope et l’on se retrouve incapable de prendre de la hauteur et d’avoir une vision globale des problèmes de notre société. Illégitime les statistiques, pourquoi me direz-vous ? Eh bien c’est plutôt simple, à force de vouloir tout résumer à des chiffres on oublie de penser de manière humaine. Lire la suite